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Les dominos de l’Islam

Vers un nouvel équilibre des forces au Moyen Orient ?

La victoire sans appel du Hamas a pris de court l’ensemble des chancelleries occidentales qui se retrouvent aujourd’hui dans une position bien délicate face à un mouvement qui bénéficie d’une légitimité électoral sans équivoque (80% de taux de participation). Cette victoire peut-elle pour autant faire basculer l’équilibre stratégique au Moyen Orient ? Ajoutée à celle des chiites en Irak ainsi qu’à l’important score des frères musulmans en Egypte, elle viendrait conforter la montée inexorable d’un islamisme dans la région qui s’appuierait sur ses bases les plus durables, le sud Liban avec Hezbollah et Amal et l’Iran.
L’inquiétude européenne et américaine ne doit néanmoins pas laisser place à l’amalgame. Bien que tous ces mouvements se réclament du Coran, la situation sur le terrain n’est pas aussi homogène que les journaux le souhaiteraient. Les sunnites irakiens se retrouvent aujourd’hui au côté des anciens baasistes pour combattre la prise de pouvoir chiite et ces tensions communautaires risqueraient de s’accélérer dès lors que l’envahisseur américain, point focal jusqu’ici des tensions, viendrait à se retirer.
Il en est de même au Liban où le succès du Hamas est salué sans que les mouvements chiites tels que le Hezbollah et Amal ne soient réellement impliqués. Le Parti de Dieu n’a jamais fourni qu’une aide modeste, très souvent médiatique, au Hamas durant la seconde Intifada. Ici aussi le douloureux passé des chiites, dont le Hezbollah a au fil des années réussi à en acquérir le quasi monopole de revendication politique, ne doit pas être oublié.
Les deux pays qui semblent les plus menacés par cette victoire du Hamas sont bel et bien l’Egypte et la Syrie. Alors que le pouvoir égyptien se retrouve face à une opposition parlementaire sunnite sans précédent, la Syrie risque de ne pouvoir contenir bien longtemps cette même montée. Depuis vingt ans, ces derniers remparts d’un nationalisme arabe suranné ont moins consacré leur temps à soutenir la cause palestinienne qu’à endiguer leur opposition islamiste, principalement les frères musulmans. N’oublions pas ici que le Hamas en est lui-même l’émanation palestinienne, Cheikh Yassine et ses autres fondateurs en étant directement issus.
Reste l’Iran et sa puissance nucléaire potentielle. Bien évidemment, Mahmoud Ahmadinejad s’est empressé de féliciter le Hamas pour sa victoire. Néanmoins, on pourra objecter qu’il allait quelques jours plus tôt soutenir Bachar el Assad à Damas sur la question libanaise, renouant avec la vieille alliance irano-syrienne datant du début des années 80. L’idée d’une politique orientale d’alliances, de coalitions, guidée par des convictions religieuses, des croyances semble donc assez exagérée tant le principe directeur reste la realpolitik.
Le danger néanmoins tout à fait réel de la situation actuel est la possible mobilisation violente d’Al Qaeda ou de quelque mouvement qui s’en réclame. Le Hamas saura-t-il en effet gérer le contrôle sécuritaire des territoires palestiniens ? Dans le cas le plus probable où il venait lentement à reconnaître Israël, certains membres de sa base pourraient jouer les électrons libres et l’on sait que le mouvement d’Oussama Ben Laden, moins structuré aujourd’hui, a toujours rêvé de venir s’inviter dans le conflit israélo-palestinien. Avant son hospitalisation, Ariel Sharon envisageait d’établir une « zone de sécurité » située dans le nord de la bande de Gaza, secteur frontalier qui n’est pas sans rappeler la même zone qui s’étendait au sud du Liban durant deux décennies pour endiguer le Hezbollah. Les jours qui viennent seront donc décisifs tant dans ses aspects politiques que sécuritaires quant à l’établissement d’une autorité palestinienne assurant les fonctions régaliennes nécessaires.

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