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Missile Defense : le Canada refuse de participer

La question fait véritablement scandale au regard de l’amitié et de la coopération traditionnelles que partagent les deux pays, notamment en matière de défense.

Depuis des mois pourtant, de nombreuses inquiétudes avaient déjà commencé à menacer ce que l’administration Bush considérait jusqu’alors comme un support acquis. Certes, le Premier ministre Paul Martin a soutenu le projet de défense antimissile dès qu’il est arrivé au pouvoir en décembre 2003, avec la ferme volonté de renforcer la coopération militaire entre les deux pays. En effet, le refus canadien de prendre part à la guerre en Irak en mars 2003 avait jeté un certain malaise qui devait être oublié.
Au cours de l’année 2004, la situation politique au Canada a évolué à la défaveur de Paul Martin, qui perdait sa majorité tandis que l’opinion publique canadienne commençait à manifester des signes de mécontentement à la perspective d’intégrer la Missile Defense. De cet état des lieux général, le magazine Forbes [1] a tiré quatre raisons pour tenter d’expliquer un revers plus complexe que prévu :

 Depuis le projet Reagan de défense antimissile, le Canada s’est toujours opposé à la militarisation de l’espace.
 Une majorité de Canadiens opposent cette initiative antimissile (54% d’après les derniers sondages)
 Le Premier ministre est à la tête d’un gouvernement en difficulté, tandis que deux partis d’opposition - le New Democratic Party et le Bloc Québécois - sont contre la Missile Defense.
 Enfin, le Liberal Party, actuellement au pouvoir, doit tenir sa conférence politique dans les mois qui viennent, et fera savoir que ses membres rejettent le projet américain.

Ces inquiétudes ont pris la forme d’affront politique, le 25 février, lorsque le Premier ministre Martin déclara que les États-Unis devraient demander la permission à Ottawa avant de tenter l’interception de missiles au-dessus du Canada. « Il s’agit de notre espace aérien, nous sommes une nation souveraine et vous ne pouvez violer l’espace d’une nation souveraine sans demander son autorisation » [2]. La réaction américaine n’a pas tardé : le 1er mars, Condoleezza Rice a repoussé le déplacement qui était prévu au Canada pour « incompatibilité d’agendas ».

Pour Michael O’Hanlon, chercheur à la Brookings Institution, l’administration Bush est allée trop loin avec le Canada, qui avait déjà « accepté de coopérer avec les États-Unis sur la défense aérienne dans le cadre du NORAD au Colorado, faisant partie intégrante du système de suivi radar des avions, mais aussi des potentiels tirs de missiles ennemis contre l’Amérique du Nord » [3]. Mais, en sus des difficultés techniques rencontrées par les États-Unis lors des récents échecs de tirs d’essai, la Missile Defense continue d’inquiéter au regard des doutes entourant son architecture finale.

En effet, d’aucuns redoutent que le système envisagé par Washington soit destiné à devenir plus qu’un « petit » bouclier basé au sol et en mer, cherchant à intercepter quelques missiles « voyous ». Il s’agirait plutôt d’un système bien plus important, qui pourrait déjouer à terme la capacité de dissuasion de la Chine ou de la Russie. Et en dépit d’une coopération militaire toujours plus étroite entre les États-Unis et le Canada, c’est cette dernière perspective qui aura définitivement érigé les limites de l’intégration pour les deux géants géographiques de l’Amérique du Nord.

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