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L’Iran, facteur de crise ou de stabilité ? Par Olivier Roy
dimanche 7 novembre 2004
À propos de la situation interne. On assiste à une évolution générale depuis la révolution islamique de 1979.
1979 à 1988 : "La révolution et la guerre".
1988 : signature d’un cessez-le-feu. L’Iran reconnaît l’Irak, cela consacre la fin de l’idée de "l’exportation de la révolution". Deux possibilités s’ouvrent à ce moment là, le régime peut considérer cette situation comme l’échec de la révolution, version "thermidorienne" ou prendre le chemin du modèle chinois ou cubain.
1989 : Mort de Khomeyni. Khamenei devient Guide et Rafsandjani Président.
1989 à 1997 : "Pragmatisme conservateur". Il n’est plus demandé au peuple d’adhérer à la direction idéologique du régime – on assiste à un retour des Iraniens exilés, le régime leur propose de devenir des acteurs économiques, ouverture économique, et le pragmatisme se matérialise par l’absence de réaction de l’Iran au moment de la 1e Guerre du Golfe.
Mais la jeunesse n’est pas satisfaite : elle ne ressent pas de nostalgie pour le Shah – elle ne l’a pas connu, elle n’a pas fait la guerre contre l’Irak, c’est un produit de la révolution. La jeunesse fait pression pour un changement "d’ambiance" – pour la mixité, pour une évolution des normes vestimentaires…
On assiste à un véritable choc des cultures entre une pesanteur moraliste du régime qui n’est plus révolutionnaire, mais seulement conservateur et une jeunesse qui ne supporte plus cette mesquinerie.
En outre il n’y a pas de proposition extérieure pour changer le régime :
les Moudjahidin du Peuple font peur et ce qu’ils proposent ne permet pas l’adhésion
les Royalistes ne sont pas assez puissants et LE jeune Reza n’est pas charismatique
les Libéraux ont parmi leurs membres "d’anciens" de la Révolution, d’anciens Gardes Rouges. Par exemple, Sorouj, qui était à la base de la politique d’islamisation de l’Université, et même de certaines matières comme les mathématiques ou la biologie. Il se rend compte, après la mise en place de cette politique, que cela ne veut rien dire, et que la religion doit reprendre sa place. Il estime qu’une transition est possible en modifiant les bases du régime.
Un nombre croissant de personnes pense que le pays doit s’ouvrir et qu’un changement constitutionnel peut avoir lieu sans révolution ; par exemple si le Guide refuse ou modère les pouvoirs qui lui sont conférés par la Constitution.
Les Iraniens de l’étranger proposent de revenir si une libéralisation s’opère : Khatami est élu en 1997 – début du relâchement avec la participation de l’Iran à la coupe du monde de football par exemple - mais l’espoir se transforme en échec car les conservateurs ont préféré mener une véritable "guérilla constitutionnelle".
Parallèlement, on assiste à une baisse de la fréquentation des mosquées ainsi qu’à l’apparition de nouveaux courants religieux.
Aux dernières élections législatives, on s’attendait à un retour des hommes de Rafsandjani, sur le modèle chinois : la direction idéologique demeure aussi inflexible, mais un véritable assouplissement s’accomplit sur le plan économique – "les personnes riches ne font pas la révolution". Pourtant les Bazaaris – les commerçants – souhaitaient investir, mais cela est empêché par les Gardiens de la Révolution, bien que des privatisations aient eu lieu (par exemple Bonnair, une compagnie aérienne).
Mais les Bazaaris ne se sont pas présentés et ce sont d’anciens apparatchiks de la Révolution qui ont été nommés. Surprise. Dès lors, les nouveaux élus décident d’user de leurs prérogatives pour aller dans le sens du Guide, dont ils partagent les idées : les avancées passées sont défaites, on assiste à une ré-étatisation progressive. Cela a deux conséquences :
1.Le gouvernement ne fonctionne plus, Khatami est en charge d’un gouvernement discrédité : il gère les affaires courantes
2.Le parlement fait un usage déclamatoire de ses prérogatives
Qui a le pouvoir ? On assiste a un recentrage autour du Guide, une centaine de personnes – mollahs, technocrates – dont le pouvoir est constitué sur la puissance de ses réseaux ainsi que sur les rentes pétrolières.
Le déblocage attendu, qu’il soit politique ou économique, n’a pas eu lieu : le régime iranien reste dans une situation de rente, malsaine, qui crée une société d’assistés.
En conclusion, rien ne change vraiment. Les jeunes riches font la fête, les voyages sont possibles…
Il n’y a pas de changement à attendre avec un baril à $55 et avec une unité nationale cimentée autour de la haine des Etats-Unis.
