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Bonne année 2012 quand même !

samedi 7 janvier 2012, par François Géré

Rarement une nouvelle année se sera présentée sous d’aussi mauvais auspices.

La crise de l’Union Européenne est là pour durer sans que quiconque puisse proposer une solution. Il est une raison fondamentale à cela. Il n’existe aucun accord sur la nature de la crise, sur ses causes structurelles, en sorte que chacun suggère son remède. Déchirés, les économistes ressemblent aux médecins de Molière hésitants entre la saignée ou la purgation, entre le senné ou la rhubarbe. Chacun en appelle au retour de la croissance sans pouvoir s’accorder sur les mécanismes permettant de l’obtenir. Ce qui convient pour l’Allemagne ne vaut pas pour la France et pas davantage pour le Royaume-Uni.
Les peuples de l’Europe, angoissés, refusant d’accepter d’être les victimes de cet ectoplasme dénommé « les marchés » sont partagés entre la désillusion et la révolte.

Le protectionnisme, partout dans le monde, fait des adeptes, faute de la démonstration d’une stratégie de solidarité crédible.
Minée par la désinformation banalisée, la démocratie est en crise parce que la confiance fait défaut.
Le Moyen Orient est entré dans une phase de convulsions durable. L’affrontement causé par la crise nucléaire iranienne ne fait qu’assombrir les perspectives de stabilisation régionale.
Les extrémismes de toute nature mais particulièrement religieux séduisent et mobilisent parce qu’ils se présentent comme des recours à la désespérance.
Triste Chaos ! Et pourtant….
Il existe cependant quelques fondements assez assurés pour permettre d’analyser méthodiquement l’avenir :

• Du point de vue macrostratégique :
Le marasme durable de l’Union Européenne pour les cinq années à venir, tout le moins ;
La diminution relative de la puissance des Etats-Unis dans monde ;
La montée économique irrésistible de l’Asie-Pacifique dans une ambiance lourde d’affrontements potentiels, liés à la concurrence mais tout autant à l’histoire et aux contentieux territoriaux. Prospérité durable oui, paix définitive non !

• Du point de vue micro stratégique :
La persistance du terrorisme international, pour une génération au moins ;
La compétition pour les ressources énergétiques et les matières premières stratégiques et la sécurisation des flux d’approvisionnement ;
Le rôle majeur du nucléaire civil et militaire tant pour satisfaire les énormes besoins en électricité que pour contrôler les risques d’une prolifération qui va s’aggravant ;
Le Cyberespace comme nouveau territoire de l’activité humaine riche de promesses, mais aussi nouveau théâtre d’opérations militaires, lourd de dangers.
Ces quatre domaines correspondent au choix fait par la nouvelle division de l’OTAN consacrée aux menaces émergentes. Choix pertinent, sous réserve de mettre en relation ces quatre domaines et d’en considérer les interactions réciproques.
Bien évidemment, en tant que titulaire de la toute nouvelle chaire de Cyberstratégie, j’ai tendance à placer le Cyberespace en facteur commun entre micro et macrostratégie. Les enjeux , notamment économiques et culturels, sont si énormes que l’approche toute sécuritaire de l’OTAN paraît trop réductrice.

Autant dire qu’il va falloir « retrousser nos manches », sortir des ronronnements convenus, au fil de rapports redondants toujours à la remorque de l’événement. La pensée stratégique ne vaut rien si elle n’est pas capable d’innovation. Il nous faut produire des analyses audacieuses, vraiment stimulantes, susceptibles d’inspirer les décideurs qui, en grand nombre seront élus en 2012.

Ce sera donc la tâche des chercheurs de l’IFAS et de ceux qui, intéressés par nos thèmes d’études, souhaiteront apporter leurs contributions.
Bonne année donc, assurés que nous sommes de n’y point connaître l’ennui.