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Le Hezbollah favoriserait-il une implantation libanaise d’Al Qaeda ?

jeudi 19 janvier 2006, par Jean-Loup Samaan

Jean-Loup Samaan revient sur la validité des suppositions reliant le Hezbollah à Al-Qaida.

Alors que le comité d’Al Qaeda en Mésopotamie mené par Abu Musab al Zarkoui avait récemment revendiqué le lancement de neuf missiles katyusha dans la nuit du 27 décembre 2005 depuis le Liban vers Israël, de nouvelles arrestations au pays du Cèdre tendent à confirmer l’implantation locale du groupe terroriste. Selon le quotidien L’Orient-le Jour, les autorités libanaises auraient démantelé un réseau comprenant 13 membres liés à l’organisation qui préparaient des attentats au Liban. Il s’agirait de sept Syriens, trois Libanais, un Saoudien, un Jordanien et un Palestinien.
Comment peut-on mesurer ces évènements au regard des données géopolitiques ? Le Liban serait-il redevenu, depuis le retrait syrien, un territoire perméable, où tout acteur non étatique désirant lancer une attaque subversive contre Israël y trouverait une niche ? Le Hezbollah chiite, qui contrôle le sud-Liban, aurait-il un intérêt à laisser s’implanter un radicalisme sunnite qui dans le même temps combat la « main mise » chiite sur l’Irak ?
L’idée d’une connection Hezbollah-Al Qaeda n’est pourtant pas neuve et se trouvait évoquée dans les cercles de réflexion de Washington, et ce même avant le 11 septembre 2001. Le lien le plus important entre les deux groupes serait ainsi Imad Mughnyah.
Figure la plus importante du Jihad Islamique, groupe libanais responsable de nombreuses prises d’otages dans les années 80, Mughnyah aurait été pendant longtemps la tête pensante de l’appareil de sécurité du Parti de Dieu. Il est avec Hasan Izz al-Din et Ali Atwa un des trois membres présumés de la structure militaire du Hezbollah inscrit sur la liste des 22 terroristes les plus recherchés par le FBI. Il aurait par ailleurs rencontré Oussama Ben Laden à plusieurs reprises au début des années 90. Selon Rohan Gunaratna, consultant à l’Université Saint Andrews (Ecosse), « c’est Imad Mughnyiah qui donna à Ben Laden l’idée de monter régulièrement des attaques coordonnées, simultanées, qui sont devenues la signature distinctive d’Al Qaeda ».
Aux dernières nouvelles, Mughnyiah aurait quitté en 2003 l’Iran accompagné d’Ayman al Zawihiri, numéro deux d’Al Qaeda. Certains experts israéliens affirment qu’il aurait depuis mis en place une structure irakienne du Hezbollah.
Mughnyah est-il pour autant encore affilié au Hezbollah ? Ne serait-il pas un simple mercenaire agissant pour tel ou tel autre groupe ? Son parcours ne serait-il pas similaire à celui de nombreux anciens du Hamas et du Jihad Islamique palestinien recrutés par Al Qaeda ?
Il apparaît par ailleurs peu convaincant d’imaginer que le Hezbollah, surveillé de près par les services diplomatiques américains de la région, et qui aspire à devenir désormais un parti de gouvernement, puisse, dans le même temps, faciliter une implantation locale à l’organisation d’Oussama Ben Laden.
Quoi qu’il en soit, le démantèlement récent d’une ramification libanaise amène à reconnaître qu’Al Qaeda -ou à tout le moins une branche du réseau cherche de plus en plus à jouer la carte palestinienne.