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Au risque du chaos. Leçons politiques et stratégiques de la guerre d’Irak. Sous la direction de Joseph Henrotin.

mardi 14 décembre 2004

« Apparue sans être inéluctable, la guerre d’Irak pourrait bien être de ces événements qui empoisonnent l’avenir – laissant percevoir aux esprits lucides la mesure des efforts à déployer pour échapper au destin auquel ils semblent nous condamner » est bien la réflexion qui pourrait avoir motivé la réalisation de cet ouvrage en tout point remarquable. Le choix des rubriques souligne la recherche de l’exhaustivité, offrant ainsi un dossier très bien fait sur l’analyse des conséquences de la dernière guerre en Irak. La perception des États-Unis et des Européens de la menace terroriste suite au 11 septembre, les conséquences géopolitiques de l’intervention américaine, l’impact sur la politique de sécurité de l’Europe (en particulier pour le trio Londres-Paris-Berlin), l’avenir de la relation transatlantique, ou encore les conséquences économiques, constituent les rubriques majeures des 290 pages de ce livre.

Mais surtout, sorti un an après la fin des opérations majeures en Irak, cet ouvrage mérite une place à part dans le florilège de la production livresque sur le sujet : le propos s’appuie sur une argumentation solide, bien loin du mode éditorialiste ou pamphlétaire qui se répand aujourd’hui dans les multiples productions sorties depuis le déclenchement de cette guerre. Recherchant la qualité académique sans jamais ennuyer, ce travail tire précisément les leçons de cette opération menée selon les principes américains élaborés après le 11 septembre sur la nécessité des guerres préventives : bouleversement des cadres de références, radicalisation des tendances antérieures, reconfigurations politiques, nouvelles distribution de la puissance. Les conséquences stratégiques d’Iraki Freedom sur les dispositifs de défense aux États-Unis et en Europe font l’objet d’une analyse très pertinente en ce sens qu’elles posent clairement la question de la coopération opérationnelle à venir entre forces armées américaines et européennes ; et les auteurs de s’interroger ensuite sur la capacité des Européens à suivre le rythme de développement technologique imposé par les États-Unis. Il y a là, c’est indéniable, un véritable défi pour l’avenir de la coopération transatlantique.

Mais, à y regarder de plus prés, force est de reconnaître que s’il y a bien un fossé capacitaire en terme de volume, le fossé technologique est moins évident à discerner, tant certains matériels européens se placent au meilleur niveau, y compris dans le domaine stratégique du C4ISR, considérant tout de même que les solutions proposées de part et d’autres correspondent dans bien des cas à des besoins et des approches différentes. En d’autres termes, c’est aussi aux Européens de formater le discours sur les nouvelles exigences de sécurité et les technologies de défense qui vont avec, et de ne pas laisser ce travail, de ce côté-ci de l’Atlantique, aux seuls industriels. Dès lors, la perception du fossé technologique entre Europe et États-Unis pourrait aussi s’expliquer par des lacunes de communication sur les réelles capacités déployées par certains pays européens. Très impliqués dans la RMA, Royaume-Uni et France ont ici un thème de communication à développer à l’international. Faute de quoi, il y a un risque sérieux de voir leurs forces se « ringardiser » rapidement en terme d’image, ceci par l’absence d’une mise en valeur pertinente des capacités répondant aux principes de la RMA, que celles-ci soient à leur disposition ou en développement.

Pour autant, du point de vue des États-Unis, État continent à vocation mondiale, les exigences de sécurité rendus plus sévères suite à 9/11 et les ressources financières accordées à la défense impliquent forcément le développement de capacités à fort contenu technologique, celles-ci étant dictées par la culture de défense propre aux États-Unis : capacité massive de projection de forces, conduite de campagnes médiatiques intégrées, redondance de systèmes, réseau spatial planétaire, défense anti-missiles dessinent encore et toujours les différences majeures avec l’Europe en terme de capacités militaires. Mais faut-il faire la même chose ? La réponse mérite réflexion.
Tout au long des pages de ce livre, on perçoit bien que l’équipe rédactionnelle, qui est issue des universités belges de Bruxelles, Liège, Namur et Louvain, s’est attachée à dessiner sans a priori la carte des radicalisations qui se dessinent dans le monde de demain suite aux 11 septembre d’une part, et à la posture choisie par les Etats-Unis d’autre part. Autre piste de réflexion développée en guise de conclusion : en quoi la RMA n’a en rien remis en cause les principes de la guerre tels que définis par Clausewitz. Très pratique, l’ouvrage offre également un petit index sur les concepts stratégiques d’aujourd’hui et plusieurs tableaux très clairs sur les conflits contemporains. Bref, en refermant l’ouvrage, on en revient tout de même encore à s’interroger sur les véritables motivations qui ont poussé la Maison Blanche à se lancer dans l’opération Iraki Freedom.

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