La Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis, dite commission du 11 septembre, soulignait dans son rapport [1]des incohérences et des lacunes dans l’organisation du système de renseignements américain, ainsi que des propositions pour les corriger. L’une d’elles consistait à remplacer le Directeur Central du renseignement -Director of Central Intelligence (DCI) [2] - par un Directeur National du renseignement -National Intelligence Director (NID) [3] - aux missions redéfinies et à l’autorité accrue.
Cette proposition a été retenue par le Président Bush qui a nommé le 17 février dernier John D. Negroponte au poste de NID [4]. Les deux principaux domaines de responsabilités du nouveau DNI sont donc la surveillance des centres nationaux de renseignements sur des sujets particuliers et susceptibles d’intéresser le gouvernement américain ainsi que de diriger le programme national de renseignements et de surveiller les agences qui y contribuent en veillant à ce que les informations circulent correctement.
Cette mesure de rationalisation, qui ne modifie pas fondamentalement le système existant, crée, en fait, une autorité supérieure à toutes les autres dans le domaine du renseignement : désormais, ce sont bien les 15 agences membres de la communauté américaine du renseignement [5] qui sont sous la domination hiérarchique du NID.
Cette réforme suscite pourtant un certain nombre de controverses, liées d’une part à la personne choisie pour occuper le poste de DNI, et d’autre part à la remise en cause du rôle prépondérant du Département de la Défense (DoD) en ce qui concerne le renseignement.
John D. Negroponte a démarré sa carrière diplomatique dans les années 60. Entre 1971 et 1973, il était en charge du Vietnam au Conseil de sécurité nationale - National Security Council - sous les ordres d’Henry Kissinger. Par la suite il a occupé des postes aux responsabilités toujours plus importantes, parmi lesquels la direction des services de renseignements américains au Mexique qui visaient alors à soutenir la guerre menée par le gouvernement contre les opposants Zapatistes du Chiapas [6]. Il fut nommé en 2001 par Georges W. Bush ambassadeur des États-Unis à l’ONU. En avril 2004, il est nommé ambassadeur des États-Unis en Irak, il se trouve alors à la tête de la plus importante mission diplomatique du monde (900 personnes). A la suite de cela, il devient le nouveau NID .
Les « états de services » de M. Negroponte, très respectable de prime abord, ont pourtant été sujets à de nombreuses polémiques et ce, surtout, du fait du rôle qu’il joua au Honduras lorsqu’il y fut ambassadeur, entre 1981 et 1985.
En effet, au cours de ces années, le gouvernement Sandiniste du Nicaragua voisin, fut combattu par les « contras », formés au Honduras et financés par les États-Unis [7]. En outre, une unité spéciale de renseignements des forces armées du Honduras, le bataillon 316 (plus connu sous le nom « d’escadron de la mort »), entraîné par la CIA et les militaires argentins, ont kidnappé, torturés et tués des centaines de personnes.
La question soulevée par cette nomination consistait à savoir si M. Negroponte était au courant, et ce qu’il avait fait pour empêcher les « escadrons de la mort » de sévir.
Officiellement, elle ne fut jamais abordée, et la réputation de M.Negroponte est sans tâche.
Les oppositions à cette refonte du système de renseignements ne se cristallisent pas uniquement autour de la personnalité de son nouveau chef, mais bien aussi sur ses attributions, qui défont le Pentagone de sa suprématie [8] dans ce domaine.
Le National Security Act de 1947 concernant la poursuite d’activités de renseignements n’a pas vu sa structure modifiée, mais les différentes agences doivent désormais rendre compte à une instance supérieure, le NID.
Il s’agit donc d’un désaveu pour le Pentagone, auparavant en charge de ces questions par l’intermédiaire du DCI.
Pourtant, la collaboration entre le Pentagone et le NID a été présentée comme vitale pour le bon fonctionnement futur des services de renseignements américains. Il est donc à espérer que le surnom de « diplomate diplomate » donné à M. Negroponte ne soit pas usurpé, sans quoi la structure américaine des services de renseignements pourrait connaître de nouvelles difficultés.