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Analyse Iran : Les paradoxes du pouvoir théologico-politique dans la République islamique

De l’extérieur, le régime théologico-politique iranien apparaît bien difficile à appréhender dans toute sa complexité. Et ce n’est pas le moindre paradoxe, dans cette configuration, de considérer que les plus intégristes ne sont pas nécessairement ceux auxquels on penserait de prime abord : en l’occurrence, les membres du clergé chiite supposés incarner cette théocratie inédite, depuis le simple mollah jusqu’à l’Ayatollah en passant par l’hodjatoleslam [1] . De fait, les luttes de pouvoir au sein du régime, permanentes depuis l’avènement de la République islamique le 1er avril 1979, sont néanmoins devenues d’une férocité sans égale depuis l’élection le 24 juin 2005 du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad. Ce « laïc » - évidemment pas au sens où nous l’entendons en Occident, et plus particulièrement en France, mais tout simplement parce qu’il n’est pas membre du clergé - se sent investi d’une mission eschatologique quasi-mystique comme seule la culture chiite sait en produire régulièrement au cours de son histoire tourmentée depuis le IXème siècle : à savoir, une forme spécifique de millénarisme madhiste. Le président iranien est en effet fermement convaincu de l’imminence de l’avènement du Mahdi, c’est-à-dire de l’imam Muhammad al-Mahdi (869- ?) alias Abou Al-Qassem Mohammed, le douzième imam dit « imam caché » parce que, selon la croyance chiite, il aurait disparu en 941 lors de la « grande occultation » (al-ghayba al-Kubra, de l’arabe ghayba, signifiant « absence », « éloignement », « disparition ») et qu’il est censé réapparaître avant la fin des Temps pour instaurer la société islamique idéale qui fait jusqu’à présent défaut.

Or, le président Ahmadinejad aurait assigné à la République islamique rien moins que « la tâche de préparer la voie à l’avènement du Mahdi ». Le 14 septembre 2005, il concluait son premier discours à la tribune des Nations Unies en implorant Allah d’opérer le retour du Douzième Imam [2]. Il y revenait avec insistance lors d’une conférence de théologie, en novembre 2005 : « La tâche la plus importante de notre Révolution, est de préparer la voie au retour du Douzième Imam » . Cela n’est pas forcément surprenant dès lors que l’on suppute que le président iranien - dont le pouvoir demeure par ailleurs relativement limité dans l’architectonique du régime qui est censé placer le « guide » au-dessus des contingences politiciennes - serait peu ou prou lié à l’obscur mouvement hojjatieh qui n’est, sans mauvais jeu de mots, pas nécessairement en « odeur de sainteté » pour le clergé traditionnel. Ce dernier, par définition généralement conservateur, voit en effet plutôt d’un mauvais œil toute forme d’irrationalisme mystique susceptible de constituer une forme de concurrence politique sur ses prérogatives temporelles.

La société de Hojjatieh Mahdavieh, qui prêchait d’ailleurs l’encouragement du chaos pour accélérer la venue du 12ème imam (Mahdavieh, étymologiquement Mahdi), avait été fondée par le cheikh Mahmoud Tavallai, connu du grand public sous le nom de cheikh Mahmoud Halabi à Machhad en 1953 (sous le gouvernement du premier ministre nationaliste Mossadegh qu’il soutenait contre le Chah), à l’époque pour lutter spécifiquement contre le Bahaïsme [3] . En 1963, cette société intégriste était engagée au côté de Khomeyni quand ce dernier décida de remettre en cause la légitimité du Chah. La société était apparue en 1978-79 à la faveur de l’avènement de la Révolution islamique et l’établissement du système de Velayat-é Faqih (« Tutelle du Guide Suprême ») - à l’époque l’Ayatollah Ruhollah Khomeyni (1902-1989). La société Hojjatieh et ses membres avaient donc originellement servi les intérêts du régime clérical iranien. D’ailleurs craignant une prise de pouvoir par les Communistes du Parti Toudeh (« des Masses »), le cheikh Mahmoud Halabi poussa finalement ses adeptes à voter pour le Velayat-é Faqih lors du référendum de décembre 1979 sur la forme de gouvernement que devait prendre le pays. Cependant, la doctrine Hojjatieh avait rapidement gêné Khomeyni qui les avait critiqués publiquement en 1983 et la société prit alors la décision de s’auto-dissoudre. La fin officielle de la Société Hojjatieh n’impliquait pas forcément la fin de son rôle dans la politique. Par exemple, Ali Akbar Nateq-Nuri devint président du cinquième parlement (Majli-e-Chura-e-islami) et sert à présent comme membre du Conseil d’opportunité et conseiller du « Guide suprême de la Révolution islamique » (Rahbar-e enqelāb), l’Ayatollah Ali Khamenei. Ali-Akbar Parvaresh servit en tant qu’adjoint au président du parlement et comme ministre de l’éducation. L’ayatollah Ahmad Azari-Qomi-Bigdeli servit comme procureur de la république, représenta Khomeyni lors d’un examen parlementaire de la Constitution, représenta Qom auprès du corps législatif, servit comme membre de l’« Assemblée d’experts » (Majles-e Khobregān), et fut à la tête de la Fondation Resalat (« Mission »). Le régime finit par l’assigner à résidence pour avoir mis en question le système de Velayat-é Faqih et les qualifications du « Guide suprême » Khomeiny [4] ; il décéda en 1999 [5].

Le fait est que Khomeyni parvint finalement à contrer le rejet spécifiquement théologique de sa doctrine théologico-politique du velayat-e faqih (« règne du juriste », c’est-à-dire primauté du pouvoir religieux sur le politique) par les Hojjatieh qui étaient convaincus, quant à eux, que le chaos doit être créé afin de hâter la venue du Mahdi, le 12ème imam chiite, l’« imam caché ». Alors seulement, selon eux, une authentique République islamique pourrait advenir. Attendant des jours meilleurs, ladite société avait alors choisi de se mettre en sommeil en tant que cercle d’influence. Les membres de l’Hojjatieh se dispersèrent notamment dans les rangs de la « Société de la Coalition Islamique » (Jameyat-e Motalefe-ye Eslami Motalefeh), mais sont demeurés discrètement actifs. Des informations durant ces dernières années faisaient d’ailleurs état de la renaissance de la société même si ces néo-Hojjatieh ne seraient plus tant anti-Bahaï qu’anti-Sunnites.
Or, il se trouve qu’Ahmadinejad - nonobstant ses dénégations - est justement tenu pour nourrir des sympathies envers l’Hojjatieh, s’il n’en a pas été lui-même formellement apparenté au cours de son parcours militant. La société islamique à laquelle il avait appartenu lorsqu’il était étudiant à l’Université Elm-o Sanat (« Science et Industrie ») [6] était un groupe ultra-conservateur et fondamentaliste comprenant un grand nombre d’étudiants issus de l’Iran profond et aurait eu des liens militants avec l’Hojjatieh. De fait, la dimension proprement révolutionnaire de ladite société va dans le sens des rumeurs qui affirment qu’Ahmadinejad voulait également prendre d’assaut l’ambassade soviétique en parallèle et/ou en lieu et place de celle des Etats-Unis à Téhéran pendant la Révolution islamique (4 novembre 1979 - 20 novembre 1981).

Il est, en tout cas, intéressant de relever que des vingt-et-un ministres du cabinet initial d’Ahmadinejad, plusieurs étaient tenus pour avoir des antécédents dans l’Hojjatieh : on rendit le très controversé Ayatollah Mesbah-Yazdi, caricaturé un jour sous les traits d’un « crocodile » [7] , principal responsable de la transformation d’un mouvement initialement « anarchiste » en ce qu’il rejetait toute forme de pouvoir ou de gouvernement, y compris et même surtout islamique, en un acteur clé influençant profondément le gouvernement du président Ahmadinejad. De fait, le puissant religieux est tenu pour être le Marja-e taqlid d’Ahmadinejad (« source d’émulation » ou « modèle à imiter » ou encore « objet d’indentification »). « Ceux qui considéraient la Révolution, à l’époque de l’Imam Khomeyni, comme une déviation, sont maintenant aux commandes » aurait déclaré l’ancien président « réformateur » l’Hodjatoleslam Seyyed Mohammad Khatami (août 1997 - juin 2001 et juin 2001 - août 2005) à la faveur d’un sermon post-électoral prononcé dans la ville très conservatrice de Mashad, au Nord-Est du pays, la même ville choisie par Ahmadinejad pour tenir sa première réunion de cabinet tout juste après son élection de juin 2005. Les commentaires inquiets de Khatami faisaient suite à ceux de l’Ayatollah Mohammad Reza Tavassoli, un ancien secrétaire particulier de l’imam Khomeyni et membre du Puissant « Conseil de discernement de l’intérêt supérieur de l’Etat » (Madjma-é tashkhis-é maslahat-é nezam). Il n’avait pas hésité à affirmer que la branche exécutive du gouvernement iranien tout comme les troupes d’élite que constituent les Pasdarans [8] (« Gardiens de la Révolution »), corps dont est issu le président Ahmadinejad, avaient été détournées par l’Hojjatieh, impliquant que ces derniers contrôlent également Ahmadinejad [9].
Toujours est-il que lors de son accession à la présidence, M. Ahmadinejad, fait remarquer l’ancien journaliste Kianouch Dorranie [10], qui appartenait déjà au groupe dit des Montazaran (« Ceux qui attendent » - sous entendu : le retour du Mahdi), aurait conclu « un contrat avec l’imam caché » [11]. Il aurait demandé et obtenu de ses principaux ministres d’en faire autant. Il finance un institut de recherche à Téhéran, dont le seul but est d’étudier et, si possible, de hâter la venue de l’imam. D’après certaines rumeurs, le président iranien, alors qu’il était maire de Téhéran (mai 2003-juin 2005) aurait discrètement incité le Conseil municipal en 2004 à construire une grande avenue en guise de préparation au retour du Mahdi. Le Président iranien Mahmoud Ahmadinejad qui aurait fourni une vingtaine de millions de dollars afin de préparer le tombeau pour ce moment eschatologique, aurait même signifié à son cabinet qu’il s’attend à ce que le Mahdi arrive avant la fin de son mandat mi-2009.
Illustration s’il en est de cette dimension messianique, il y a cette fameuse vidéo, qui a circulé abondamment sur Internet, sur laquelle on voit le président s’entretenir avec l’Ayatollah Abdollah Javadi Amoli, un haut représentant du clergé chiite auquel le président Mahmoud Ahmadinejad confie l’impression d’avoir été « entouré d’un halo de lumière » lors de son allocution prononcée, en septembre 2005, aux Nations unies, à l’occasion de laquelle il avait imploré le retour de l’ « imam caché ». Comme le président iranien s’efforce de l’expliquer : « J’ai senti l’atmosphère changer soudain, et pendant ces 27 à 28 minutes, tous les dirigeants de ces pays qui m’écoutaient n’ont pas cillé…comme si une main les retenait et ouvrait leurs yeux pour recevoir le message de la République Islamique… ». La main, selon lui, de l’« Imam caché » qui « avait baigné ce lieu dans une douce lumière ».

Le 10 avril 2006, juste avant qu’il n’annonce le 14 avril suivant que l’Iran avait forcé la porte du « club nucléaire », Le Président Mahmoud Ahmadinejad aurait disparu durant quelques heures. Il se serait entretenu en tête-à-tête (khalvat) avec l’ « Imam caché » ipse. Dans chaque génération, l’Imam choisirait 36 hommes appelés les owtad (« clous »), dont la présence, « enfoncée au marteau dans l’existence de l’humanité », empêcherait l’univers de s’effondrer. Même si les clous ne sont pas connus du commun des mortels, il est possible d’en identifier un, de temps en temps, grâce à ses actes. C’est sur cette base que les plus fervents admirateurs d’Ahmadinejad affirment avec assurance qu’il est in personam un « clou », assertion que l’intéressé ne s’empresse pas de démentir [12]. En 2005, c’est dans le prolongement d’un autre khalvat [tête-à-tête] qu’Ahmadinejad aurait annoncé son intention de se présenter à la présidence qu’il devait - contre toute attente des media, notamment occidentaux -, remporter. Aujourd’hui, il se vante du fait que ce serait l’Imam lui aurait donné la présidence dans le seul but de provoquer un « choc de civilisations » à la Samuel Huntington, au cours duquel la Oumma (« Communauté ») musulmane, conduite par l’Iran chiite, s’en prendra à l’Occident kafir (« infidèle ») dirigé par les Etats-Unis, et le vaincra dans un ultime combat [13] , l’équivalent de celui de l’Armaggedon [14]. C’est ce qu’avait voulu mettre en exergue l’orientaliste et/ou islamologue Bernard Lewis dans un article délibérément provocateur paru en 2006. Selon lui, Mahmoud Ahmadinejad et ses adeptes croient fermement que ces temps sont venus et que la lutte finale est déjà entamée, voire bien avancée. Il supputait même qu’elle pourrait avoir une date précise, mentionnée par plusieurs indications du président iranien sur sa réponse finale aux États-Unis sur la question nucléaire : à savoir le 22 août. En 2006, le 22 août correspondait, dans le calendrier islamique, au 27ème jour du mois de Rajab de l’année 1427. Or, pour beaucoup de musulmans, la tradition veut que, cette nuit-là, le prophète Mahomet enfourcha le cheval ailé Buraq pour se rendre d’abord à la « mosquée la plus éloignée », usuellement considérée comme se situant à Jérusalem, puis monter au Paradis, avant de revenir sur Terre : cette élévation surnaturelle constitue le fameux Miraj [15] qui a d’ailleurs donné son nom français au « mirage ». La fin de l’article de Lewis se voulait néanmoins prudente voire rassurante : « Il n’est pas certain du tout qu’Ahmadinejad prépare une telle opération cataclysmique pour le 22 août précisément » [16]. Le fait est qu’il n’en fût rien. Mais il n’est pas douteux que le président iranien se situe bien dans cette vision apocalyptique.
C’est en tout cas la première fois qu’un chef d’Etat contemporain base son discours sur l’attente, voire sur l’imminence du retour du Mahdi [17], souligne l’écrivain, sociologue et journaliste réformiste Emadeddin Baghi [18]. Le problème majeur réside dans le fait qu’une politique supposée être menée en alliance avec une force surnaturelle est nécessairement imprévisible. Or, ce rapport au Mahdi, perçu comme largement irrationnel et donc comme potentiellement dangereux par la communauté internationale, n’a pas manqué de rendre plus difficiles encore les négociations sur le nucléaire engagées depuis plusieurs années sans réel résultat.


[1Hodjatoleslam ou Hojjat-ol-Eslam, est un titre honorifique signifiant « preuve de l’islam » ou « autorité sur l’islam ». Il constitue un grade intermédiaire dans la hiérarchie du clergé chiite, au-dessus du simple mollah, terme signifiant « maître » , « seigneur », et utilisé pour désigner génériquement tous les membres du clergé chiite, mais en dessous des Ayatollahs. Un Ayatollah, terme signifiant littéralement « signe de Dieu », est l’un des titres les plus élevés décerné à un membre du clergé chiite.

[2Cf. Matthias Küntzel, « Ahmadinejad’s Demons. A Child of the Revolution Takes Over », in The New Republic, April 24, 2006.

[3La religion bahaïe aussi connue sous le nom de bahaïsme ou de foi bahaïe a été fondée par le Persan Mirza Husayn Ali (1817-1892). Ce nom est dérivé du surnom donné à son fondateur : Baha’ullah (en arabe, « Gloire de Dieu » ou « splendeur de Dieu »). Il fut le disciple d’un certain Siyyid Mírza Ali-Muhammad (1819-1850) qui prit le titre de « Bab » (signifiant « porte » en arabe) en prétendant être Al-Qaïm (« Celui qui s’élève », encore appelé « l’imam Caché » ou Al-Mahdí, « celui qui est bien guidé », en arabe), annoncé par la tradition islamique et attendu par les musulmans avant le « Jour du Jugement ». La doctrine de Baha’ullah a de fait été influencée par le « Babisme », ce mouvement réformateur millénariste initié par le « Bab », lequel mouvement bouleversa la société iranienne au milieu du XIXème siècle et dont les membres jouèrent un rôle non négligeable dans la promulgation de la constitution iranienne en 1905. Les Bahaïs revendiquent d’ailleurs le « Bab » comme prédécesseur de leur propre religion puisque Baha’ullah se présenta comme un de ses disciples et annonça être la réalisation de sa prophétie. En 2007, la religion bahaïe compte environ 7 millions de croyants répartis dans plus de 193 pays. Son centre mondial est situé à Haïfa, en Israël. Pour ce qui est de l’Iran, depuis l’avènement de la République islamique en 1979, les quelque 350000 Bahaïs du pays sont considérés comme des « infidèles non protégés », en quelque sorte des non-personnes qui n’ont ni droits, ni protection. Ils n’ont pas le droit de percevoir de retraite, d’inscrire un nom sur la tombe de leurs défunts, d’hériter, de se réunir pour pratiquer leur religion, leurs lieux saints et leurs cimetières sont détruits. Les biens de nombreux Bahaïs sont confisqués. Des pressions sont exercées sur les employeurs pour licencier les salariés soupçonnés d’être Bahaïs. Leur foi étant postérieure à l’islam, elle n’est à ce titre pas considérée comme une religion par le régime ecclésial iranien. Dans les années qui ont suivi la révolution islamique, la répression contre les Bahaïs a été féroce. Au début des années 1980, plus de 200 Bahaïs, parmi les membres les plus actifs, ont été exécutés pour avoir refusé de se convertir à l’islam. Un document interne signé en 1991 de la main d’Ali Khamenei, guide suprême de la révolution islamique, détaille une série de recommandations pour « régler » ce que les autorités appellent « la question bahaïe » : « Le gouvernement traitera les Bahaïs de telle sorte que leur progrès et leur développement soient bloqués. (...) Il faut les expulser des universités, soit lors du processus d’admission, soit au cours de leurs études. [...] L’accès à l’emploi, s’ils s’affichent comme Bahaïs, doit leur être refusé ». La loi islamique condamne sans appel la foi bahaïe, car les musulmans considèrent Muhammad comme le dernier des Prophètes et Baha’ullah étant postérieur à Muhammad ne peut donc en aucun cas être selon eux un messager de Dieu. Beaucoup de musulmans désignent explicitement Baha’ullah comme un « apostat » criminel, l’apostasie (riddah en arabe qui a la signification de « tourner le dos ») étant passible de la peine de mort.

[4L’ « imam caché » étant considéré comme le seul souverain légitime de la communauté musulmane, les chiites ont longtemps adopté des attitudes politiques passives voire d’opposition envers le pouvoir temporel quel qu’il soit et ce, même si l’« imam caché » peut s’exprimer à travers des « représentants » (de l’arabe wakīl, signifiant « gérant », « mandataire ») qui sont alors qualifiés d’« imams parlant » (de l’arabe nāṭiq, signifiant justement « parlant », « qui s’exprime en termes clairs »). D’où d’éventuelles contradictions évidentes entre les partisans du Velayat-é Faqih et les adeptes d’une forme de « marjaïsme quiétiste ». On retrouyve d’ailleurs cette contradiction théologico-politique en Irak où le grand Marja Ali Sistani incarnerait de fait plutôt l’option « quiétiste » irakienne du Chiisme par opposition à l’option « vélayatiste » iranienne du Chiisme.. Ce qui ne peut convient pas nécessairement à Téhéran. Et ce d’autant moins que le renforcement de cette option irakienne bénéficiant de la légitimité des « lieux saints » historiques du Chiisme que sont Nadjaf et Karbala pourrait affaiblir le centre religieux iranien de Qom qui s’était imposé à la faveur de la Révolution khomeyniste et de la répression des Chiites irakiens par Saddam Hussein. Nadjaf, située à cent-cinquante kilomètres au sud de Bagdad, est le premier lieu saint du Chiisme car il recèle le mausolée de d’Alî bin Abû Talîb (602-661), cousin et gendre du Prophète pour avoir épousé sa fille Fâtimah et assassiné dans la mosquée de Kûfa en 661 par des Kharidjites. Karbala située à une centaine de kilomètres au sud-est de Bagdad, est une ville « sacrée » pour les Chiites car elle est est le lieu du « martyre » de l’imam chiite Husayn - second fils d’Alî bin Abû Talîb (602-661), cousin et gendre du Prophète pour avoir épousé sa fille Fâtimah -, massacré avec ses fidèles le 10 du mois de muharram (10 octobre 680) par le calife Ummayyade Yazîd bin ‘Aabd al-Malik , qui règna sous le nom de Yazîd II (687-724). Pour les Chiites, le « martyre » (shâhid) d’Husayn jouera par la suite - et joue d’ailleurs toujours aujourd’hui - un rôle majeur avec la commémoration de ce jour de deuil dans la rite sanglant de l’Ashûra (chaque « dixième jour » d’octobre).

[5Cf. Mehdi Moslem, Factional Politics in Post-Khomeini Iran, New York, Syracuse University Press, 2002.

[6Cette université qui est classée en cinquième et dernière position dans la catégorie des établissements scientifiques, est située à Narmak, dans un faubourg du nord-est de Téhéran où vit la famille Ahmadinejad.

[7Il goûte peu la critique. Le « crocodile », est le surnom donné à Mohammed Taghi Mesbah-Yazdi, par un caricaturiste iranien qui l’avait dessiné en crocodile qui pleurait et qui disait : « N’y a t-il personne pour me tirer des griffes de cet intellectuel rebelle », alors que sur le dessin il l’égorge avec sa queue. L’auteur de ce dessin, le caricaturiste iranien Nick Ahang Kowsar, ne résista pas, à la fin des années 1990. Il est actuellement au Canada comme réfugié politique après un séjour en prison où il devait retourner après avoir seulement bénéficié d’une liberté provisoire.

[8Pasdaran-e Enghelab-e Islami : Organisation militaire et de renseignement iranienne, créée le 5 mai 1979 par un décret de l’Ayatollah Khomeyni pour protéger la Révolution. Son siège est en Iran, mais il dispose d’un quartier-général opérationnel libanais à Ras al-Aïn (Baalbek). L’une de ses fonctions est de piloter les activités terroristes hors d’Iran. Cinq commandements opérationnels sont situés à Beyrouth-sud, Tyr, Aïn Boussawr, Mlita (Djebel Safi) et Macheghara (Beka’a Ouest). Le chef au Liban est Assadalah Hadji Reza Asgar alias « Abou Asager » (Cf. www.terrorwatch.ch)

[9Cf. « Sh’ite supremacists emerge from Iran’s shadows », in Asia Times, 9 septembre 2005. Traduction par Centre d’Information et de Documentation sur la Démocratie au Moyen-Orient (CID), « Iran : Les Suprématistes Chiites émergent de l’ombre », 31 mai 2006.

[10Coïncidence ou non, lorsqu’il exerçait encore sa profession, il s’intéressait aux questions balistiques et/ou de prolifération. Cf. Kianouch Dorranie, « Iran to Test Motor for New Space Rocket », Agence France Presse, 7 February 1999, in Lexis-Nexis, 7 February 1999 (http://www.lexis-nexis.com).

[11Cf. Mouna Naïm, « M. Ahmadinejad attend le retour du Mahdi », in Le Monde, 1er décembre 2005.

[12Cf. Amir Taheri, « The frightening truth of why Iran wants a bomb », in The Daily Telegraph, 16 avril 2006.

[13Cf. Semih Vaner, « L’effroi de l’Iran et la mystique de l’imam caché », in Le Figaro, 15 octobre 2007.

[14Har Mégiddo, en Galilée, lieu de la lutte finale avant l’ère du Messie, d’après l’eschatologie chrétienne de l’ « Apocalypse » selon Saint Jean.

[15Cf. « Al-Isra wa al-miradj », Coran, Sourate XVII, Verset 1.

[16Cf. Bernard Lewis, « August 22 : Does Iran has something in store ? », in the Wall Street Journal, 8 août 2006.

[17Cf. Delphine Minoui, « Ahmadinejad pousse les feux de l’extrémisme », in Le Figaro, 10 décembre 2005.

[18Président de l’Association pour la défense des prisonniers d’Iran et lauréat à ce titre du prix des droits de l’homme de la République française en 2005.

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Les récentes élections législatives libanaises ont confirmé la solidité de l’alliance nouée depuis février 2006 entre le Courant patriotique libre (…)

Situation en Israël : automne 2008

Les réflexions qui suivent visent à rendre une image fidèle de la situation actuelle en Israël. Elles s’intègrent dans le cadre d’une recherche (…)

L’énigme constituée par l’émergence récente d’une organisation chiite dans les territoires palestiniens

Le précédent constitué par l’apparition d’une organisation chiite dans les territoires palestiniens : L’émergence d’une nouvelle organisation (…)

Entrée en guerre

A force de s’obnubiler sur la notion de sortie de guerre, à ne considérer que les opérations de stabilisation et de reconstruction, il semblerait (…)

Le Hezbollah fait-il basculer l’équilibre des puissances au Moyen-Orient ?

Pour la première fois dans son histoire, le Hezbollah semble avoir intégré sa stratégie militaire au sein d’une large dynamique régionale.
Pour (…)

Irak : Petite Guerre et Grands désordres

Lorsque le 1er Mai 2003, Georges W. Bush a déclaré « la fin des opérations de combat majeures », il ne se trompait pas. L’erreur se trouvait dans (…)

Les dominos de l’Islam

Jean-Loup Samaan revient sur la victoire du Hamas lors des élections palestiniennes et sur la montée des forces de l’Islam radical dans le monde (…)

La CIA a-t-elle favorisée le développement du nucléaire iranien ?

Jean-Loup Samaan revient sur la polémique suscitée par l’ouvrage de James Risen autour de l’aide qu’aurait apportée la CIA à l’Iran pour se doter (…)

La sortie d’Irak

François Géré propose une analyse des enjeux du retrait des troupes américaines d’Irak.
De discours en discours, de bavures en scandales, le (…)