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Les défis de l’armée américaine au XXIe siècle - Conférence du 19 Novembre 2004 à l’Ambassade des États-Unis à Paris.
jeudi 2 décembre 2004
par le Général Theodore G. Stroup Jr. et le Lieutenant-Colonel David Johnson.
Le Général Stroup a souhaité aborder quatre questions :
1.Le cadre de l’armée américaine aujourd’hui
2.La stratégie
3.Les changements dans l’armée
4.Les impacts sur les récentes élections présidentielles et leurs conséquences
1. L’armée américaine représente aujourd’hui 1,2 millions de personnes (400 000 soldats réguliers) et 98 milliards de dollars [1] (100 milliards l’an prochain [2]).
Le congrès des États-Unis, républicain, continue à voter les fonds supplémentaires pour poursuivre les guerres. Le défi pour l’armée est donc de continuer à obtenir cet argent [3].
Donald Rumsfeld a adopté une posture critique de ce qui était fait avant son entrée en fonction que ce soit en termes d’entraînement, d’équipement ou encore de doctrine… D’une certaine manière, il a été « chanceux » que les évènements du 11 Septembre 2001 aient lieu et que la Guerre contre le terrorisme soit lancée, car ces éléments lui ont permis d’obtenir l’argent dont il avait besoin pour initier ses réformes.
2. Lorsque la première phase de la guerre en Irak s’est terminée, le Général Shinseki – alors au commande – a démissionné : il développait l’idée que l’armée devait intégrer plus d’électronique et que des changements significatifs devaient être réalisés sur le champ de bataille, mais il manquait d’argent pour soutenir son projet.
Quand le Général Shoomaker fut nommé, il conserva les mêmes objectifs que ceux de son prédécesseur et il réussit à donner l’impulsion pour le changement stratégique dit de la « division centrée », vers une « armée de brigades ». Pourquoi un tel changement ?
Principalement, il existe un besoin accru de coopération, par exemple entre l’armée de l’air et la marine, un besoin d’interopérabilité, surtout en ce qui concerne l’entraînement. De plus, il y a des changements sur le champ de bataille qui nécessitent des modifications de l’entraînement. S’il y avait eu un conflit ouvert entre l’URSS et les États-Unis durant la Guerre Froide, l’Europe de l’Ouest aurait été la base logistique et l’Europe de l’Est le front de guerre. Mais aujourd’hui, en Afghanistan, c’est un champ de bataille à 360°.
3. Donald Rumsfeld souhaite réduire le nombre de bases militaires sur le sol américain. Il lui faudra sept ans pour y parvenir. En fait, l’équipe Bush/Rumsfeld développe l’idée d’un « Global Repositioning Initiative », qui signifie une réallocation des troupes – par exemple en Allemagne ou en Corée du Sud.
Mais un dilemme demeure : il est difficilement envisageable de rapatrier les soldats américains aux États-Unis, et en même temps de fermer les bases américaines aux États-Unis.
4. Le Général Stroup pensait que la campagne présidentielle se concentrerait sur la guerre, sur le déficit et la politique intérieure. Mais, ce qui s’est passé, c’est que la campagne était centrée sur les valeurs morales. La campagne était plus centrée sur la guerre en Irak que sur la guerre contre le terrorisme. Le résultat en a été que les questions qui vont se poser maintenant sont d’abord celle de la réduction des déficits – qui serait certainement aidé par une baisse des crédits militaires – alors que les guerres se poursuivent, et ensuite celle de l’endroit où seront installer les soldats quand ils rentreront aux États-Unis.
David Johnson
D.Rumsfeld a « détourné » l’idée du Général Shinseki : le 11 septembre a permis à l’armée américaine de lancer les changements plus rapidement que cela aurait été possible autrement. On assiste à une transition d’un monde de guerre limitée à un monde de guerre à l’outrance.
Les européens pensent la sécurité comme un élément spécifique, alors que les États-Unis l’envisagent de manière globale, la diplomatie intégrale incluant la négociation, le renseignement…
Les États-Unis ont développé le concept d’opérations basés sur les conséquences (effect-based operations) ce qui soulignent l’importance de la connaissance de la culture d’autrui, surtout lorsque le champ de bataille se situe dans un pays à la culture complètement différente.
À propos des opérations courantes :
Enduring Freedom (Afghanistan) : restructuration du champ de bataille. Celui-ci est divisé en secteurs, temporaire et fréquemment modifiés, car les populations sont nomades,
Iraqi Freedom : il y a trois quartiers généraux de « Généraux quatre étoiles » qui mènent des opérations en commun. Il existe un réel besoin de coopération, surtout dans un contexte de guérilla.
Global War on Terror : cette opération est financé par un budget propre, ce qui en fait une sorte de force spéciale. De plus, le partage de quartiers généraux est fréquent dans le cadre de cette opération.
Présence autour du monde : celle-ci ne peut pas être interrompu, surtout au Sinaï, ou en Corée du Sud.
Courants stratégiques :
Logistique : transition d’une logistique de 1e Guerre Mondiale à une logistique de post-seconde guerre mondiale, la capacité à se déplacer de manière très rapide étant maintenant considérée comme l’élément le plus important. En outre, le partage des centres logistiques permet une maximisation accrue des ressources.
Global situation awareness : la paix entre les différentes agences gouvernementales
Intégration en douceur (Soft integration) : C’est l’Alliance du Nord qui a remporté la guerre en Afghanistan avec le soutien des États-Unis, mais pas les États-Unis seuls. Les États-Unis ont eu recours à des guerriers locaux – les Seigneurs de guerres – qui sont très efficaces, mais qu’il est difficile de contrôler.
“Penser dur, combattre simplement” – plus efficace que l’inverse - est la devise de l’armée américaine.
[1] 46% sont consacrés au salaire.
[2] Ces chiffres n’incluent pas les guerres d’Irak et d’Afghanistan qui coûtent chacune 6 milliards de dollars par mois.
[3] L’an prochain, cette somme devrait avoisiner les 50 milliards de dollars.
