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Les enjeux de la réconciliation palestinienne

Il y a encore quelques semaines, nul n’aurait parié sur la réconciliation imminente du Fatah et du Hamas. Comment expliquer que le dossier resté au point mort depuis presque deux ans aboutisse maintenant ? Essentiellement en raison d’enjeux internes aux deux mouvements. Mahmoud Abbas qui cherche à faire reconnaitre par l’ONU un Etat palestinien dans les frontières de 1967, ne pouvait pas se présenter à New York en septembre prochain et affirmer ne contrôler que la Cisjordanie. Sans la bande de Gaza, dirigée par le Hamas, son plan n’était pas viable. De son côté, le Mouvement de la résistance islamique se retrouve confronté à l’affaiblissement de son allié syrien alors que dans le même temps les relations avec le voisin égyptien connaissent un véritable réchauffement suite aux changements politiques intervenus dans ce pays. Pour les cadres du mouvement, c’était l’occasion d’obtenir la levée du blocus égyptien sur la bande de Gaza et de sortir de la crise la tête haute. Encore une fois, le Hamas a fait preuve de pragmatisme.

Et justement, le ministre des Affaires étrangères égyptien a annoncé que l’Egypte ouvrira le poste frontière de Rafah de façon permanente après la cérémonie de réconciliation entre le Fatah et le Hamas. Ce choix isole Israël. Non seulement le blocus sera désormais entièrement sous sa responsabilité, mais un futur gouvernement qui inclurait éventuellement des membres du Hamas sera reconnu sans aucun doute par le Caire et Damas. Et on peut s’attendre à ce que d’autres pays suivent cet exemple. Les Européens en discutent d’ailleurs actuellement. Il est certain en tout cas que cette réconciliation risque de favoriser la reconnaissance d’un Etat palestinien par l’Union européenne et qu’elle place les Etats-Unis dans une situation délicate car pour le moment les Américains n’ont pas présenté un grand enthousiasme face à la stratégie de Mahmoud Abbas.

Le choix égyptien de lever le blocus sur Gaza isole également Israël sur le dossier Guilad Shalit car l’une des raisons ayant conduit Moubarak à fermer la frontière était la libération du soldat israélien. Mais il se peut que le rapprochement du Hamas et de l’Egypte favorise une solution, d’autant plus que le médiateur israélien en charge de la négociation vient d’être remplacé. Néanmoins, le grand absent de cette réconciliation reste Israël. Les désaccords restent nombreux : entre le Hamas et le Fatah sur Shalit, sur la relation à adopter avec l’Etat hébreu, sur le statut de Jérusalem, sur les frontières et les réfugiés. Plus encore, le Hamas n’entend pas, à ce jour, reconnaître les accords passés avec Israël ni renoncer à la violence. D’où la réaction israélienne : Abbas doit choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas, les deux étant incompatibles. Or, si cette position reste compréhensible, il serait temps que l’Etat hébreu accepte l’idée qu’il devra un jour ou l’autre négocier avec le Hamas. Car il est fort possible que la Communauté internationale reconnaisse un nouveau gouvernement palestinien intégrant des membres du Hamas.

Il importe cependant que cette reconnaissance ne soit pas naïve et gratuite. Le Hamas continue d’utiliser la violence comme outil politique aussi bien contre les Israéliens que contre les ses adversaires palestiniens. Des garanties sécuritaires doivent donc être apportées à Israël concernant le passage d’armes dans les tunnels qui relient l’Egypte et la bande de Gaza. Le Hamas doit aussi s’engager à respecter une trêve officielle, de 10 ans minimum, à laquelle les Israéliens sont favorables. Et c’est possible de l’obtenir en jouant sur les tensions au sein du mouvement. Le Hamas n’est pas monolithique. Il existe des divergences sur lesquelles Américains et Européens peuvent s’appuyer pour le faire évoluer. Mais cette approche exige prudence et progressivité. L’accord de réconciliation constitue donc une première étape. Il est encore difficile de dire si c’est un processus durable tant que l’inimité entre le Hamas et le Fatah n’a pas disparu. Néanmoins, ce travail de réconciliation et de rapprochement doit être mené car le nationalisme palestinien ne peut pas rester bicéphale. Voici donc le point de départ d’un chemin encore long vers la paix.

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