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L’entreprise terroriste : Innovation, Substitution et Productivité

vendredi 11 février 2005

Présentation au Collège de Défense de l’OTAN / Rome, Italie, 14 Octobre 2004
par Jurgen Brauer, PhD
Professeur d’économie
College of Business Administration

L’auteur livre ici une présentation des causes microéconomiques de la terreur ainsi que leur analyse.

Le présupposé de cette démonstration est que les organisations terroristes et leurs membres sont des acteurs rationnels, ce qui signifie qu’ils choisissent l’endroit, le moment et la manière de procéder en tenant compte de certaines contraintes.
Ces contraintes sont définies par ce que les économistes appellent des "préférences" ainsi que par les coûts de production impliqués, et enfin par les moyens disponibles qu’ils soient institutionnel, financier, capitalistique ou encore relatif à la main d’œuvre.
Ainsi, les économistes considèrent les terroristes comme une entreprise, ou une firme, mis à part le fait que ce n’est pas un bien ou un service qui est produit mais un mal ou un "mauvais service". Si les terroristes fournissent un "mauvais service" au marché, on peut se demander qui est le demandeur : en fait, le terroriste produit pour satisfaire ses propres besoins.

Dès lors, il est possible de concevoir l’existence d’un "marché de la terreur".
Il faut, en conséquence, répondre à deux questions : tout d’abord, quels obstacles peuvent être dressés pour rendre plus difficile les affaires des terroristes ? ensuite, comment peuvent-ils répondre au mieux s’ils ne souhaitent pas être exclus de ce marché ?

Les obstacles peuvent être divisés en deux catégories et sont des actions gouvernementales visant d’une part à réduire les revenus des terroristes et d’autre part à augmenter leurs coûts. Avant le 11 Septembre 2001, les gouvernements se concentraient principalement sur l’augmentation de ces coûts. Il s’agissait de mesures passives, défensives dont le but était d’augmenter les dépenses des terroristes pour parvenir à la cible visée.
Parmi les mesures actives, offensives prises par les Etats-Unis, on peut citer le raid mené en Libye en 1986 ou, plus récemment, les attaques menées contre des installations terroristes supposées au Soudan, en Afghanistan et ailleurs.
Les sérieux efforts concentrés sur la réduction des revenus des terroristes sont plus récents.

Puisque les conséquences économiques d’une taxe sur la terreur sont les mêmes pour une organisation productrice de terreur- à savoir, la baisse de la production - il semble que le gouvernement ait le luxe de choisir l’intervention la moins chère.
Cependant, le gouvernement doit étudier deux problèmes :
- Premièrement, le gouvernement doit étudier ses propres dépenses que ce soit pour réduire les flux des revenus de terreur ou accroître les coûts de production de terreur. Pour être efficace, la réduction des flux de revenus nécessite une coopération universelle des autres gouvernements. Par opposition, les mesures de défenses unilatérales peuvent être moins chères.
- Deuxièmement, mis à part le coût d’imposition des restrictions sur les affaires des terroristes, le gouvernement doit aussi anticiper la réaction des producteurs de terreur. Par exemple, alors qu’il était relativement bon marché d’installer des détecteurs de métaux dans les aéroports, à partir de 1973 une conséquence imprévue et involontaire fut que les organisations terroristes produisirent moins de détournements d’avions mais plus d’attentats contre les ambassades. En choisissant une "taxe sur la terreur" appropriée, le gouvernement doit choisir l’option optimale entre toutes les possibilités dont disposent les terroristes.

Quelque soit le choix du mode de "taxation", on peut attendre des terroristes qu’ils prennent un certain nombre de mesures "d’évasion fiscale". Elles consistent à trouver des nouvelles sources de revenus ou des méthodes de réduction du coût moyen d’une attaque. Ils peuvent y parvenir de différentes manières :

- D’abord en trouvant une source de revenus alternative
- Une deuxième option est pour les terroristes de changer leurs lieux de production, i.e. l’endroit de leurs attaques, éloigné des cibles bien défendues
- Troisièmement, une organisation productrice de terreur peut attendre la réduction de l’effort "fiscal"- les mesures en vigueur, jusqu’à ce que la vigilance gouvernementale décline
- Quatrièmement, on peut attendre des organisations productrices de terreur qu’elles améliorent l’efficacité de leurs opérations, ce qui signifie donc une baisse de leurs coûts moyens [1]
- Cinquièmement, les terroristes peuvent modifier leur product mix, c’est-à-dire un effet de substitution d’un type d’attaque vers un autre. Il existe désormais des preuves empiriques qu’en "taxant" spécifiquement un mode d’attaque, celui-ci ne sera pas le seul à en être affecté : ainsi en est-il des effets de celui-ci, la létalité des attaques ayant augmenté depuis 1979
- Sixièmement, les terroristes peuvent innover et offrir de nouveaux produits ou de nouvelles cibles [2] : on peut attendre plus "d’innovations" de ce type, surtout alors que la "taxe" sur la terreur du gouvernement conduit les groupes producteurs de terreur à se disperser et à réduire leur niveau de communication et de coordination
- Septièmement, les terroristes peuvent aussi évoluer en modifiant leur profil de risque. Les organisations productrices de terreur de l’ancienne école -suivant une idéologie de gauche - dans les années 1960 et 1970 étaient plutôt opposées au risque. Dans les années 1980, 1990 et 2000 ces groupes ont été remplacés par des groupes producteurs de terreur avec une propension plus grande à prendre des risques, parce que leurs finances et leur capacité de mobilisation sont plus importantes
- Enfin, il y a des preuves empiriques qui suggèrent que les activités terroristes s’agrègent, i.e. quand une organisation entreprend une action et entraîne des réactions gouvernementales, il devient meilleur marché pour les autres organisations productrices de terreur de mener leurs attaques au même moment

Il est utile d’envisager les entreprises productrices de terreur de la même manière que les entreprises traditionnelles, mais en y intégrant leur caractère omniscient, si l’on souhaite faire en sorte que ces "firmes" faire "faillite".


Pour consulter la contribution cliquez ici.

Notes

[1Par exemple, des économies d’échelles peuvent être réalisées en partageant les coûts fixes de planification pour une période donnée.

[2En plus des anciennes cibles fixes comme les ambassades, les enceintes militaires ou encore les endroits touristiques, ils peuvent aussi diffuser des gaz neurotoxiques dans des tunnels de métros, diriger des avions dans des immeubles, organiser un grand nombre de décapitations publiques, retenir en otage et tuer un grand nombre d’enfants...