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La composante aéroportée de la dissuasion : pourquoi, comment

Un certain nombre de voix s’expriment pour demander la dissolution de la composante aérienne de la dissuasion, les Forces Aériennes Stratégiques. Les motivations sont multiples, certaines innavouées. Deux arguments sont souvent mis en avant : le coût et la crédibilité. S’y ajoute aussi l’argument de ceux favorables aux désarmements et qui voient dans la dissolution des FAS une première étape, la plus simple à réaliser – puisqu’on ne peut pas couper un sous-marin en deux. Il y a aussi des militaires qui espèrent récupérer sur le budget des FAS le pactole qui manquerait au budget des forces conventionnelles.

L’arme nucléaire est d’abord une arme politique pour faire de la politique

Ces arguments ne tirent pas très loin. Dimensions politiques, opérationnelles et technologiques sont ici étroitement imbriquées. Avant de prendre une option de réduction de ses forces nucléaires, la France doit mesurer aussi le réarmement stratégique de par le monde, les Etats nucléaires au premier chef qui développant toute une diversité de vecteurs, notamment bombardiers et missiles. C’est ainsi que la Russie vient d’annoncer la modernisation de ses Tu-160, et les Etats-Unis un projet de bombardier hypersonnique futur et un nouveau missile lui aussi hypersonnique. L’Otan attend le JSF-F-35, nouveau chasseur-bombardier à capacité nucléaire (L’Alliance Atlantique s’est encore affirmée comme une alliance nucléaire). Que d’efforts dans le monde pour le système de forces aéroportées que certains jugent obsolète, un peu hâtivement, dans l’hexagone !

A ce sujet, la force nucléaire française intervient dans deux registres :

 elle est un attribut qui nous situe dans le concert des Etats nucléaires, un univers structuré par le Traité de non prolifération. A ce titre l’arme nucléaire a son autonomie propre, avec pour effet de stabilisation des relations internationales,
 elle intervient dans un contiuum poltique et opérationnel, en rendant l’action extérieure possible. C’est la liberté d’action, une liberté que la France a souhaitée acquérir à l’issue de l’épisode de Suez en 1956, sous l’impulsion de Guy Mollet. Un héritage repris ensuite par le général de Gaulle. La composante aérienne intervient directement dans ce registre par ses capacités multiples, nucléaire et conventionnelles.

Rapport coût-efficacité de la composante aérienne

Le coût des FAS est de 10 % de celui de la Force océanique stratégique. Le total du budget de la dissuasion est de 3, 5 milliards d’Euros en rythme annuel (un dé à coudre dans l’océan de notre dette). Le renouvellement de la composante aérienne actuelle, à prévoir pour les années 2020, sera du même ordre.

L’argument coût mis en avant par ceux qui prônent la dissolution des FAS ne porte donc pas très loin. Les moyens des Forces Aériennes Stratégiques sont financées, développées et opérationnels. Il s’agit du Rafale au standard de mission multirôle F3 et de son son arme, le missile ASMP-A, un engin supersonique portant à plusieurs centaines de kilomètres une fois lancé de l’avion. Les Rafale sont affectés à l’escadron Gascogne de Saint-Dizier. On y ajoute un escadron de Mirage 2000 N, le La Fayette à Istres. La composante aérienne inclut aussi la Force Aéronavale Nucléaire (la FANu), armée par le porte-avions et une flotille de Rafale Marine dotée de l’ASMP-A, dès lors qu’elle embarque sur le bâtiment. Deux flotilles de la Marine sont qualifiées ASMP-A, la 11 F et la 12 F, implantées sur Landivisiau. Ils sont soutenus par 14 avions de ravitaillement. La composante aérienne présente plusieurs avantages : une couverture mondiale, conduire des manœuvres démonstratives, une grande souplesse d’emploi en permettant le rappel des avions après le décollage. En outre, il y a la capacité du missile de traverser les défenses adverses. Il introduit de l’asymétrie dans les scénarios de riposte.

Qui plus est, les forces aériennes, parce que nucléaires, sont calibrées pour le haut du spectre des opérations, en matière de frappes de précision, d’endurance, d’autoprotection face aux menaces anti-aériennes, et de systèmes de commandement, de communication et de renseignement. Pour celui qui connaît bien la manière dont opère une force aérienne, il s’agit là de capacités à vocations multiples opérant dans les registres de la dissuasion et de l’action conventionnelle. Cette vocation nucléaire de l’armée de l’Air permet de disposer de forces prêt à l’emploi, sans prévis, en permanence, un atout dans les mains du politique, comme démontré dans toutes les crises récentes.

S’agissant de la crédibilité du vecteur aérien stratégique, on se portera justement sur le succès des missions effectuées en Libye et au Mali. Durant Serval, les Rafale ont effectué des missions de plus de 9 H, avec tirs de munitions de précision. En Libye, des frappes par missiles de croisière Scalp, au nombre de 14, ont été conduite dans la profondeur, selon un schéma opérationnel identique, à des missions nucléaires, depuis des bases à terre ou depuis le porte-avions face à des environnement de menaces sol-air.

La suppression de la composante aérienne signifierait donc que la France renoncerait à exercer son rang au sein de l’Alliance Atlantique, et notamment son pouvoir dissuasif envers les proliférants et les menaces sub-stratégiques. Elle devra alors s’en remettre exclusivement à Washington pour ce type de situations, puisque le Pentagone maintient et modernise les bombardiers B-2 et B-52 de son Global Strike Command.

On notera que les interventions le long de l’arc de crise, se déploient en marge de puissances nucléaires, Inde, Pakistan, Chine, Corée. Le nucléaire ne permet pas d’éviter les prises d’otages et la menace terroriste. Vrai ! Mais on ne soigne pas une migraine avec de la chimiothérapie, et c’est bien pour cela qu’un dispositif de défense, pour un pays comme la France doit être globale. Cela va du contrôle des bagages à l’aéroport à la Force de frappe.

Les opération en Libye puis au Mali, dans un contexte budgétaire très difficile, ont bien démontré que les forces conventionnelles n’auraient pas été plus efficace si l’on avait sacrifié les forces nucléaires, tout au contraire ! Comment interpréter la réussite des frappes lointaines avec Rafale ou Mirage 2000. Que dire de l’action d’un sous-marin nucléaire d’attaque au large de la Libye durant Harmattan en 2011 pour assurer une surveillance permante de l’adversaire. On ne peut trouver de meilleur exemple.

Les deux composantes : les deux faces d’une même pièce, la stratégie de dissuasion

La complémentarité des composantes aériennes et sous-marines n’est pas un vain mot.

Elle porte la crédibilité globale d’une stratégie, par l’assurance de pouvoir délivrer en permanence des frappes sur un éventail très large de situations, où la dissuasion doit s’exercer. C’est cet éventail de scénarios qui permet de concevoir une stratégie de dissuasion crédible, pour justement ne pas avoir à se servir des armes de la force de frappe.

Les forces de dissuasion sous-marines et aéroportées répondent à des menaces de nature différente. Le SNLE est l’arme de la riposte massive, de la frappe en second, l’arme qui permet d’afficher son rang dans l’univers nucléaire des grands. Pour sa part, l’avion est l’arme des frappes ponctuelles, modulées, graduées, tout en autorisant des frappes massives. Une frappe limitée par SNLE est un mythe, puisqu’il se met aussitot en vulnérabilité à l’issu du tir. Le bâtiment n’est en outre pas à l’abri ni d’une fortune de mer, ni du scénario apocalyptique du Mers-El-kebir nucléaire. Alignant 50 appareils, FAS et FANu représentent un potentiel de frappe très significatif.

La composante aéroportée renforce la stratégie française de dissuasion en étendant son champs d’application en direction des pays proliférants. Supprimer la composante aérienne, c’est, en affaiblissant le message de la dissuasion, affaiblir notre stratégie de défense, et s’en remettre alors au parapluie nucléaire américain. C’est un choix de politique extérieure et de défense. Ceux qui le souhaitent se doivent de l’affirmer ouvertement aux Français.

Le désarmement nucléaire : un escalier que l’on ne peut remonter

Au même titre que les SNLE, les Forces Aériennes Stratégiques portent vers le long terme notre politique de défense fondée sur la stratégie de dissuasion. Fort de ce constat le ministère de la défense écrit sur son site Internet au sujet de la composante aéroportée : “ La France est le seul pays européen à détenir en propre cette capacité. Certains pays de l’Otan fournissent des vecteurs aériens pour pouvoir délivrer l’arme nucléaire, mais celle-ci restant la propriété exclusive des États-Unis, ils ne sont pas indépendants dans leur décision d’emploi éventuel.”

Le maintien de la composante aérienne ouvre la possibilité de se garder la possibilité de faire évoluer pour l’avenir notre stratégie nucléaire, puis d’élaborer d’autres concepts, en fonction de l’évolution de l’environnement de sécurité et des capacités de défense.

Une fois la composante aérienne démantelée, on imagine très mal la France changer de posture et annoncer ensuite qu’elle souhaite de nouveau s’en doter. Ce serait particulièrement coûteux, puisqu’il faudrait reconstituer des compétences perdues. Et surtout, là, réarmer, revient à violer l’esprit du Traité de non prolifération. On peut toujours acquérir plus de jeeps, de véhicules blindés d’infanterie, d’hélicoptères, de frégates, que sais je encore - c’est une question de politique budgétaire. A l’inverse, en matière nucléaire, réarmer est impossible. Le désarmement nucléaire unilatéral est un escalier une fois descendu que l’on ne remonte plus jamais.

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