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Pour une stratégie de sécurité nationale

jeudi 2 août 2007, par François Géré

Livre blanc français ou européen, revue stratégique … comme il est normal lors d’un changement politique profond, projets et suggestions abondent.
Comment définir le besoin aujourd’hui ? Contraint par le contexte de cohabitation, encore marquée par les séquelles de la guerre froide, le livre blanc de la Défense de 1994 s’était vu nécessairement limité. Plus encore, le temps a fait son œuvre : guerres balkaniques, élargissement de l’Union Européenne et de l’OTAN, émergence accélérée de très grandes puissances avides de ressources énergétiques, échec de la démocratisation de la Russie, montée du terrorisme islamiste international, aggravation des proliférations et déclenchement de trois guerres au Moyen-Orient.

Pas de doutes, l’histoire s’est accélérée. Il convient donc de mesurer l’ampleur du changement en commençant par prendre en compte la relation organique entre sécurité et défense au regard des intérêts vitaux. Le « vital » est mondialisé, sans doute. Mais si tout était vital, plus rien ne le serait vraiment. Repli sur un pré carré ? Certainement pas. Il faut s’adapter à l’extrême fluidité de l’environnement géostratégique, donner des orientations nouvelles et procéder à l’inventaire des besoins débouchant sur la création des moyens susceptibles de réaliser les objectifs fixés.

C’est pourquoi, sans abandonner la nécessaire ambiguïté sur l’étendue des intérêts vitaux, on se gardera de toute sur extension dont l’excès porterait atteinte à la crédibilité et à la légitimité de l’exceptionnelle menace du feu nucléaire. Cet examen primordial de la nature du « vital » suggère une revue des deux composantes fondamentales de toute grande stratégie : l’espace et l’hostilité.

Le modèle des « trois cercles » : la France, ses marges et le reste du Monde cesse d’être pertinent. Désormais intimement associés, de l’intérieur comme de l’extérieur, ces segments sont désormais pénétrables par le haut car les missiles balistiques ignorent les frontières. Ils sont aussi pénétrés par le bas. Un ennemi déclaré est parvenu à s’infiltrer et à se développer sur le territoire national comme sur celui de nos partenaires européens. Qui plus est, il lui est loisible de circuler au sein d’un espace ouvert. Pour autant, il serait présomptueux d’écarter l’histoire et la géographie de la France et de l’Europe en négligeant l’existence de ses limites. Car la sécurité européenne ne se situe pas sur les champs pétrolifères du vilayet de Kirkouk ! Même si, pour partie, elle peut être concernée par le devenir de ses territoires asiatiques. Il n’y a donc rien de scandaleux, bien au contraire, à affirmer une conception française d’un « étranger proche » de l’Europe dans un esprit non exclusion mais bien de partenariat et d’association.

L’espace constitue aussi un domaine à partager au regard des ressources qu’il recèle et auxquelles, hors de son territoire national, chacun cherche à avoir accès. Ce partage qui cherche l’équité sans jamais véritablement l’atteindre est générateur de conflits d’intérêts d’où, au-delà de la compétition naturelle, peut surgir l’état d’hostilité.

L’espace de sécurité a également pris en quelques décennies une nouvelle dimension, celle du « cyber espace » lié à la révolution électro-informatique. La gestion et la protection des flots de données issus d’innombrables sources constituent une priorité pour assurer la sécurité et la défense en temps de paix et de guerre. Cette dimension conduit à rappeler que, dans tous les domaines et sur tous les espaces, intervient le rôle majeur de la science et de la technologie qui doit être intégré pleinement dans toute stratégie de sécurité nationale.

Au sein de ces espaces surgit l’ennemi, aujourd’hui et peut être demain. Pour la France, la notion d’ennemi désigné avait orienté, durant un siècle et demi, stratégie militaire et diplomatie, sécurité intérieure et défense territoriale. Aujourd’hui, rien de tel et pourtant ! Eprise de paix, la France ne se déclare l’ennemi de personne. Mais certains acteurs non étatiques désignent notre pays comme leur ennemi et appellent à l’action immédiate contre son existence même. Ce danger exige une posture de sauvegarde adaptée, dans tous les espaces de riposte, à l’intérieur et à l’extérieur. Voilà pour le présent.

Et pour l’avenir ? Du conflit des intérêts vitaux et des perceptions de la sécurité peut naître l’affrontement. En ce domaine, il n’y a pas lieu de montrer du doigt un pays plutôt qu’un autre, l’Inde plus que la Chine ou le Brésil. La mise en œuvre d’une stratégie de partage équitable fondée sur des règles universelles de comportement à l’égard de l’environnement planétaire constitue une composante essentielle de notre stratégie nationale dans une perspective de prévention des affrontements majeurs. Habits neufs de la vieille real politik ?
Ce serait négliger la dimension spirituelle de notre sécurité : la préservation et le développement des droits de l’homme et des libertés individuelles tant au plan intérieur qu’extérieur. Idéalisme ? Sans doute, mais pas si immatériel qu’il n’y parait : prospérité et sécurité passent par la maîtrise du chaos. Trop de territoires, de fait hors la loi, constituent autant de refuges pour l’action des organisations mafieuses et terroristes. Leur réinsertion dans l’espace du Droit exige une combinaison d’aide à la stabilisation et de promotion des droits de l’homme, momentanément appuyée sur des moyens de maîtrise des violences.

Intégrant toutes ses composantes, l’élaboration d’un document d’orientation stratégique, de niveau présidentiel, émanant du nouveau conseil de sécurité nationale, constitue donc un préalable à toutes démarches des différents acteurs concernés, à charge pour eux de développer les stratégies relevant de leurs compétences propres.