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Fondé en 2001 par François Géré, l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) est un centre de recherche privé français, spécialisé dans l’étude des questions de stratégie, de défense et de relations internationales.

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La question allemande en Europe depuis l’unification - institut français d'analyse stratégique
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La question allemande en Europe depuis l’unification

Thierry Garcin, La question allemande en Europe depuis l’unification, L’Harmattan, 2025, 272 pages.


Compte-rendu par François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique (ifas).


Livre cruel parce que lucide. Se fondant sur des éléments indiscutables, exposés dans un esprit pédagogique (moi qui croyait savoir j’ai beaucoup appris !) Thierry Garcin établit un diagnostic de l’état de l’Union à travers le prisme de l’évolution de l’Allemagne et, au premier chef, des péripéties d’un couple qui n’a jamais existé au-delà d’une image floue publicitaire. Par-delà les déclarations (d’amour ?) s’impose une réalité cruelle : depuis la fin de la guerre froide l’Allemagne fait cavalier seul et, depuis le Brexit, cette tendance s’est aggravée. Stratégie du fait accompli et absence de consultations préalables sont-elles dues à la seule Allemagne ? La France n’a pas cru devoir demeurer en reste en déclarant une surprenante Union méditerranéenne au mépris des préoccupations des États d’Europe du Nord et du Centre et de ce fait voué à tourner court.

C’est dans ce cadre politique et économique que paraît la divergence des projets (et l’incapacité à les faire converger comme cela avait été encore le cas dans les années du Marché commun et de la Communauté européenne). Les États membres (dont les dirigeants politiques changent au fil des élections) sont donc tiraillés entre différents modèles institutionnels.

L’utopie du fédéralisme et le mythe de l’Europe des régions ont engendré une concurrence permanente entre l’interétatique et le supranational. Divagation aggravée par des élargissements intempestifs et précipités. Dix adhésions d’un coup en 2004 ! Des règles de vote byzantines doivent pondérer une arithmétique devenue folle. Car avec le Kosovo, le Monténégro, la Macédoine du Nord, small n’est décidément pas beautiful et Garcin, ironique, d’épingler à juste titre les délires cartographiques identifiant des nano-régions, peuplées de Livoniens, Aroumains et autres Sicules. Tandis que certains États comme la Hongrie font valoir les intérêts d’une diaspora magyare estimée à deux millions et demi de personnes. Les spectres du passé n’en finissent pas de hanter les peuples.

Fortement amoindrie par le Brexit, l’UE finit par devenir un champ d’influence dans lequel prévaut la conviction que « ce qui est bon pour Berlin est bon pour Bruxelles ». Or, l’Allemagne connaît deux partenaires commerciaux majeurs : les États-Unis et la Chine. Ce qui la conduit à orienter l’UE conformément à ce double intérêt sans se soucier de leur compatibilité avec un intérêt européen (que nul, à vrai dire, n’a encore été capable de définir ni de se mettre en position d’affirmer). Autre cruauté, la comparaison des statistiques notamment celles du commerce extérieur. Malgré les effets négatifs de la guerre d’Ukraine, l’Allemagne enregistre encore un excédent de 177 milliards en 2023 (contre 250 en 2016), tandis que l’Italie dégage régulièrement depuis 2020 un solde positif de 60 milliards d’euros grâce au dynamisme de ses PME offrant des produits originaux de haute qualité. A l’opposé, le déficit français ne cesse de s’aggraver atteignant 100 milliards. Constat plus cruel encore, celui du décrochage économique de la France depuis la fin du 20ème siècle frappée par la désindustrialisation ; pénalisée par son incapacité à assurer la prospérité des entreprises de taille intermédiaires ; handicapée par le séculaire déséquilibre du tissu urbain régulièrement mais vainement critiqué (Paris et le désert français de J-F. Gravier date de 1947 !).

C’est donc sur ce cumul de disparités économiques nationales et de divergences communautaires que viennent se superposer les préoccupations politiques d’une Allemagne en proie au jeu de coalitions devenues de plus en plus fragiles à mesure de l’érosion du confortable dualisme CDU/SPD. Situation qui a favorisé la politique du fait accompli.

La sortie du nucléaire est exemplaire : satisfaire les Grüne dans le respect démocratique des opinions citoyennes cher à la chancelière Merkel.
Malheureusement cela revient à se laisser prendre en otage par des mouvements plus idéologues que pragmatiques et, dans le cas français, incapables de cohérence ! A se laisser guider par cet ectoplasme nommé Opinion publique soumis à l’impact changeant de l’émotionnel médiatique. Après Fukushima (2011) l’Allemagne a imité l’Italie qui après Tchernobyl (1986), bien que privée de ressources énergétiques sur son territoire, avait voté par referendum contre le nucléaire quitte à s’en mordre les doigts par la suite. Car ni Tchernobyl ni Fukushima ne justifient de sacrifier une stratégie énergétique qui doit compter à la fois avec le très long terme planétaire (pollution, CO-2 réchauffement) et avec une imprévisible quantité d’événements tels que l’invasion de l’Ukraine par la Russie, pourvoyeuse de gaz pour l’Allemagne.

Autre fait accompli : l’immigration absolument vitale pour l’économie allemande. Ce dossier, plutôt bien géré dans une relation avec la Turquie sensible au grave problème kurde, a subi le contrecoup brutal du danger terroriste islamiste. L’Allemagne a accueilli plus d’un million de réfugiés syriens durant la seule année 2015. Il ne pouvait en résulter qu’un choc culturel dont a profité la nouvelle extrême droite allemande (ADF) « new look » qui ne se réduit pas aux bannières hélas surmédiatisées de quelques centaines d’attardés paléo-nazis.

Enfin, réagissant à la menace russe, l’Allemagne, toujours aussi unilatéralement, a décidé d’investir massivement (100 milliards d’euros) dans la défense. Elle a cru opportun de lancer un programme européen (sans consultation avec la France) de « bouclier aérien ou spatial » (on ne sait pas très bien) qui débouche sur une coopération avec les États-Unis et Israël. Ainsi, la même cruauté marque l’analyse de la Défense européenne qui fait apparaître une abdication permanente à laquelle il est vrai les États-Unis, via l’OTAN, ont fortement contribué. Cette ingérence ne suffit pourtant pas à expliquer une impasse historique, somme toute assez simple. Car prétendre faire de la défense une priorité c’est mettre la charrue avant les bœufs en l’absence d’une politique extérieure commune fondée sur l’unanime reconnaissance d’un indiscutable « intérêt européen identique ». On attend toujours. Dans ces conditions les discours sur la dissuasion nucléaire européenne relèvent du verbiage irresponsable. Avec l’agression russe en Ukraine, plus que jamais les Européens achètent leur armement haut de gamme (le très onéreux F 35) aux États-Unis, abandonnant les vrais programmes de souveraineté notamment dans le domaine spatial. « Bref, conclut l’auteur, la défense européenne ne sera pas européenne, parce qu’elle n’est déjà plus européenne. »
Ainsi par un humour cruel mais salutaire Thierry Garcin renoue avec l’esprit malicieux d’Andersen « Les habits neufs de l’Empereur ». Le roi est nu !
Malheureusement il ne nous propose pas un conte.

Image : Wikipedia CC.


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Stratégie nucléaire européenne - institut français d'analyse stratégique
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Stratégie nucléaire européenne

Grande illusion et vœux pieux

Pour éviter un nième enlisement en de vaines palabres sur une dissuasion nucléaire européenne, rappelons les principes fondamentaux de cette stratégie.


François Géré, Président de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas), 20 mars 2025.


La dissuasion est un mode d’action à but négatif aussi ancien que la guerre. Visant à interdire les velléités offensives d’un adversaire, il a été pratiqué avec plus ou moins de succès en raison de son caractère aléatoire. Il repose sur le calcul des probabilités. Ordinairement si un agresseur prenait le risque de transgresser la dissuasion fondée sur des forces conventionnelles et que son entreprise tournait mal, il avait joué et perdu subissant au pire l’humiliation d’une défaite. Avec les armes nucléaires, la dissuasion revêt désormais une toute autre dimension car la probabilité d’occurrence de la riposte nucléaire comporte le risque d’une perte exorbitante, dite insupportable, dépassant la valeur de l’enjeu.

La stratégie de dissuasion nucléaire n’est pas la paix. Elle ne saurait éviter ni les conflits régionaux limités ni supprimer l’action terroriste. Elle ne peut en effet s’exercer que dans le cas d’une attaque massive, quelle qu’en soit la nature, contre les intérêts vitaux du pays attaqué.

Ce « périmètre du vital » ne doit pas être défini précisément, restant à l’appréciation du chef de l’État de manière à placer le candidat agresseur dans l’incertitude. La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes identifiés, théorisés en France par les généraux Gallois et Poirier.

• Principe de crédibilité : la dissuasion nucléaire exige la création et la démonstration de capacités techniques. C’était le rôle des essais suspendus pour une durée indéterminée en 1994 et interdits par un traité (TICE).

• Principe de permanence : la stratégie de dissuasion nucléaire est assurée par le chef de l’État, seul décideur, disposant 24h/24 des codes électroniques et des moyens de transmission aux forces stratégiques aériennes en veille et aux sous-marins en patrouille.

• Principe d’incertitude : « l’effet dissuasif résulte de la combinaison d’une certitude et d’incertitudes dans le champ mental d’un candidat agresseur : certitude quant à l’existence d’un risque inacceptable… incertitudes sur les conditions exactes d’application du modèle en cas d’ouverture des hostilités. »

• Principe de suffisance : pour une puissance moyenne comme la France en quantité et en qualité ni trop, ni trop sophistiqué.
C’est ce que l’on nommait durant la guerre froide « dissuasion du faible au fort » (le Fort était l’Union Soviétique que les dirigeants français eurent la sagesse de ne jamais nommer explicitement). Pour éviter de se lancer dans une ruineuse course aux armements, il faut et il suffit de satisfaire à deux conditions :
a) Détenir une force nucléaire invulnérable capable de riposter en cas d’agression (les SNLE sous-marin nucléaires lanceurs d’engins sont durablement indétectables). Il est indispensable de prévoir une redondance en cas de défaillance humaine ou technique.
b) Avoir la capacité à traverser les défenses adverses.

L’interception à 100% n’existe pas. Le dommage reste tolérable si les charges explosives sont classiques mais si elles sont nucléaires le problème change complètement. Une salve de SNLE envoie 96 charges pouvant « vitrifier » potentiellement autant de cibles. Aucune défense ne parviendrait à les intercepter quels que soient les progrès réalisés. D’autant plus que ces têtes sont environnées de leurres, manoeuvrantes (changement de trajectoire) et furtives (faible signature radar). Cette supériorité durable de l’agression sur la protection fait donc de la stratégie de dissuasion nucléaire l’unique parade.

• Principe de proportionnalité : le volume des destructions dites « insupportables » est rapporté à la valeur de l’enjeu ; en l’occurrence l’invasion et la conquête de la France valent-elles l’anéantissement d’un ou plusieurs centres vitaux de l’agresseur ?

Dès lors que cibler ? Anticités (les hommes) ou antiforces (les armes) ? Les progrès de la précision permettent un ciblage plus fin sur des surfaces réduites. Le discours officiel affiche que la France ne vise plus les villes mais les centres de commandement des forces nucléaires et les centres politiques décisionnels. Toutefois, on relèvera que de telles cibles se situent rarement au cœur des déserts mais ont le mauvais goût de se trouver profondément enfouies au beau milieu de zones densément peuplées.

La création d’une dissuasion stratégique nucléaire européenne devra donc souscrire à l’ensemble de ces principes. Comment et avec quels aménagements ? 
La valeur de l’enjeu pour l’agresseur changerait de dimension. Des intérêts vitaux de la France seule, on passerait à ceux de l’ensemble des États membres de l’Union européenne ou, à tout le moins, de ceux qui consentiraient à se joindre.
Le calcul de la proportionnalité s’en trouverait affecté se répercutant ipso facto sur le principe de suffisance. En raison de sa souplesse et de sa visibilité la composante aérienne doit-elle être développée ? En conséquence, la quantité d’armes nucléaires devra-t-elle augmenter ? Le positionnement territorial doit-il s’étendre, où et jusqu’où ?

La France pourrait-elle étendre une dissuasion nucléaire élargie aux intérêts de ses partenaires européens ? Le « parapluie » nucléaire déclaré par les dirigeants des États-Unis depuis McNamara, ministre de la défense de Kennedy a fait souvent l’objet d’un scepticisme sur sa crédibilité, à commencer par celui du général de Gaulle. Donald Trump expose ouvertement le caractère éminemment égoïste de l’arme nucléaire. Qui peut encore croire aujourd’hui que ce Président et ses successeurs sacrifieraient New York pour Varsovie, Berlin ou Paris ? A fortiori les citoyens des pays de l’Europe sont-ils prêts à faire dépendre leur existence de la décision du seul président français ? Qui pourrait croire qu’il sacrifierait Paris pour Tallinn ? En vérité si les alliés (européens et asiatiques) ont pensé pouvoir se fier à l’engagement des États-Unis c’est en raison de la puissance grandissante des forces conventionnelles américaines capables de s’opposer efficacement à des agressions non-nucléaires.

Toute comparaison avec les États-Unis relève donc de l’absurde. Ensemble, les États de l’UE disposent-ils de 11 porte-avions ? De 14 sous-marins-nucléaires stratégiques ? Leurs marines verrouillent-elles les voies du commerce mondial ? Contrôlent-ils l’Espace ? La petite grenouille européenne n’atteindra pas l’énormité du bœuf américain. Mais serait-ce bien nécessaire dès lors que leurs gouvernements procéderaient à une évaluation objective de la menace réelle, exempte de préjugés idéologiques et d’intérêts corporatistes ?

Venons-en au nerf de la dissuasion à savoir le coût : ce « partage du fardeau », tracas permanent de l’OTAN. Des États comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Pologne sont-ils disposés à payer pour l’édification d’une dissuasion nucléaire dite européenne sans pour autant disposer de l’accès à l’ultime décision ?

L’argent c’est aussi du temps.

Une stratégie nucléaire unique multi-étatique ne s’improvise pas du jour au lendemain. Oublie-t-on que certains membres de l’UE ne perçoivent pas la Russie comme une menace ; que d’autres, comme l’Autriche, sont leaders en faveur de l’interdiction des armes nucléaires ? Enfin, et ce n’est pas peu, où viendrait se loger le Royaume-Uni dans ce dispositif ?

Quand bien même la volonté serait forte et largement partagée, de mettre sur pied politiquement, financièrement et techniquement une dissuasion nucléaire rassemblant certains États européens cette entreprise prendra du temps, de l’ordre de plusieurs années. A quoi ressemblera la Fédération de Russie, comment aura évolué la compétition américano-chinoise d’ici cinq à dix ans ?

Les déclarations (franco-allemandes, franco-britanniques) du temps de paix n’expriment souvent que de grandes illusions ou des vœux pieux qui ne coûtent rien. C’est au pied de la guerre que l’on voit le véritable allié, quand le réalisme égoïste reprend ses droits glacés. Or depuis vingt ans, à chaque crise (financière, migratoire, sanitaire -Covid- et militaire -Ukraine-) l’UE a exhibé son impréparation, sa lenteur de réaction et surtout ses divisions. La création d’une dissuasion nucléaire européenne crédible entre en donc en flagrante contradiction avec l’existence même de l’UE sous sa forme et son fonctionnement actuels.

Il faut donc revenir aux fondements du projet communautaire.

Ceux des pays de l’Europe qui partageraient une conception rigoureusement identique de leur situation mondiale au point de fusionner leurs intérêts vitaux auront à s’accorder sur un cadre politique durable définissant des buts communs, dans une sorte de Charte ; à se doter en conséquence d’une alliance militaire telle qu’une Société européenne de Défense aussi longtemps que jugé nécessaire ; à se garantir par une Communauté européenne de Renseignement.

Française ou européenne, la stratégie de dissuasion nucléaire n’échappe pas à une règle absolue : elle n’est pas une fin en soi mais un moyen de la politique en sorte que l’on ne saurait mettre la charrue atomique avant les bœufs politiques.


Image : Earthlights 2002 © NASA

Dissuasion nucléaire - institut français d'analyse stratégique
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Dissuasion nucléaire

Derrière le concept, de quoi parle-t-on vraiment ?

Alors que le président de la République vient de remettre sur la table l’idée de créer une défense européenne, François Géré, président de l’Institut français d’analyse stratégique, rappelle principes fondamentaux de la dissuasion nucléaire et les conséquences d’un tel scénario.


François Géré est président de l’Institut français d’analyse stratégique (ifas).


La dissuasion est un mode d’action à but négatif aussi ancien que la guerre. Visant à interdire les velléités d’action d’un adversaire, il a été pratiqué avec plus ou moins de succès en raison de son caractère aléatoire. Il repose sur le calcul des probabilités connu dès le XVIIe siècle. En 1800, le mathématicien Pierre-Simon Laplace remarquait : « dans la conduite de la vie…il convient d’égaler au moins le produit du bien que l’on espère par sa probabilité, au produit semblable de la perte. »

Auparavant si un agresseur prenait le risque de transgresser la dissuasion classique et que son entreprise tournait mal il subissait une défaite mais n’en mourait pas. Avec l’atome, la dissuasion revêt désormais une toute autre dimension car la probabilité d’occurrence de la riposte nucléaire comporte le risque d’une perte exorbitante, dite insupportable, dépassant la valeur de l’enjeu.

Il doit être clairement entendu que la stratégie de dissuasion nucléaire n’apporte pas la paix absolue. Elle ne saurait éviter ni les conflits régionaux limités ni supprimer l’action terroriste.

Elle ne peut en effet s’exercer que dans le cas d’une attaque massive, quelle qu’en soit la nature, contre les intérêts vitaux du pays agressé. Ce « périmètre du vital » ne doit pas être défini restant à l’appréciation du chef de l’État de manière à placer le candidat agresseur dans l’incertitude. La stratégie de dissuasion nucléaire repose sur cinq principes. (...)

Lire la suite sur le site du Figaro


Photo : French Submarine Le Terrible (S 619) Triomphant Class Watched at Goulet de Brest, Pointe de Espagnols, 2008 - CC.

La stratégie de dissuasion nucléaire (SDN). Un pense-bête - institut français d'analyse stratégique
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La stratégie de dissuasion nucléaire (SDN). Un pense-bête

La menace d’un recours à l’arme nucléaire est un discours récurrent de V. Poutine depuis sa relance de la guerre russe en Ukraine, le 24 février 2022. La France est un des pays dotés de l’arme nucléaire mais la stratégie de la dissuasion nucléaire (SDN) reste relativement peu expliquée sur la place publique. François Géré fait œuvre de pédagogue avec ce document qui en explique les cinq grands principes.


François GERE, « La stratégie de dissuasion nucléaire (SDN). Un pense-bête », diploweb.com, 17 avril 2024.

François Géré est agrégé et docteur habilité en histoire (Paris 3 Sorbonne nouvelle). Président de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas) et Président du Cercle des amis du général Lucien Poirier (2019 - ). Il a présenté l’ouvrage posthume du Général Lucien Poirier, Éléments de stratégique (Economica, Ministère des Armées, 2023). Il a co-signé avec Lars Wedin L’Homme, la Politique et la Guerre (Nuvis, 2018). Il a publié La pensée stratégique française contemporaine (Economica, 2017).


Antécédents

La dissuasion est un mode d’action à but négatif aussi ancien que la guerre. Visant à interdire les velléités d’action d’un adversaire, il a été pratiqué avec plus ou moins de succès en raison de son caractère aléatoire. Il repose sur le calcul des probabilités connu dès le XVIIème siècle. En 1800, le mathématicien Pierre-Simon Laplace remarquait : « dans la conduite de la vie…il convient d’égaler au moins le produit du bien que l’on espère par sa probabilité, au produit semblable de la perte. »

Auparavant si un agresseur prenait le risque de transgresser la dissuasion et que son entreprise tournait mal… il se prenait une raclée mais n’en mourait pas. Avec l’atome, la dissuasion revêt désormais une toute autre dimension car la probabilité d’occurrence de la riposte nucléaire comporte le risque d’une perte exorbitante, dite insupportable, dépassant la valeur de l’enjeu.

Domaine de validité

La stratégie de dissuasion nucléaire (SDN) n’apporte pas la paix absolue.

Elle ne peut en effet s’exercer que dans le cas d’une attaque massive, quelle qu’en soit la nature, contre les intérêts vitaux du pays agressé.

Le périmètre du « vital » ne doit pas être défini restant à l’appréciation du chef de l’État de manière à placer le candidat agresseur dans l’incertitude.

Ainsi la stratégie de dissuasion nucléaire repose-t-elle sur cinq principes.

. Principe de crédibilité

La dissuasion nucléaire exige la création et la démonstration de capacités techniques. C’était le rôle des essais qui ne sont plus nucléaires depuis leur suspension pour une durée indéterminée en 1994 ou leur interdiction par un traité (TICE).

. Principe de permanence : la SDN est assurée par le chef de l’État, seul décideur, disposant 24h/24 des codes électroniques et des moyens de transmission aux forces stratégiques aériennes en veille et aux sous-marins en patrouille. La robustesse des communications est vitale.

. Principe d’incertitude

« l’effet dissuasif résulte de la combinaison d’une certitude et d’incertitudes dans le champ mental d’un candidat agresseur : certitude quant à l’existence d’un risque inacceptable… incertitudes sur les conditions exactes d’application du modèle en cas d’ouverture des hostilités. »

. Principe de suffisance pour une puissance moyenne comme la France en quantité et en qualité ni trop, ni trop sophistiqué.

C’est ce que l’on nomme parfois « dissuasion du faible au fort » (c’était l’Union Soviétique). Il est inutile et ruineux de se lancer dans une course aux armements, il faut et il suffit :

a) de disposer d’une force nucléaire invulnérable capable de riposter en cas d’agression (les SNLE sous-marin nucléaires lanceurs d’engins sont durablement indétectables). Il est indispensable de prévoir une redondance en cas de défaillance humaine ou technique. En janvier 2024, la Royal Navy a enregistré deux tirs ratés du Trident, missile de conception américaine pourtant éprouvé de longue date.

b) de passer les défenses adverses.

L’interception à 100% n’existe pas. Le dommage reste tolérable si les charges explosives sont classiques mais si elles sont nucléaires le problème change complètement. Une salve de SNLE envoie 96 charges pouvant « vitrifier » potentiellement autant de cibles. Aucune défense ne parviendrait à les intercepter quels que soient les progrès réalisés. D’autant plus que ces têtes sont environnées de leurres, manoeuvrantes (changement de trajectoire) et furtives (faible signature radar). Cette supériorité durable de l’agression sur la protection fait donc de la SDN l’unique parade.

. Principe de proportionnalité

Le volume des destructions dites « insupportables » est rapporté à la valeur de l’enjeu ; en l’occurrence l’invasion et la conquête de la France valent-elles l’anéantissement d’un ou deux ou trois centres vitaux de l’agresseur ?

Dès lors que cibler ? Anticités ou antiforces ? Les progrès de la précision permettent un ciblage plus fin sur des surfaces réduites. Le discours officiel quelque peu jésuitique affiche que la France ne vise plus les villes mais les centres de commandement des forces nucléaires et les centres décisionnels, en l’occurrence les dirigeants politiques. Toutefois, on relèvera que de telles cibles se situent rarement au cœur des déserts mais ont le mauvais goût de se trouver au beau milieu de zones densément peuplées.

*

In Cauda

La création d’une dissuasion stratégique nucléaire européenne (UE) devra souscrire à l’ensemble de ces principes. Toutefois, la valeur de l’enjeu pour l’agresseur changerait de dimension. Des intérêts vitaux de la France seule, on passerait à ceux de l’ensemble des États membres de l’Union européenne. Le calcul de la proportionnalité s’en trouverait affecté.


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[#dissuasion nucléaire française] Zéro ambiguïté - institut français d'analyse stratégique
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[#dissuasion nucléaire française] Zéro ambiguïté


François Géré, Président de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas).


La confusion s’aggravant, je crois indispensable de rappeler que :

JAMAIS et Nulle part n’a figuré dans la stratégie de dissuasion nucléaire de la France la notion d’ambiguïté.

Le seul pays qui l’a adoptée depuis 2007 est Israël pour n’avoir pas à reconnaître officiellement l’existence de son arsenal nucléaire crédité depuis trente ans de 100 à 150 têtes.
Par ailleurs, les États-Unis ont adopté la posture dite " neither declare nor deny" pour éviter de mentionner la présence d’armes nucléaires sur leurs navires dans les eaux territoriales de pays alliés qui ont signé des traités bannissant les armes nucléaires.

S’agissant de la France, sa doctrine de dissuasion nucléaire résulte "de la combinaison d’une certitude et d’incertitudes dans le champ mental d’un candidat agresseur.

 certitude quant à l’existence d’un risque inacceptable

 incertitudes sur les conditions exactes d’application des représailles en cas d’ouverture des hostilités."

A la certitude de notre résolution au moment de la crise vient s’ajouter en complément l’incertitude de notre comportement réel une fois attesté l’échec de la dissuasion, vérifié par la manœuvre pour l’information sur les intentions de l’agresseur au regard de nos intérêts vitaux. C’est pourquoi, jusqu’à présent, les autorités politiques se sont gardées de définir le périmètre des intérêts vitaux de la France.

Bien entendu nul n’est gardien du dogme.

Mais si un Président français entend changer la stratégie nucléaire il est indispensable qu’il le dise et en fournisse les raisons pertinentes.

Cela ne se fait ni étourdiment, ni à la sauvette au détour d’un mot.


Photo : French Submarine Le Terrible (S 619) Triomphant Class Watched at Goulet de Brest, Pointe de Espagnols, 2008 - CC.

Alfred Grosser, la réconciliation franco-allemande en héritage - institut français d'analyse stratégique
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Alfred Grosser, la réconciliation franco-allemande en héritage


Philippe Wodka-Gallien, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas).


Rue Saint-Guillaume, le 27, amphi Boutmy, 17 heures. Alfred Grosser anime la séance hebdomadaire d’analyse de l’actualité. Une centaines d’étudiants écoute sagement. En plein cours, surgit la silhouette élégante un peu vieille France d’Alain Lancelot, le directeur de Sciences Po : « Le mur de Berlin est tombé ! ». A croire que les Berlinois de l’Est avaient choisi le jour et l’heure de ce rendez-vous à Sciences Po pour faire tomber le mur de Berlin. Emotions et cris de joie dans un amphi d’habitude plutôt serein. Merci monsieur Gorbatchev. Ce 8 novembre 1989, et dans les jours de liesse qui ont suivi, on espérait bien que la guerre froide ne rejoue jamais une édition 2. A l’annonce du décès d’Alfred Grosser, le 7 février 2024, j’ai ressorti l’un de ses livres majeurs : Affaires extérieures – La politique de la France 1944 – 1989. De nombreux paragraphes sont surlignés. Alfred Grosser nous en apprend beaucoup dans la densité de ses 400 pages. Ce n’est pas un cours d’histoire, mais une sociologie de l’international. En voici une lecture très personnelle, pour saluer sa mémoire.

France – Allemagne, constante majeure

La relation franco-allemande est l’ADN de son enseignement, de ses publications, de son message. C’est avec les notions apprises chez Alfred Grosser qu’il faut visiter Berlin. Son enseignement nous a donné les instruments de navigation autonome dans un monde traversé de rapports de force et de violence. Il rejoint dès 1956 la direction de la Fondation nationale des Sciences politiques. Le prestige de l’institution est alors incontestable. Issu de parents allemands « juifs athées », réfugiée en France en 1933, il est parfaitement bilingue. Fort du titre d’agrégé d’allemand, son autorité académique s’affirme dans une démarche fondamentale à l’IEP de Paris : décrypter pour des centaines d’étudiants de la Rue Saint-Guillaume les positions allemandes et françaises, jusque dans la plus intime des subtilités ? La langue de Goethe, qu’il maîtrise dans toute sa finesse, est d’une richesse telle, qu’elle autorise toutes les nuances. Son livre aborde le récit du rapprochement des deux pays à travers les orientations prises par la IVè république. Les deux pays doivent ensemble surmonter trois objets dans leur relation : « la France n’a pas eu Hitler dans son passé », et l’atome, civil comme militaire donne à la France de quoi rééquilibrer son infériorité économique. Déjà, un premier rendez-vous manqué. Il aura des conséquences dans le temps long de la géopolitique : l’échec en 1954 de la Communauté européenne de défense. Voilà : l’Europe confie sa défense à l’Alliance Atlantique et à l’Otan son organisation, structure administrative et militaire dominée d’emblée par les Etats-Unis, forcément. Mais dès lors que le militarisme allemand est ainsi domestiqué, Paris s’en satisfait, idem l’opinion française, sensible à la question. Telle est la conclusion expliquée dans Affaires extérieures.

Son livre salue le dessein de deux hommes de stature : Konrad Adenauer et Charles De Gaulle. Alfred Grosser raconte leur rencontre, la première d’une série de dix-sept : « Tout pourtant devrait séparer les deux hommes. L’un a le sens du tragique, L’autre a le tragique en horreur. » Très vite, voici le 22 janvier 1963 le traité de l’Elysée, mais c’est La grande illusion qui se joue : le projet d’une Europe entraînée par la France et l’Allemagne, comme imaginée par la Vè République, s’efface vite devant l’orientation structurante envers Washington que Bonn, puis Berlin, veut privilégier. Le système de sécurité euro-atlantique n’a pas guère bougé depuis, tout juste s’est-il rééquilibré par l’influence de la force de frappe nucléaire française de dissuasion qui autorise à l’Elysée l’expression d’un autre point de vue. Autre changement depuis 1989 : les frontières de l’Alliance ont poussé l’avantage vers l’Est et le Nord de l’Europe. Aux résultats, un rôle plus affirmé de l’Otan dans la sécurité européenne à mesure que les nouveaux Etats-membres, Pologne en tête, prônent un lien quasi exclusif avec Washington. Les chimères européennes fantasmées à Paris s’estompent et relèvent désormais de notre histoire diplomatique. Depuis Konrad Adenauer, les chanceliers allemands ne cessent de rappeler aux projets élyséens leur fidélité à l’Otan et vident de leur sens toute analogie gaullienne à l’Europe puissance.

Tout est affaire de sémantique : s’il n’est plus question de « couple », au mieux met-on désormais en avant la notion de « dialogue », bref acter de la banalisation d’une relation entre deux voisins partenaires dans le bilatérale ou le multilatérale d’organisation où la France se voit très relativiser à mesure que s’affaisse son influence économique et culturelle. En deux dossiers stratégiques, l’Allemagne des années 2010 et 2020 a choisi de tourner le dos à la France : dans l’énergie avec le démantèlement du parc nucléaire au profit du charbon, dans la défense en renonçant aux systèmes de défense structurant que la France propose. En tête de liste, il y a l’affaire des F-35, avant que ne surviennent le projet de défense anti-missile lancé par l’Allemagne avec l’Europe, mais sans la France (au passage, pour Berlin, c’est affadir notre stratégie de dissuasion nucléaire).

Il ne faut pas succomber au romantisme, et Alfred Grosser nous avait mis en garde à ce sujet. Bref, Berlin en renonçant à l’espérance d’un franco-allemand plus structuré, plus intime, a brisé les espérances suscitées par ses conférences, sans qu’il n’ait jamais occulté les difficultés que Français et Allemands ont à surmonter. L’Allemagne d’Olaf Scholz a pris un cap radicalement divergeant, renonçant aux projets qui auraient intégrer les deux destins. Alors que la défense aux frontières redevient un enjeu vital suite au 24 février 2022, les Européens ont pris une orientation tellement otanienne, si bien que l’annonce même d’un projet militaire de l’UE hors Otan en devient dérisoire aux yeux de nos partenaires. Via l’Otan, c’est vers les Etats-Unis, que se sont tournées la Finlande et la Suède pour garantir leur défense, et non vers l’UE. Forcément, via l’Otan, la proximité de la menace aidant, il y a accès direct à un immense arsenal industriel calibré « économie de guerre », celui des Etats-Unis.

Pointer les contradictions françaises de notre politique extérieure

De ses formules croustillantes telle une viennoiserie Alfred Grosser aimait pointer les contradictions de la politique européenne de Paris. Au sujet du refus de l’entrée du Royaume Uni dans la communauté européenne, il y a cette phrase dans son livre pointant l’effet de la posture du Général s’apposant à Londres par son véto : « Les représentants de la France sont contraints de tenir de façon crédible un raisonnement assez étrange : la Grande-Bretagne doit rester à la porte puisqu’elle refuse une forme d’intégration politique européenne, que la France refuse d’ailleurs aussi. » Nous sommes dans les années 1960. Cette phrase ne pourrait-elle pas s’appliquer à la décennie 2020 ! Nous sommes au cœur du paradoxe lorsqu’il revient sur la vision du Général au sujet du projet d’Europe politique proposé par le « Plan Fouchet » : l’Elysée « souhaite que l’Europe soit assez unitaire pour pouvoir prendre ses distances à l’égard du dominateur américain, tout en redoutant une structure qui entraverait sa liberté d’action ». 

A l’origine certainement, le messianisme tricolore, un paramètre de notre politique extérieure sur laquelle il revient : « Les phrases abondent qu’un instant de réflexion devrait faire considérer comme choquante pour les autres peuples, à commencer par nos partenaires européens. ». De son livre, on prendra celle-ci attribuée au Général prononcé le 31 décembre 1963 : « La France, parce qu’elle le peut, parce que tout l’y invite, parce qu’elle est la France doit mener au milieu du monde, une politique qui soit mondiale ». On saisit l’enjeu de la restauration de notre posture économique. D’où la difficulté nouvelle et effet long-terme que pose une dette qui atteint 120 % du PiB. L’argent, c’est le nerf de la guerre. On ajoutera cet extrait de son livre : « La référence morale ne doit assurément jouer qu’une fois achevé l’analyse froide de la réalité ». Une vision de la politique extérieure, celle de rapport de force et de facteur psychologique, de défense d’intérêts, vite atténué par cette autre réflexion : « Mais il ne faudrait pas pour autant oublier que les « belles âmes » voient souvent cette réalité plus clairement que les passionnés du « réalisme ».

Un cours d’Alfred Grosser, c’était une ambiance, celle de l’Auberge espagnole

Alfred Grosser, dès les années 1980, nous a enseigné une philosophie que l’on aime retrouver sur Arte, et bien évidement dans l’Auberge espagnole, le film de Cédric Klapish, qui raconte le quotidien d’étudiants à Barcelone venues de toute l’Europe au titre du dispositif universitaire Erasmus. A travers le parcours de son héros, Xavier, L’Auberge espagnole est un voyage initiatique. Je vous en parle car lorsque j’ai vu ce film (sorti en 2002, et déjà au patrimoine de notre cinéma), j’ai immédiatement pensé aux conférences d’Alfred Grosser. Nos camarades venaient eux aussi de toute l’Europe. Sa page Wikipedia rappelle qu’il avait siégé à la direction de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse. On saluera cette initiative issue par le Traité de l’Elysée. Ses cours sur la diplomatie française et la relation franco-allemande ne doivent pas pour autant devenir une nostalgie, mais une invitation à poursuivre son message.
Les efforts des Allemands et des Français pour se rapprocher ont-ils été vains ? Affaire de volonté partagée. Le bilan franco-allemand est exceptionnel répond Alfred Grosser en conclusion de son ouvrage. Le processus entrepris par les deux nations est un exemple, unique, fait-il remarquer : en rassemblant dans l’amitié deux pays séparés par plusieurs siècles de guerre, Allemands et Français ont démontré que la paix était possible entre ennemis a priori irréductibles, un exemple à suivre, une invitation partout dans le monde ; on pense bien-sûr au Moyen-Orient. Le franco-allemand est une démarche utile au monde. Au plan économique, Airbus est devenu un produit mondial, une réussite des Européens qui doit beaucoup à la volonté des ingénieurs français et allemands.

Le 7 février 2023, Alfred Grosser a rejoint le Panthéon de la science politique française où sont gravés les noms de André Sigfried, Raymond Aron, René Rémond, Jean-Baptiste Duroselle, Jean-Paul Fitoussi, et Hélène Carrère d’Encausse. Promotion 2015, Eve Roehrig, a souhaité apporté son témoignage : « A Sciences Po, Alfred Grosser restait pour nous une référence sur la construction européenne et le travail essentiel de mémoire au sujet des traumas de la seconde guerre mondiale. » Un matin, à l’issue de l’un de ses cours sur l’Allemagne contemporaine, je l’approche. Ce devait être en 1988. Il est encore sur l’estrade. « Monsieur, pourriez-vous m’éclairer sur un point. C’est au sujet du projet de navette spatiale Hermès. Pourquoi les Allemands refusent-ils de nous suivre ? ». Sourire, regard malicieux, il me répond : « Pour l’Allemagne, Hermès, c’est un nouveau Concorde ». A méditer pour l’avenir de la coopération franco-allemande dans l’aéronautique.

Philippe Wodka-Gallien

Promotion 90
Institut Français d’Analyse Stratégique


Photo : Alfred Grosser, German-French publicist, sociologist and political scientist, 2010 at "Paulskirche" in Frankfurt am Main, Germany - CC.