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Évolution de la situation stratégique en Extrême-Orient

mardi 16 novembre 2004, par Joseph Henrotin

Taiwan

5 jours d’exercices militaires sont programmés à partir du 08/11/04, impliquant 1600 hommes, sur base d’un scénario où un débarquement chinois dans le sud de l’île serait contré par une unité taiwanaise. Les officiels taiwanais avaient indiqué la semaine passée que les Chinois seraient de plus en plus enclins à utiliser la force.

(source : Defense News)

Par ailleurs, Hu Jintao s’est vu signifié par G.W. Bush - lors d’un appel visant à féliciter ce dernier de sa réélection - que les Etats-Unis ne changeraient pas leur politique à l’égard de Taiwan. Cette dernière question est considérée par les Chinois eux-mêmes comme le point le plus sensible des relations sino-américaines. (Reuters, 10/11/04).

Chine-Indonésie

Le 5/11, la Chine et l’Indonésie ont tenu des discussions concernant un renforcement de leur coopération militaire. Impliquant le conseiller chinois Tang Jiaxuan et le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyno, les discussions ont notamment porté sur de possibles ventes d’armes à Jakarta, sans toutefois que l’on connaisse la nature des systèmes impliqués. Par ailleurs, Hu Jintao a invité le président indonésien à Pékin (la dernière visite d’un président indonésien ayant eu lieu en 1991), les deux hommes pouvant tenir des discussions informelles au cours du sommet de l’ASEAN qui se tiendra du 22/11 eu 01/12.

Commentaire : les Etats-Unis ne disposent plus, depuis la répression menée par les forces indonésiennes au Timor Oriental, de liens militaires avec l’Indonésie. Si la teneur des coopérations visées par les deux Etats n’est pas connue - on ne sait pas pour l’instant si elle impliqueront des manœuvres navales, par exemple - la position politique chinoise dans le Pacifique serait directement renforcée. En pratique cependant, la tenue de ces négociations est surtout profitable à Jakarta et peut lui permettre de mieux se positionner en regard des Etats-Unis, en jouant la carte de la peur américaine du « Peer competitor ».

(Defense News)

Chine-Japon

La Chine a critiqué par l’intermédiaire du porte-parole du ministère des affaires étrangères la publication par l’Agence japonaise d’autodéfense d’un document - en fait, une contribution à la révision de la stratégie japonaise. Le document souligne différents scénarios selon lesquels la Chine et le Japon pourraient entrer en conflit, en particulier dans le cadre de disputes concernant des « ressources océaniques » (apparemment, des gisements gaziers en mer de Chine orientale) ; de visées territoriales (sur les Senkaku) ou d’une confrontation entre la Chine continentale et Taiwan. Dans ce dernier cas, le scénario japonais envisagerait une attaque préventive de la Chine sur le Japon afin de limiter voire de bloquer l’implication des forces américaines dans le conflit. (Reuters, 10/11/04).

Le 10/11, les Japonais ont par ailleurs confirmé la pénétration d’un sous-marin de nationalité inconnue mais présumé chinois dans leurs eaux territoriales. L’incident a été qualifié de regrettable. (Reuters, AFP).

Japon

Frappes préemptives : Les Japonais travaillent actuellement à la révision de leur stratégie. C’est dans ce cadre qu’au moins un document - dont le statut n’a pas été clarifié - a été publié et concerne la possibilité de disposer d’options doctrinales préemptives. Le premier ministre J. Koizumi a ensuite déclaré que « le Japon a le droit de mener des frappes préemptives sur n’importe quel pays qui se préparerait à l’attaquer », avant d’appeler à une révision de la Constitution japonaise de telle sorte que les forces d’autodéfense soient désormais considérées comme de véritables forces armées. (Daily Times (Pakistan), Asia Times, Japan Times).

Une déclaration en ce sens n’est toutefois pas neuve. Ainsi, Shigeru Ishiba, le directeur de l’Agence d’autodéfense, avait-il déjà annoncé - peu diplomatiquement, soit juste après une entrevue avec des officiels sud-coréens - que des frappes préemptives pourraient être nécessaires à la défense japonaise, en particulier, sans toutefois citer la Corée du Nord, bien qu’on estime qu’elle soit la 1ère visée (en avril 2003).

L’homme a toutefois la réputation d’être un faucon manquant de diplomatie. Dans le même temps, il soulignait toujours la volonté de disposer de défenses antimissiles, de même que d’une capacité de renseignement spatial, dont on ne sait si les produits qui pourraient en ressortir pourraient être ou non directement utilisés par les bâtiments japonais. En 2003, les Japonais estimaient que les Nord-Coréens disposaient de 100 missiles No-Dong de 1.300km de portée capables de toucher le Japon, alors que la coopération avec les Américains sur les missiles antimissiles basés en mer remonte à 1999.

En pratique, la déclaration « choc » de Koizumi doit plus être considérée comme une manœuvre politique visant à faire pression sur Pyongyang. A l’heure actuelle, le Japon ne dispose pas de missiles de croisière navals (ni d’ailleurs aériens) capables de mener à bien de telles frappes contre les objectifs militaires terrestres et aériens de la Corée du Nord. Vu par ailleurs le faible niveau d’importations de cette dernière par la voie maritime, la seule capacité objective de frappe japonaise permettrait de mener un blocus des ports nord-coréens ou la destruction en mer de leur marine militaire. En 2003, des officiels japonais avaient par ailleurs formellement démenti vouloir acheter des missiles Tomahawk.

Incursions : le Japon a confirmé le 10/11/04 la pénétration dans ses eaux territoriales d’un sous-marin présumé chinois ou nord-coréen, mais qui serait plus que probablement de cette dernière nationalité. Par ailleurs, la Corée du Sud a annoncé qu’un patrouilleur nord-coréen a pénétré mardi 09/10/04 durant 40 minutes dans ses eaux territoriales. Apparemment, le nord-coréen poursuivait un chalutier chinois. La semaine passée, les Sud-Coréens ont tiré des coups de semonce durant deux incidents ayant impliqué un total de 3 navires nord-coréens, ces derniers estimant qu’il s’agissait d’une provocation. (Voice of America).

Incursions listées dans le Japan Defence White Paper 2002 : mars 1999, un navire d’opérations spéciales nord-coréens à proximité de la péninsule de Noto ; un navire non-identifié trouvé au sud-ouest de Kyushu en décembre 2001. Dans le même temps, le document liste aussi la participation d’un bâtiment océanographique chinois à des recherches dans le Sud-Ouest de la ZEE japonaise en 2001. Selon Tokyo, il effectuait des relevés de mesures basiques pour de futures opérations navales. Le document reconnaît que la marine chinoise a effectué sa première croisière autour du monde en 2002.

Points importants issus du Japan Defence White Paper 2002 : l’Asie reste imprévisible, en particulier 1) dans la péninsule coréenne, 2) la confrontation entre la Chine et Taiwan est perçue comme menaçant la paix et la stabilité régionale. Le séparatisme indonésien ou la question des Spratlys sont considérés comme des « autres problèmes ».

Le document renvoie à la QDR américaine de 2001, selon laquelle l’Asie-Pacifique est une région susceptible d’accueillir une « compétition militaire de large échelle ». La relation avec les USA reste la première listée comme essentielle pour le Japon.

La Corée du Nord est considérée comme étant sur le bon chemin, bien que le document reconnaisse qu’elle ait adopté une politique de « military first ». Les Corées du Nord ont effectué des pénétrations dans la DMZ en septembre et octobre 2001, des échanges de coups de feu ayant eu lieu en novembre 2001.

Le Japon considère que les forces militaires russes ont décliné depuis les 90’. Il reconnaît que des forces disposant d’une capacité nucléaire sont toujours présentes dans la région. Il reconnaît aussi que le futur politique et militaire de la Russie reste imprévisible. Les opérations russes à proximité du Japon sont considérées comme « relativement tranquilles ». En 2001, un avion semble avoir violé l’espace aérien japonais, engendrant une protestation formelle de la part de Tokyo.

Le Japon considère que la Chine favorise d’abord sa stabilité et son unité domestique et qu’elle favorise promeut ses relations avec ses voisins. Le Japon considère que Taiwan et la Chine ont des visions fondamentalement différentes, limitant leur capacité à résoudre leur conflit. Dans le même temps, la Chine a conduit en 2001 les exercices « Mer d’Est Six » dans le détroit de Taiwan. Pour Tokyo, la stratégie de défense active de la Chine ne comporte pas de volet préemptif.

Le Japon prend acte de la coopération entre Singapour et les USA, de même qu’entre les Philippines et les USA, et en particulier les exercices Balikatan de janvier et mars 2000 et à partir de février 2002.

La partie concernant l’Indonésie se borne à constater les problèmes ethniques postérieurs à l’effondrement de l’administration Suharto.

L’Australie est considérée avec le Japon et la Corée du Sud comme un des trois piliers pro-américains dans la zone.

Programme de défense japonais :

La défense du Japon est articulée autour de 4 fonctions :

- la détection et la surveillance ;
- les opérations de défense aériennes ;
- la défense des zones maritimes environnantes et les opérations de sécurisation du trafic maritime et cherchant « l’effet cumulatif de stratégies variées afin de patrouiller, escorter et défendre les ports et les détroits par l’obstruction de l’avance ennemie, la réduction de ses forces militaires et réduire ; l’obstruction des opérations ennemies »
- les opérations devant contrer tout débarquement de troupes en prenant appui sur l’exploitation des points vulnérables adverses afin que l’adversaire ne soit pas capable de pleinement exercer ses pleines capacités de combat durant ses manœuvres durant et immédiatement après un débarquement.

Le Mid-Term Defense Program (MTDP) cours de 2001 à 2005 et comporte 4 points :
- la recherche d’une capacité de défense compacte et effective. Le Japon cherche une « pleine transition vers un nouveau niveau de forces » et reconnaît que les opérations militaires prennent plus de profondeur et gagnent en vitesse, utilisent des armes de très haute technologie et des attaques électroniques. Le Japon cherche à s’adapter au spectre des attaques possibles mais cherche aussi à disposer d’une meilleure capacité de réaction face aux désastres humanitaires.
- Une plus grande crédibilité des accords de sécurité entre les USA et le Japon, considérés comme « indispensables » pour maintenir la paix et la sécurité dans la région.
- La recherche d’un environnement stratégique plus stable
- Un build-up modéré des capacités de défense, considéré comme stable dans sa progression. Les nouvelles technologies sont favorisées.

Les forces terrestres seront réduites à 166.000 personnes : 10 divisions, 4 brigades, 1 brigade combinée.

Pour la marine : une division d’escorte de destroyers des districts régionaux est en train d’adopter une nouvelle structure de force pour 2005. Matériels impliqués par le build-up : remplacement des P-3 de patmar, poursuite des programmes DDG et SS, des mouilleurs de mine et des hélicoptères SH-60K.