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Même président, nouvelle politique ?

vendredi 26 juin 2009, par François Géré

Avec près des deux tiers des suffrages exprimés, le président Ahmadinejad remporte un succès considérable. Pour ceux qui ces dernières semaines ont constaté dans les avenues de Téhéran l’ampleur du mouvement des jeunes gens et jeunes filles en faveur de M. Moussavi, le résultat laisse perplexe. D’autant que derrière ces apparences la coalition entre libéraux et conservateurs modérés soutenus par une classe moyenne excédée par la politique économique du président sortant présentait une réelle solidité.

Laissons de côté la politique étrangère qui, nulle part, ne mobilise la masse des électeurs, comment expliquer qu’une si large majorité ait reconduit un gestionnaire calamiteux qui n’a su que pratiquer la distribution de la manne pétrolière en donnant des prébendes aux plus défavorisés. Son gouvernement, sans cesse critiqué par le Parlement, (Majlis) présidé par M. Larijani, a négligé les investissements d’infrastructure, laissé galoper l’inflation, instauré le rationnement de l’essence et recouru à des ventes hors des prix du marché de produits de première nécessité comme la farine ?

Difficile donc de comprendre la rationalité de ce vote. Cependant il faut prendre acte et se préparer à faire face à un homme dont, à ce jour, l’ouverture d’esprit ne semble pas le principal trait de caractère. La première réaction de tous ceux qui en Iran comme dans le reste du monde ont été déçus est de penser premièrement que le nouveau président va continuer sur sa lancée et que la négociation avec les diplomaties étrangères va se révéler particulièrement difficile voire impraticable. L’ouverture pratiquée par le président Obama risque de se heurter à un mur d’intransigeance. Enfin la radicalisation des extrêmes, en Iran et en Israël pourrait conduire à l’action militaire israélienne que, faute d’alternative, ne pourrait contenir l’administration américaine. Il est cependant possible de considérer la situation présente et à venir sous un angle différent.

Khamenei, guide suprême de la révolution islamique, gouverne par consensus. Il sait, mieux que quiconque, quelle a été l’ampleur réelle du mouvement d’opposition au président sortant. Il va devoir en tenir compte. Ceci vaut en premier lieu pour la politique économique qui peut être reconduite à l’identique, faute de quoi le mécontentement pourrait trouver d’autres voies d’expression dans le pays. Ceci vaut également pour la diplomatie. Les ouvertures du président américain ont été faites sans attendre les élections iraniennes. Elles restent valables en sorte que le dialogue peut s’engager avec le représentant spécial ses Etats-Unis, Dennis Ross. Les discours d’Ankara, de Prague, du Caire, les avancées vers l’Iran ne sont pas des « gadgets ». Ils témoignent de la volonté personnelle d’un homme et de son équipe de réparer les énormes erreurs commises par leurs prédécesseurs. La stratégie d’Obama repose sur un mélange d’idéal américain et de pragmatisme. D’une part, sur la conviction que le multiculturalisme fait l’attrait et donc la force des Etats-Unis. D’autre part, sur la volonté de résoudre concrètement et au plus tôt de lourds dossiers. L’Irak où rien n’est vraiment terminé. L’Afghanistan et le Pakistan où la situation est devenue d’une extrême gravité. Enfin le conflit israélo palestinien qui doit trouver une solution par la création de deux Etats. Sur tous ces dossiers, il est évident que la coopération avec l’Iran présente un caractère essentiel. Il faut donc entamer un dialogue ouvrant à une négociation globale et à une normalisation des relations entre les deux Etats, bien au-delà du seul dossier de la prolifération nucléaire. De leur côté les cinq membres du conseil de sécurité plus l’Allemagne sont disposés à reprendre la négociation suspendue il y a un an.

La balle est donc dans le camp de M. Khamenei et de son nouveau président qui a déclaré vouloir laisser de côté le passé. Certes il ne sera pas facile de faire oublier ses déclarations sur l’existence d’Israël et le négationnisme. Cependant la diplomatie iranienne sait parfaitement les bénéfices régionaux qu’elle peut retirer d’une normalisation des relations avec les Etats-Unis. Elle sait également que ni Moscou, ni Pékin ne sont disposés à laisser l’Iran s’engager dans la voie de la confrontation et de l’arme nucléaire. L’aspiration au changement de politique demeure tant en Iran que dans la communauté internationale. En quelques semaines Téhéran peut envoyer des messages d’ouverture qui à Washington seront les bienvenus et assurés de réciprocité. Mais ces signaux devront être envoyés aussi rapidement que sérieusement.

Le temps presse en raison de l’inquiétude générale et du risque d’affrontement entre les factions extrémistes trop heureux de voir se réaliser la politique du pire. Le président Ahmadinejad va donc devoir montrer en quelques semaines de quel côté il entend faire pencher la balance.