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Les malheurs de la défense antimissile

«  Si vous ne faisiez pas tout ce que vous pouvez jusqu’à ce que vous ayez tout fait, vous ne feriez sans aucun doute rien du tout ». Donald Rumsfeld est condamné à ce genre de déclaration d’auto-persuasion après le second échec successif d’un test d’interception dans le cadre de la défense antimissile.
En effet, le 14 février dernier, un missile intercepteur qui était destiné à détruire un faux missile ennemi visant les États-Unis n’a pas pu décoller de l’atoll de Kwajalein dans l’Océan Pacifique. Ce qui est devenu un revers quelque peu gênant devait être originellement la reproduction, corrigée, du test de décembre 2004, qui s’était lui aussi soldé par un échec cuisant. Le dernier succès en la matière remonte désormais à octobre 2002, ce qui est plutôt compromettant pour l’administration Bush, sachant que la Missile Defense aurait dû être partiellement fonctionnelle fin 2004.

En conséquence, le Secrétaire à la défense a été entendu par la Commission des Armées du Sénat pour s’expliquer sur cette série d’échecs pour un programme qui coûtera 9,9 milliards de dollars en 2005 et encore 8,8 milliards en 2006. Le Chef d’état-major des armées, le général Richard Myers, a parlé d’un problème matériel dans un silo à missiles, repoussant toutes les interrogations mettant en cause l’intercepteur lui-même. Néanmoins, Donald Rumsfeld a réaffirmé l’engagement de cette administration dans la poursuite et l’achèvement de la Missile Défense tandis que grandissent les inquiétudes en raison du faible pourcentage de réussite des tests : seuls 50% sont des succès.

En réalité, la fiabilité de la Missile Defense est un enjeu décisif pour les États-Unis, et pas seulement vis-à-vis des réclamations du Congès : Washington est en effet au cœur d’une campagne de « recherche de partenaires », particulièrement au Canada et au Japon, qui a d’ailleurs été amené à lever son embargo sur l’exportation d’armements. Dans ce pays, les États-Unis ont pu tirer avantage de la crise nord-coréenne et ont pu obtenir un accord bilatéral avançant leur coopération en matière de recherche sur la Missile Defense.

Au Canada, la situation apparaît bien plus complexe. En effet, les sondages d’opinion montrent que les Canadiens sont majoritairement hostiles au projet de Missile Defense, ce qui fragilise la position du gouvernement fédéral. Ici, le sujet est devenu un véritable enjeu de politique intérieure, qui mobilise l’opinion publique et les partis politiques autour de deux principales inquiétudes : la militarisation de l’espace et l’utilisation du territoire canadien.

Donald Rumsfeld reste toutefois ferme : la meilleure façon de développer un système est de le mettre en place sur le terrain, de régler les problèmes et de continuer à tester même si « je suis d’accord avec cela, il ne pas y avoir dissuasion avec un système dont on sait qu’il ne fonctionne pas ».

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