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2009 l’année de la guerre ?

lundi 12 janvier 2009, par François Géré

Les tourments de la crise financière puis économique de la seconde moitié de l’année 2008 avaient fait perdre de vue la gravité de la situation au Moyen Orient. L’intervention israélienne sur Gaza constitue un rappel à l’ordre de la guerre dans une zone en déstabilisation croissante depuis quatre ans. La guerre du Liban de l’été 2006 n’a apporté aucune solution. Elle a au contraire démontré l’existence d’un nouveau rapport de forces : d’une part Israël ne dispose plus des clés de la victoire à coup sûr, d’autre part, il existe désormais un effet de dominos affectant l’ensemble du Grand Moyen Orient, celui-là même que les neo conservateurs américains prétendaient remodeler de Beyrouth à Islamabad.

Depuis la seconde présidence Bush et l’élection d’Ahmadinejad une mécanique s’est enclenchée. A mesure que les positions idéologiques se radicalisaient, les théâtres de guérilla se sont étendus : Liban, Irak, Afghanistan tandis que l’Iran se rapproche d’une capacité nucléaire militaire, jugée intolérable par Israël. Soit par crainte des Etats-Unis et de leurs alliés, soit pour des intérêts de puissance régionaux, soit en raison des solidarités religieuses, des réseaux d’alliance se sont formés, entre chiites, entre Syriens et Iraniens, entre Irakiens et Iraniens…etc. On pourra objecter que l’accord de sécurité en Irak s’effectue dans un pays en voie d’apaisement d’où les troupes américaines pourront graduellement se retirer. Mais, de l’aveu même du général Petraeus, cette amélioration demeure précaire. Elle peut être remise en cause par un regain de rivalité des différentes ethnies, notamment sur la répartition des ressources pétrolières. L’action des pays frontaliers peut également redéstabiliser le pays soit parce que l’Iran en jouerait contre les Etats-Unis en cas d’affrontement, soit parce que l’évolution du Nord kurde ne donnerait pas satisfaction. Bref sans l’agrément des voisins turcs, syriens et iraniens, l’Irak ne connaîtra pas de paix durable. Même scénario en Afghanistan qui, par delà les rivalités entre clans et tribus, ne peut envisager une stabilisation sans l’accord de l’Iran, des voisins d’Asie Centrale et du Pakistan.

Ne disposant plus des moyens de ses ambitions, la diplomatie occidentale se révèle donc insuffisante. Les difficultés en Afghanistan sont le reflet de cette impuissance relative. L’OTAN aujourd’hui joue sa crédibilité, ballottée par des objectifs incertains, des missions trop disparates, des décisions peu cohérentes, des engagements excessivement divers : défense anti missiles en Pologne et République Tchèque, prétentions d’élargissement en Géorgie et en Ukraine, rapprochement avec l’Arménie, voire même une influence en Asie Centrale. Or qui trop embrasse mal étreint. Une coalition des inquiétudes fait désormais face à l’Alliance atlantique perçue comme l’instrument de la volonté de puissance des Etats-Unis.
Le calendrier politique proche n’incite guère à la diplomatie. Si en février M. Netanyahu l’emportait, ce qui est probable, si début juin M. Ahmadinejad était réélu, ce qui est moins assuré, toute perspective de résolution pacifique serait écartée. La guerre deviendrait inévitable et ses théâtres imprévisibles. Les Etats membres du Conseil de Coopération du Golfe expriment leurs craintes. Imagine-t-on sérieusement les effets économiques de l’embrasement de cette zone ? De plus l’effet de ces affrontements sera aggravé par les organisations terroristes aujourd’hui en perte de vitesse mais qui, opportunistes, sauront trouver là un nième souffle meurtrier. M. Obama risque alors de se voir relégué au rang de gestionnaire impuissant du développement d’un processus dont il ne porte pas la responsabilité mais devra assumer le fardeau.
Cette horlogerie de la guerre étant désormais enclenchée qu’est qui pourrait, encore, en bloquer le cours ? Pour la paix comme dans la guerre il convient de déterminer le centre de gravité politique. C’est l’Iran. Car pour Israël l’acquisition de l’arme nucléaire par ce pays constitue, à tort ou à raison, le facteur essentiel, bien plus important que le Hamas ou le Hezbollah. L’Iran peut également contribuer à aider à dissiper les tensions au Liban, en Irak et en Afghanistan, ou à l’inverse, les exacerber. C’est pourquoi le dialogue américano-iranien est devenu vital.

L’importance de la situation exige une réponse de dimension équivalente. Trop de contradictions bloqueront l’action de l’ONU. Les Etats occidentaux et l’OTAN n’y suffisent plus. La diplomatie bilatérale s’avère nécessaire mais non suffisante. Il convient donc de former un nouveau « concert des puissances » d’où ne sauraient être exclue ni la Russie ni la Chine qui ont leur mot à dire sur l’Afghanistan, sur l’Iran. L’organisation de coopération de Shanghaï, où figurent l’Ouzbekistan, le Tadjikistan et l’Afghanistan, où l’Iran a statut d’invité, constitue une association souple susceptible d’engager un dialogue avec l’OTAN dans une perspective de redistribution équitable des intérêts et de l’influence de chacun.

M. Obama dispose encore de la puissance nécessaire pour créer cette association. L’Union européenne épaulera son action en oeuvrant à une stratégie cohérente à l’égard de la Russie.
L’heure des petits et des grands trocs, intimement liés, est venue mais le temps presse. Sinon c’est sur les décombres de la guerre que se recomposera un Grand Moyen Orient certes très différent mais, ironie du sort, bien moins favorable aux intérêts des Etats occidentaux.