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Fondé en 2001 par François Géré, l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) est un centre de recherche privé français, spécialisé dans l’étude des questions de stratégie, de défense et de relations internationales.

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Chine-Russie : la grave erreur des Etats-Unis - institut français d'analyse stratégique
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Chine-Russie : la grave erreur des Etats-Unis

La puissance majeure ne doit jamais susciter contre elle l’union hostile de deux puissances de niveau inférieur


François Géré, Président de l’Institut Français d’Analyse Stratégique.


La déclaration conjointe de Vladimir Poutine et Xi Jing Ping lors de l’ouverture des JO de Pékin le 4 février 2022 revêt une forte valeur symbolique. Au-delà, elle révèle la gravité de l’erreur commise par les Etats-Unis depuis une dizaine d’années en transgressant un principe géostratégique fondamental : la puissance majeure ne doit jamais susciter contre soi l’union hostile de deux puissances de niveau inférieur pour n’avoir pas à les affronter simultanément sur deux théâtres différents.

A la fin de l’année 2011 le président Obama annonçait en Australie sa volonté de procéder à un rééquilibrage des intérêts américains en direction du Pacifique jugé plus dynamique que la vieille Europe moins préoccupante depuis la disparition de l’URSS. Cette initiative avait été préparée par Kurt Campbell, secrétaire d’Etat adjoint pour l’Asie Pacifique de 2009 à 2013 qui lui donna le nom de « pivot » en référence aux géopoliticiens du début du 20ème siècle. Clairement, Washington choisit l’affrontement multidimensionnel (économique, technologique et militaire) avec la Chine et, conformément à la ligne adoptée après la fin de la Guerre froide, de ne tolérer aucun « peer competitor ». Admettons.

Mais pour que ce pivot fonctionne il convenait de ménager la Russie de manière telle qu’elle ne reconstitue pas une menace potentielle en Europe et n’éprouve pas le besoin de rechercher le soutien de la Chine. Une révision en profondeur des relations avec Moscou devenait indispensable. Or il n’en a rien été, tout au contraire.
Entré à la Maison blanche en janvier 2009, le président Obama manifesta l’intention de redémarrer (reset) les relations avec la Russie, notamment le dialogue sur les armements nucléaires. Mais cette bonne intention tourna court car elle laissa de côté deux dossiers, la défense anti missiles balistiques (DAMB) et l’Ukraine qui sont d’autant plus cruciaux pour les Russes qu’ils sont liés.

En 2002, suite à l’émotion du 11 septembre 2001, l’administration Bush, en toute légalité, a quitté le traité ABM de 1972 qui limitait drastiquement le développement et le déploiement des anti-missiles. Dès lors, chaque année, le BMDO a pu procéder aux essais de multiples systèmes constamment améliorés mais peu efficaces. La DAMB fut proposée aux Alliés tant en Asie (menace nord-coréenne) qu’en Europe, via l’OTAN (menace iranienne, beaucoup plus spéculative). Obama a poursuivi le programme de déploiement en Europe en dépit des objurgations de Moscou et Donald Trump n’a fait qu’assurer la continuité.

Chacun des adversaires présente officiellement des arguments fallacieux. Moscou prétend que la DAMB compromet l’équilibre stratégique fondé sur les seules armes offensives. Washington fait valoir que ses capacités ne peuvent gêner les forces stratégiques russes, qu’elles ne visent que les moyens limités de l’Iran. Il est parfaitement exact que la DAMB des Etats-Unis est incapable, et pour longtemps, d’intercepter à 100% et même infiniment moins une salve de missiles balistiques russes dotés de têtes manoeuvrantes indépendamment guidées et de leurres. Cela les Russes sont les premiers à le savoir. Alors pourquoi cet acharnement dans la dispute ? La défense anti-missiles repose sur un système complexe dont l’intercepteur ne constitue que la phase finale. Les phases antérieures comportent les segments détection (par radar) trajectographie et guidage vers le missile assaillant. La DAMB inclut la maîtrise dans le spectre électromagnétique des opérations de commandement, contrôle et communication (C-3). Ceci revient à dire que le dispositif de l’OTAN fourni par les entreprises américaines - à un prix très élevé- permet de localiser, intercepter et brouiller l’ensemble des transmissions adverses. C’est la guerre électronique.

De source otanienne, le dispositif actuel comporte un radar BMD américain à Kürecik (Turquie) une station américaine Aegis Ashore sur la base aérienne de Deveselu (Roumanie, 2018). Le centre de commandement se trouve à Ramstein en Allemagne. Enfin un autre site Aegis Ashore, est en voie d’achèvement à Redzikowo (Pologne). A l’évidence, sur la carte, il vise l’encerclement de la Russie. En sorte que si d’autres systèmes de cette nature étaient déployés en Ukraine, devenue membre de l’OTAN, ils seraient en mesure de perturber gravement les opérations de l’armée russe.

Or Washington persiste à poursuivre l’élargissement de l’OTAN. La déclaration du sommet de Bucarest en avril 2008 stipule : « L’OTAN se félicite des aspirations euro-atlantiques de l’Ukraine et de la Géorgie, qui souhaitent adhérer à l’Alliance. Aujourd’hui, nous avons décidé que ces pays deviendraient membres de l’OTAN. » La Russie avait alors parlé « d’erreur majeure lourde de conséquences ». Preuve en fut donnée en août 2008 lors de la courte guerre entre la Géorgie et la Russie à propos de l’Ossétie du Sud.

A l’égard de l’Ukraine, Obama a maintenu les orientations des années précédentes. Le vice-président Biden et Hillary Clinton, à la tête du Département d’Etat, firent le choix de Victoria Nuland pour le poste de sous-secrétaire d’Etat pour l’Europe orientale en septembre 2013. Le 4 février 2014, l’enregistrement d’une conversation téléphonique datant du 28 janvier 2014 entre Victoria Nuland et Geoffrey Pyatt, ambassadeur des États-Unis en Ukraine, est publié sur YouTub. Nuland faisait état de sa préférence pour « Yats », (Youri Iatseniouk qui devint Premier ministre d’Ukraine le 27 février 2014) le tout ponctué d’un « fuck the EU » qui indigna Angela Merkel. Dans ces conditions le refus du président Ianoukovitch de l’accord d’association avec l’UE ne peut apparaître comme la seule cause de la révolution de Maidan. A tort ou à raison, Poutine est convaincu que tout nouvel adhérent à l’UE devient membre de l’OTAN pour compléter la prospérité par la sécurité sachant que l’UE ne dispose d’aucune force militaire. A ses yeux l’entrée de l’Ukraine dans l’UE s’accompagnerait donc de l’adhésion à l’OTAN.

Après quatre ans de cafouillage trumpien, l’élection Joe Biden a rapidement aggravé la situation. Kurt Campbell a été rappelé à la Maison Blanche le 10 janvier 2021. Il a été l’artisan de l’AUKUS dont la France a fait les frais quelques mois plus tard. Victoria Nulan est devenue en mai le numéro trois du Département d’Etat, en charge des affaires politiques. Moscou et Pékin n’ont pas manqué de prendre note ce qui explique la détérioration générale et la déclaration du 4 février 2022.

Ainsi par excès de confiance en leur puissance, par sous-estimation de la capacité de nuisance russe, les Etats-Unis se retrouvent dans une position stratégique mondiale dangereuse, proche de l’impasse.

S’il n’appartient à personne de leur dire comment s’en sortir quelques évidences s’imposent telles que la reprise du dialogue avec Moscou sur les armes stratégiques et sur la DAMB, l’élargissement de la maîtrise des armements à l’Espace en prenant en compte les armes antisatellites et la gestion des débris.

De leur côté, les Européens auront à veiller à ne pas se laisser enfermer dans des dilemmes étrangers à leurs intérêts. L’autonomie stratégique européenne n’est pas seulement militaire, elle est aussi, et plus encore, diplomatique. L’intercession franco-allemande - que l’on espère pleinement concertée- à l’égard de la Russie et des Etats-Unis à propos de l’Ukraine prolonge logiquement les négociations dites « format Normandie », à l’initiative de François Hollande. Si elle réussit, elle constituera de fait une première étape dans un long processus d’appropriation de leur destin par ceux des Etats européens qui le veulent.

J’ai suggéré dans L’Opinion du 5 octobre 2021 la création d’une Charte européenne de non –alignement ouverte à tous les états européens et même au-delà, correspondant à leurs aspirations à la prospérité et à la paix et par conséquent à ne pas se laisser entraîner dans de possibles guerres. L’avenir de l’Ukraine est dans l’affirmation de sa souveraineté nationale et de sa personnalité européenne dans un cadre original qui mettrait un terme à trente ans de luttes d’influence belligènes entre des puissances extérieures.


François Géré, “Chine-Russie : la grave erreur des Etats-Unis”, L’Opinion, 9 février 2022.

Pour un Mouvement des non-alignés européens - institut français d'analyse stratégique
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Pour un Mouvement des non-alignés européens


François Géré, Président de l’Institut Français d’Analyse Stratégique, Agrégé et docteur habilité en Histoire. Publications : Anti Maximes, 2021, Sous l’empire de la désinformation, 2019, La stratégie française contemporaine, 2017.


La brève rencontre de Rome entre Joe Biden et Emmanuel Macron ne pouvait que se limiter à un échange de pure forme sans rien modifier sur le fond d’une profonde divergence. La visite à Paris de la vice-présidente Kamala Harris risque fort de connaître le même sort pour une raison fondamentale. Depuis son discours de la Sorbonne de septembre 2017 où il déclarait « en matière de défense, notre objectif doit être la capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN. », le Président de la République s’est enfermé dans un non-sens logique qui explique l’échec de sa démarche. To be in or not to be in. Il faut choisir. L’Union Européenne ne saurait accéder à la souveraineté et à l’autonomie stratégique qu’en rompant un noeud gordien vieux de 70 ans : l’Alliance atlantique devenue obsolète depuis la fin de la guerre froide.

Le départ calamiteux d’Afghanistan (dont on n’a pas fini de mesurer les conséquences), la formation d’un pacte anti-chinois en Indo-Pacifique (AUKUS) assorti de l’annulation australienne du contrat de vente de sous-marins français ne sont que le prolongement d’une longue suite de vexations explicables par la décision majeure prise vers 2008-2010 par l’administration Obama d’effectuer une bascule (« pivot ») de l’Atlantique vers le Pacifique.

En 2018, lorsque Donald Trump décida unilatéralement de sortir de l’accord nucléaire passé avec l’Iran et de réimposer des sanctions, les Européens mesurèrent leur dépendance et l’étroitesse de leur souveraineté.

L’extraterritorialité du droit américain permet de prendre en otage les entreprises européennes qui refuseraient de s’aligner sur la législation votée par le Congrès. Déjà sous l’administration Obama, plusieurs d’entre elles ont dû s’acquitter d’amendes exorbitantes pour avoir cru pouvoir tourner ces interdits. Total a été contraint de suspendre sine die ses opérations en vue d’exploiter le gisement de gaz de Pars privant ainsi la France d’une ressource vitale. Il est par ailleurs impossible de recourir à un système de transaction alternatif en raison de la suprématie monopolistique du dollar, seule monnaie de compte internationale.

L’insertion de composants américains dans les fabrications européennes permet de faire obstacle à leur exportation. Airbus dut renoncer à la vente de 130 appareils à l’Iran. Imaginons que la même situation se reproduise à l’égard de la Chine.
Enfin, dans le secteur crucial du renseignement il ne s’agit plus de dépendance mais de vulnérabilité à l’égard de pratiques hostiles. La NSA espionne depuis longtemps les dirigeants européens qui, vainement, dénoncent leur mise sur écoute électronique.

Depuis dix ans de nombreux dirigeants américains ont déclaré leur désintérêt pour l’Alliance. Rumsfeld la déclara gênante au moment de la crise précédant l’invasion de l’Irak en 2003 à laquelle s’opposèrent l’Allemagne et la France. Trump a manifesté un mépris sans ménagement. Plus polis, Obama et aujourd’hui Biden ne cessent d’exiger un investissement financier européen plus élevé dans l’OTAN. La relation transatlantique ressemble depuis 1990 à un poker menteur où nul n’a voulu montrer ses cartes. Les Européens n’ont jamais osé demander à voir le retrait américain. Les Etats-Unis n’ont jamais sérieusement envisagé de se priver d’un atout d’influence politique assorti d’un marché lucratif pour leur industrie d’armement. Les secrétaires généraux de l’OTAN orientent donc l’activité de l’organisation au gré des intérêts des Etats-Unis sous la houlette d’un SACEUR américain. M. Stoltenberg martèle deux thèmes : pas de défense européenne en dehors de l’OTAN afin d’éviter toute duplication ; nécessité pour l’organisation de faire front contre les menaces russes et chinoises. Ce détournement géostratégique des Européens vers l’Indo-Pacifique où personne ne les menace appelle de leur part un triple refus.

Refuser de servir des intérêts américains qui ne coïncident pas avec ceux des Européens ;

Refuser de cautionner les pratiques « sauvages » de l’actuel gouvernement chinois : répression des hommes par la violence et le contrôle policier, de subir le pillage systématique des savoirs et des technologies par espionnage et cambriolage informatique ;

Refuser de s’associer aux risques d’une crise susceptible de dégénérer par escalade vers une guerre nucléaire hors de contrôle, peu probable mais toujours possible.
Le choix du non alignement, librement inspiré du mouvement des non-alignés de 1955, s’impose pour la France et l’Union européenne. Elle comporte une implication majeure : le retrait du traité de Washington de 1949. Le temps est venu de lui substituer un Traité de Bruxelles de non-alignement européen ouvert à signature aux États membres de l’UE, associant des observateurs du monde entier. Tout en étant une initiative française, cette charte exige une concertation préalable sur le modèle du processus de création du Marché commun par les « Pères fondateurs » Monnet, Schuman, De Gasperi, Adenauer.

Pour obtenir crédibilité et respect, le non alignement suppose la création d’une organisation militaire dotée d’un budget à hauteur de 2.2% du PIB (soit moins que les Etats-Unis, 3, 7% mais plus que la Chine, 1,7%) pour chaque participant, intégrant les forces mises à disposition par chaque État membre ce qui n’implique pas une armée européenne mais laisse l’option ouverte. Cette structure serait soutenue par le renforcement des coopérations et des mutualisations des industries de défense bénéficiant de la préférence européenne.

L’UE en tant que puissance non-alignée trouverait un rôle de médiateur conforme à la nature de ses institutions, au savoir-faire de son personnel et à l’idéologie d’une opinion publique devenue étrangère, voire opposée à la guerre comme moyen de la politique. Toutes les élections récentes montrent que pour la jeunesse le réchauffement climatique constitue la seule menace qui compte. Nous assistons à une mutation profonde des perceptions de l’intérêt national et des moyens de la sécurité. Le Mouvement des non alignés européens développerait une diplomatie active sur les dossiers d’intérêt mondial : climat, répartition des ressources, réduction des risques de guerre nucléaire. La coordination des politiques nationales dans la mise en œuvre de la transition écologique confirmera son rôle de leader en définissant les normes et les standards vis-à-vis des grandes puissances récalcitrantes.

Prétendre à l’autonomie c’est pouvoir librement choisir son propre destin. Qui, brisant les vieux tabous, osera en prendre l’initiative ? C’est dans ces moments que se reconnaissent les grands hommes d’État.


François Géré, « Pour un mouvement des non-alignés européens », Libération, 29 octobre 2021.

Pour les Européens le temps est venu du non-alignement - institut français d'analyse stratégique
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Pour les Européens le temps est venu du non-alignement


François Géré, Président de l’Institut Français d’Analyse Stratégique


Retrait calamiteux d’Afghanistan, création d’une alliance stratégique (AUKUS) dans l’espace indo-pacifique aux dépens d’une France isolée et sans recours, en quelques semaines l’administration Biden a rappelé au monde et surtout à ses alliés ce qu’il faut entendre par leadership des États-Unis. La recherche sans compromis de ce qu’ils estiment être leur intérêt national en recourant sans ménagement ni consultation à la diplomatie du fait accompli. Cet exercice de realpolitik confirme, s’il en était besoin, la facticité de la prétendue communauté de « valeurs ». L’UE déplore. Paris s’indigne. Berlin regarde à côté. Tous annoncent qu’ils en tireront les leçons en se gardant de préciser par quelles mesures concrètes et unitaires. Au final, on en revient à des incantations sur l’autonomie stratégique et sur la construction d’une défense européenne compatible avec l’OTAN, ce qui constitue un non-sens logique. Car chaque État membre de l’UE poursuit sa relation particulière avec les États-Unis en fonction de ses intérêts commerciaux et financiers et du degré de dépendance politique et militaire qui en résulte. La création de l’AUKUS ne devrait pas surprendre. Elle constitue une des premières concrétisations de la mutation de la stratégie américaine ou « pivot » de l’Atlantique vers le Pacifique annoncée dès 2007 par l’administration Obama mais préparée de longue date avec une extraordinaire persévérance par des hommes d’’influence discrets comme Andrew Marshall décédé en 2015, directeur durant plus de trente ans (soit huit présidents) de l’Office of Net Assesment au Pentagone. Elle conduit aujourd’hui à une confrontation de plus en plus dure avec la Chine dans un environnement particulièrement dangereux en raison de la présence de six puissances nucléaires (États-Unis, Chine, Corée du Nord, Inde, Pakistan, Russie) plus une, le Royaume-Uni membre de l’AUKUS.

Ce tournant marque la caducité de l’Alliance atlantique créée par le traité de Washington de 1949. Or les Européens se refusent encore à comprendre qu’il appelle une réorientation équivalente de leur propre stratégie exprimée par un concept, porté par une diplomatie et une défense communes. Ce concept c’est le non-alignement. Il avait réuni durant la guerre froide à la conférence de Bandoeng en 1955 un certain nombre de pays qui refusaient la bipolarisation américano-soviétique : Yougoslavie, Inde, Indonésie, Egypte, la Chine qui avait envoyé son ministre des affaires étrangères, Chou en Laï. Ce regroupement par trop hétérogène dans sa composition (jusqu’à 120 membres), resta plus symbolique que fonctionnel par manque d’une véritable organisation. Or, aujourd’hui l’Union européenne, géographiquement homogène, trouverait dans le non-alignement une stratégie originale conforme à ses intérêts et à sa nature foncièrement pacifique. Elle affirmerait sa personnalité politique à l’échelle mondiale en refusant tout suivisme à l’égard des États-Unis, toute agressivité à vis-à-vis de la Chine et donnerait occasion à la Russie de reconsidérer sa politique européenne.

Car le non-alignement suppose non pas tant de sortir de l’OTAN que de mettre fin au traité de Washington devenu obsolète avec les mutations de la situation géopolitique depuis la fin de la guerre froide et l’accélération des progrès technologiques. Son organisation militaire ne correspond plus aux besoins de sécurité et de défense sur le continent européen et ses approches.

Elle s’avère n’avoir aucune utilité pour contrôler les flux migratoires maritimes. Alors que de nombreux États européens ont fait appel à des moyens militaires lors du pic de mortalité de la pandémie COVID, l’OTAN n’a offert aucune assistance. Or, outre ses moyens de transport aérien, elle a développé des compétences dans le domaine des armes biologiques qui eussent contribué à la lutte contre le virus.

Elle a perdu sa cohésion et laisse sans mot dire le bassin méditerranéen en proie aux dangereux caprices d’un despote mégalomane qui, dans son pays, la Turquie, bafoue ces « valeurs » défendues par l’Alliance atlantique.

L’OTAN est une machine à perdre les guerres dites de « basse intensité » face à des guérillas en Irak et en Afghanistan. C’est, en revanche, une machine à faire acheter par les Européens des armements fabriqués par les entreprises américaines. Demain ce pourrait être aussi une machine à entraîner les Européens sur le théâtre encore plus lointain et encore plus dangereux de l’espace indo-pacifique pour des missions sur lesquelles ils ne disposeraient que d’un droit consultatif de simple consentement.
Le temps est venu de rédiger un Traité de Bruxelles de non-alignement européen ouvert à signature aux États membres, associant des observateurs du monde entier, séduits par le non-alignement comme le sont déjà plusieurs États membres de l’ASEAN. Tout en étant une initiative française, cette charte devra faire l’objet d’une concertation préalable et de nombreuses consultations sur le modèle du processus de création du Marché commun durant les discussions entre les « Pères fondateurs » Monnet, Schuman, De Gasperi, Adenauer. L’expérience montre que trop de flamboyantes initiatives de Paris ont connu une fin de non-recevoir polie aggravant l’isolement diplomatique de la France. En la matière, bien penser, c’est penser ensemble.

Pour obtenir crédibilité et respect, le non alignement suppose la création d’une organisation militaire intégrant les forces mises à disposition par chaque État membre ce qui n’implique pas une armée européenne mais laisse l’option ouverte. Cette structure est logiquement soutenue par le renforcement des coopérations et des mutualisations des industries de défense bénéficiant de la préférence européenne. Les difficultés rencontrées jusqu’ici tiennent à l’absence d’une vision politico-stratégique partagée par tous. Une fois obtenu l’accord sur la fin, les moyens suivent. Aujourd’hui, faute de but politique clair, la stratégie des moyens est subordonnée à la seule stratégie d’entreprise validée par des actionnaires plus soucieux des dividendes que de l’autonomie stratégique. Le système de combat aérien du futur (SCAF) porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne a été défini sur la base de préoccupations d’excellence technologique sans prêter la moindre attention à sa pertinence à l’égard des besoins en 2040 que nul, aujourd’hui, n’est en mesure de prévoir. Seule certitude : un coût exorbitant pour un mastodonte trop lourd, trop complexe, à l’évidence invendable !

La stratégie européenne de non alignement permet de se garantir contre les deux erreurs fatales qui guettent la France et ses partenaires.

La première est de se laisser entraîner dans un affrontement militaire avec la Chine. A l’égard de Pékin (comme des autres) les Européens doivent faire preuve de fermeté et de vigilance afin de préserver leurs intérêts économiques et leurs compétences technologiques contre les prédations clandestines. Des codes de bonne conduite sont nécessaires pour en finir à la fois avec les pratiques illégitimes et les angoisses irrationnelles qu’elles suscitent. Les « nouvelles routes de la soie » ne constituent une menace pour les intérêts européens qu’autant qu’il n’existe aucune coordination pour les défendre et obtenir de substantiels avantages. La négociation bilatérale place Pékin en position de force face à des interlocuteurs mis en concurrence sur des objectifs ponctuels (un port ici, une autoroute par là, etc.)

Deuxième erreur, l’amalgame entre Russie et Chine. Ces deux États n’ont rien de commun hormis l’étendue territoriale. Chacun poursuit des buts différents dans des espaces différents. Leur rapprochement tient sans doute à des intérêts énergétiques mais il a été renforcé par l’absence d’une diplomatie européenne concertée, cohérente et efficace. La stratégie des sanctions n’a donné aucun résultat significatif. Au nom des valeurs démocratiques, Moscou et Pékin sont confondus dans une même condamnation de leur autoritarisme et de leur mépris des droits de l’homme. Condamnation dépourvue de moyens de rétorsion efficaces, facilement ridiculisée par Moscou dans le cas de la Crimée et de la Biélorussie. La plus élémentaire subtilité consiste à exploiter leurs différences en renforçant leurs antagonismes latents dus, entre autres, au déséquilibre démographique en Extrême-Orient sibérien.

La Russie demeure une nation européenne. Un non-alignement européen est susceptible de dissiper l’angoisse des Russes à l’égard de l’OTAN et, à tout le moins, d’ôter le prétexte à son surarmement conventionnel. Il ouvrirait la voie à un règlement de la crise ukrainienne. Pour le reste, la capacité des forces nucléaires françaises au service d’une stratégie de dissuasion constitue une garantie de sécurité suffisante, mais nécessaire, pour une Europe non-alignée.

On ne saurait se dissimuler la difficulté d’un tel changement stratégique, l’ampleur des résistances et l’intensité des pressions pour lui faire obstacle. C’est pourtant la seule voie dont disposent les Européens pour conserver la maîtrise de leur destin dans la prospérité, la dignité et la paix.


François Géré, « Pour les Européens le temps est venu du non-alignement », L’Opinion, 5 octobre 2021.

Anti Maximes. Fragments d’une morale pour le XXIe s, un ouvrage de François Géré - institut français d'analyse stratégique
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Anti Maximes. Fragments d’une morale pour le XXIe s, un ouvrage de François Géré

Qu’en est-il aujourd’hui de la morale traditionnelle ? L’examen ironique des préceptes anciens fait apparaître la constance de certains traits de l’homme ainsi que l’évolution de nos mœurs à l’ère de l’information-communication. La morale n’est jamais innocente, mais toujours ambiguë, car l’Espèce (le côté noir de l’humanité), les Puissants, en pervertissent le sens en la manipulant à leur profit. Mon but est d’éveiller le lecteur à la prise de conscience, sans complaisance, de lui-même, de ses défauts, de ses vertus afin d’affronter la vie en société au 21ème siècle.

François Géré est agrégé et docteur en histoire. Il a participé à la revue « Les Cahiers du Cinéma » puis, devenu directeur de recherches à Paris III, il s’est tourné vers les études stratégiques de maîtrise des armements nucléaires. À ce titre il a fait carrière dans divers organismes gouvernementaux français. Maître de recherches à l’Ecole polytechnique, il a enseigné à l’université Johns Hopkins de Washington. Ses publications ont souvent mis l’accent sur la dimension sociale et morale des conflits. En 2001, il a créé l’Institut Français d’Analyse Stratégique.

François Géré, Anti Maximes – Fragments d’une morale pour le XXIème siècle, St Honoré editions, Paris, 2021, 320 p.


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Hiroshima et Nagasaki : Notre héritage nucléaire - institut français d'analyse stratégique
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Hiroshima et Nagasaki : Notre héritage nucléaire

L’ouvrage de Philippe Wodka-Gallien, Hiroshima et Nagasaki : Notre héritage nucléaire, Editions Ouest-France, 2015, est désormais disponible à prix réduit avant son retrait du catalogue de l’éditeur.

Quatrième de couverture

Ce matin du 6 août 1945, un éclaire déchire le ciel. Nagasaki subit le même sort le 9 août. En quelques secondes deux bombes chargées d’uranium et de plutonium lancées sur deux villes japonaises provoquent en un instant la mort de 120 000 personnes. Ce nouveau livre sur le fait nucléaire, 70 ans après, reviens sur les journées de terreur qui ont mis fin à la Seconde Guerre mondiale. Sur la base d’expériences en laboratoires sur l’uranium, les Etats-Unis, dans le plus grand secret, bâtissent en quelques mois un complexe nucléaire sans précédent, alors que les équipages de bombardiers B-29 se préparent à une mission unique. Mais quelles leçons tirer des frappes nucléaires sur le Japon ? Ce nouvel ouvrage sur les origines de l’atome militaire nous apprend comment le projet Manhattan fut source de prolifération nucléaire en direction du Royaume-Uni, de la France, de la Russie, puis de la Chine. Hiroshima et Nagasaki restent à ce jour, le seul cas d’utilisation de l’arme atomique en temps de guerre. Un livre sur Hiroshima et Nagasaki ne peut être qu’un livre pour la paix.

Philippe Wodka-Gallien, Hiroshima et Nagasaki : Notre héritage nucléaire, préface de Philippe Steininger, Editions Ouest-France, 2015.


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Dissuasion nucléaire : « Des falsifications grossières de l’histoire » - institut français d'analyse stratégique
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Dissuasion nucléaire : « Des falsifications grossières de l’histoire »

François Géré, Philippe Wodka-Gallien, « Dissuasion nucléaire : "Des falsifications grossières de l’histoire" », l’Opinion, 03 Mars 2021.

Deux spécialistes de la stratégie et des armes nucléaires, François Géré et Philippe Wodka-Gallien réagissent à leur tour aux propos des deux chercheurs remettant en cause la crédibilité de la force de frappe française à ses débuts.


Les faits - Sous le titre « Pendant longtemps, la dissuasion nucléaire française n’a pas été crédible », l’Opinion a publié le 23 février un entretien avec deux chercheurs. Ce texte provoque de nombreuses et vives réactions dans les milieux spécialisés. Soucieux d’ouvrir le débat, après une première réponse de deux historiens réputés Maurice Vaïsse et Dominique Mongin, nous publions celle, très polémique, de deux spécialistes de la dissuasion française, François Géré et Philippe Wodka-Gallien.


A propos d’un article récent de Pélopidas and C°, remercions les auteurs d’avoir fouillé dans les poubelles de l’histoire pour exhumer les arguments tendancieux et ineptes qui ont marqué les débuts de la construction de la stratégie de dissuasion nucléaire française en les reprenant à leur compte. Saluons une démarche qui démontre une ignorance du principe même de cette stratégie en accumulant les erreurs involontaires ou délibérées et les affirmations infondées. Il y en a tant qu’il serait fastidieux de les reprendre toutes. Par souci de brièveté, nous n’accorderons d’attention qu’aux falsifications les plus grossières.

Il est faux d’affirmer que la doctrine s’est bornée à suivre l’avancée des capacités techniques. Les fondements de la stratégie nucléaire ont été énoncés dès le début des années 1950 par le colonel Ailleret (responsable des essais atomiques du Sahara, devenu ensuite chef d’état-major des Armées). En janvier 1955, il publie dans Défense Nationale — la revue fait référence en matière de travaux académiques — un article intitulé « L’arme atomique : facteur de paix » où il explique : « Si villes, richesses, populations doivent de toute manière être détruites, la guerre n’a plus aucun sens. » Ses articles et conférences ont fait l’objet d’une synthèse, « Essai général de stratégie », rédigée en 1959, avant son entrée en fonction où figurent les principes d’utilisation par la France de l’arme nucléaire.

Le général de Gaulle s’est tenu constamment informé des évolutions de l’arme nucléaire. Fin 1956, après Suez, il avait reçu le colonel Gallois. La synthèse de ses réflexions a été exprimée en décembre 1959, dans le discours dit « de la Rotonde Gabriel », à l’Ecole militaire, qui donne les raisons et présente sans ambiguïté les grandes lignes de la stratégie de dissuasion nucléaire.

« Se prétendant novateurs, les auteurs ne font que reprendre l’ouvrage polémique de Raymond Aron “Le grand débat” »

Lavage de cerveau. Se prétendant novateurs, les auteurs ne font que reprendre l’ouvrage polémique de Raymond Aron Le grand débat, 1963, dirigé contre Gallois — qu’il avait pourtant encensé dans la préface de son livre de 1960 Stratégie de l’âge atomique. A la suite d’un séjour aux Etats-Unis où il avait complaisamment subi un lavage de cerveau par les « crânes d’œuf » entourant McNamara, Aron a repris l’argumentaire de ce dernier qualifiant la petite force nucléaire française « d’inefficace, inutile et dangereuse ». L’approche d’Aron était d’autant plus étrange qu’à cette date, il ne pouvait ignorer les objectifs capacitaires fixés par la loi de programmation militaire de 1960.

Sur le plan technique, il est faux de prétendre que les Mirages IV ne pouvaient accomplir leur mission. En dépit d’une défense aérienne, même très performante, l’interception à 100 % n’existe pas. S’agissant de bombes conventionnelles, le phénomène est évidemment gênant mais tolérable ; avec des armes nucléaires, le fait que quelques avions puissent passer relève du risque exorbitant. Quel dirigeant rationnel prendrait le risque de la guerre nucléaire devant la probabilité que quelques appareils puissent passer ? Mach 2 est encore l’atout maître du Mirage IV pour percer. Aucun adversaire ne saurait faire le pari de stopper la totalité d’un raid de saturation, qui bénéfice en outre d’avions d’escorte.

S’attaquer à la crédibilité revient à saper les fondements de la politique française, fondée sur l’autonomie de décision. La crédibilité repose sur une capacité de riposte garantie vers des cibles démographiques de haute valeur, donc un petit nombre. Dès l’entrée en service du Mirage IV en octobre 1964, première composante de la force de frappe, la crédibilité repose sur deux éléments : le vecteur et la charge. La loi de programmation militaire de 1960 prévoit de constituer en dix ans un parc diversifié de vecteurs pour, peu ou prou, traverser les défenses adverses. L’objectif capacitaire prévoit plus de 60 bombardiers Mirage IV (50 au titre d’un premier contrat, puis 16, le tout livré en cinq ans !), les missiles du Plateau d’Albion (ce sera 18, mai 1968 ayant eu raison du budget), et cinq sous-marins lanceurs d’engins dotés chacun de 16 missiles (un à deux sont en mer).

Dès 1965, le potentiel balistique est démontré avec la mise en orbite réussie d’Astérix, le premier satellite français. La fusée Diamant sert à la mise au point des missiles de la force de frappe. L’engin est 100 % « made in Normandie ». La démarche est ab initio. La nouvelle Direction de l’armement lance le projet de SNLE sans passer par l’étape intermédiaire du sous-marin d’attaque, à l’inverse des Soviétiques, des Américains et des Britanniques. Un seul M1 ou M2, équivaut à 40 Hiroshima, une mégatonne avec le M20.

« A Washington, McNamara, secrétaire d’Etat, s’oppose à la constitution de forces nucléaires indépendantes au sein de l’Alliance. Pourtant, il doit s’incliner devant John Kennedy qui accepte de nous fournir des avions de ravitaillement »

« Bombinette ». Parlons « charges ». C’est la vocation des essais nucléaires. Le premier, le 13 février 1960, dans le désert algérien, dégage 40 kilotonnes, trois fois l’arme qui a ravagé Hiroshima. En juillet 1966, l’essai Tamouré voit un Mirage IV larguer une bombe opérationnelle, validant ainsi le combiné Mirage IV-bombe AN21, une « bombinette » qui produit 50 kilotonnes. L’opération est renouvelée avec un Mirage III en 1973 puis un Jaguar en 1974. Le premier essai thermonucléaire, en août 1968, donne 2,6 mégatonnes.

La relation avec les alliés a toute sa place dans notre récit nucléaire. Le général de Gaulle s’appuie sur l’atome pour s’affirmer vis-à-vis de Londres et de Washington. Coopérer entre alliés : rien de plus normal. A Washington, McNamara, secrétaire d’Etat, s’oppose à la constitution de forces nucléaires indépendantes au sein de l’Alliance. Pourtant, il doit s’incliner devant John Kennedy qui accepte de nous fournir des avions de ravitaillement d’autant que cette demande reçoit le soutien du général Curtis Le May. La solution alternative aurait fait appel à des Caravelle modifiées en citernes volantes. L’aide des alliés est bienvenue en apportant gain de temps et gain d’argent.

Il est faux et ridicule de reprendre la thèse, sans lendemains, du « détonateur », selon laquelle la force française n’aurait eu pour fin que de pousser les Etats-Unis à une frappe nucléaire contre l’Union soviétique.

Il est faux de mentionner qu’un chiffre a été retenu pour déterminer les pertes de l’URSS. On s’est contenté de mentionner des « dommages intolérables », parfois d’un équivalent à la « valeur France », mais sans jamais fixer de seuil.

« La raison de cette entreprise négationniste se révèle en fin de parcours : remettre en question les programmes de modernisation de l’armement nucléaire français. Nommons cela la stratégie du castor : “Ronger les racines pour faire tomber l’arbre” »

Domaine du virtuel. Mis à part Gallois, les auteurs ignorent (ou veulent ignorer) les théoriciens de la stratégie de dissuasion nucléaire : Ailleret, Beaufre et Poirier. Ceci explique une incompréhension totale des particularités, uniques, de ce mode dissuasif. Beaufre remarquait « la compréhension générale du phénomène est faussée chaque fois que l’on envisage un problème nucléaire sous l’angle de son déclenchement et non sous celui de la dissuasion — ce qui est juste l’inverse. » On ne saurait confondre, ajoute Beaufre, « la menace de déclenchement avec le déclenchement effectif. » (Dissuasion et Stratégie, 1964).

Cette distinction fondamentale se retrouve dans les écrits de Lucien Poirier auteur du « modèle de stratégie nucléaire concevable pour la France » (1966) fondant le concept de « dissuasion du faible au fort », validé par le ministre des Armées, Pierre Messmer et approuvé par de Gaulle. Poirier explique que la dissuasion nucléaire opère dans le domaine du virtuel. L’arme nucléaire constitue une menace pour le candidat agresseur éventuel qui se voit dans l’obligation de l’intégrer en amont dans son calcul du gain escompté au regard des pertes probables. Si la dissuasion venait à échouer, cela n’entraînerait nullement de manière automatique une riposte nucléaire. Les responsables auraient à déterminer le choix d’une nouvelle stratégie soit de manière autonome, soit en concertation avec leurs alliés.

Il est faux d’affirmer que la notion de « tous azimuts » a figuré dans la doctrine française. L’article du général Ailleret dans la « Revue de Défense nationale », en décembre 1967 était conçu par de Gaulle comme un « ballon d’essai » qui fut rapidement abandonné.

La raison de cette entreprise négationniste se révèle en fin de parcours : remettre en question les programmes de modernisation de l’armement nucléaire français. Nommons cela la stratégie du castor : « Ronger les racines pour faire tomber l’arbre. » Mais ce n’est pas par des artifices aussi grossiers que l’on y parviendra.


François Géré est président du Cercle Lucien Poirier et de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas), auteur du livre « La pensée stratégique française contemporaine » (Economica).

Philippe Wodka-Gallien est membre de l’Institut français d’analyse stratégique (Ifas) et auteur du livre « La dissuasion nucléaire française en action – Dictionnaire d’un récit national » (Ed. Decoopman).

Crédit photo : Un Mirage IV de l’armée française. © Sipa Press


Le présent article, ainsi que l’article de Dominique Mongin et Maurice Vaïsse ont fait l’objet d’une réponse de la part de Benoît Pélopidas et Sébastien Philippe dans l’Opinion du 5 mars 2021 : « Contre les récits triomphalistes, preuves à l’appui. »