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Le B-2 Spirit dans l’US Air Force - Philippe Wodka-Gallien dans la Revue Défense Nationale
Philippe Wodka-Gallien, « Le B-2 Spirit dans l’US Air Force : de la saga des ailes volantes au bombardier stratégique », Revue Défense Nationale, 2020/1
Un 17 juillet 1989, il y a trente ans, décollait pour son premier vol un avion issu d’un rêve d’un ingénieur américain. Son nom : Jack Northrop. Entre chauve-souris et raie manta, l’appareil semble tout droit sortir d’un film de science-fiction. Voici, le tout nouveau B-2 [1]. La guerre froide est sur le point de s’achever par la volonté conjointe de Michael Gorbatchev et de Ronald Reagan. Que faire de ce nouvel avion ?
Le vol inaugural du B-2 s’est déroulé le 17 juillet 1989 entre Palmdale en Californie, là où l’avion a été construit, et la base aérienne d’Edwards. Il lui faut 2 heures 20 pour rallier les installations du centre d’essais en vol de l’US Air Force. Faisant appel aux plus hautes technologies aéronautiques, le programme B-2 s’inscrit dans la tradition du Strategic Air Command, celle qui prône une vision globalisante de l’Air Power, le concept de défense étant exercé depuis le territoire même des États-Unis. Dès son apparition, l’avion occupe une place toute particulière. Dissuasion nucléaire, capacité unique de frappe lointaine, vitrine de la technologie américaine, le B-2 est un instrument militaire à fort impact politique, mais il est également entouré d’un halo opaque sur les technologies qui le composent.
La pointe de diamant d’une Amérique triomphante
Trente années ont passé et le B-2 conserve toujours sa force psychologique. Cette silhouette y est pour beaucoup. À l’issue d’une mise en service plutôt rapide, ses équipages participent à leurs premières missions de guerre en 1999, l’opération Allied Force au Kosovo. Ils interviennent ensuite dans le ciel d’Afghanistan. Le B-2 n’était pas au rendez-vous de Desert Storm en 1991, mais l’appareil intervient massivement en Irak en 2003, puis en Libye en 2011. Depuis CONUS (Continental United States), il inscrit à son carnet de vol une mission record de plus de 44 heures au-dessus de l’Afghanistan, raid conduit en riposte aux attaques du 11 septembre. L’unité qui le met en œuvre est l’héritière directe du 509th Composite Group, le corps aérien constitué durant la Seconde Guerre mondiale sur bombardiers B-29 pour les missions nucléaires sur le Japon. Commandé par le colonel Paul Tibbets, le 509th ira sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945. Désormais rattachés au Global Strike Command, les B-2 Spirit forment la pièce d’un trio de bombardiers intercontinentaux aux côtés des B-52 Stratofortress (en service depuis 1955) et des B-1 B Lancer (en service depuis 1986). L’avion est d’autant plus fascinant que son développement se déroule dans le plus grand secret en mode Black Programs. Ce n’est qu’en avril 1988 qu’une vue d’artiste est communiquée à la presse. Le 22 septembre 1988, Northrop organise la cérémonie de sortie de l’appareil dévoilé en majesté devant Plant 42 à Palmdale. Comme le note Tom Withington, journaliste britannique expert de l’aéronautique militaire, l’expression de la puissance aérienne ne sera désormais plus jamais comme avant. Dès les années 1990, Hollywood l’adopte pour Independance Day et Broken Arrow dans des séquences à l’esthétique bien recherchée pour valoriser au mieux le complexe politico-militaire d’une Amérique triomphante. L’avion donne confiance en l’avenir, alors qu’il ne fut en rien le vainqueur de la guerre froide, puisque développé dans un secret absolu. (...)
Image : U.S. Air Force photo/Staff Sgt. Bennie J. Davis III
























































































