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Operations Suicide 2004 : Une synthèse pour l’année

mardi 2 novembre 2004, par IFAS

Plusieurs faits sont remarquables :

En premier lieu, l’augmentation du nombre d’opérations suicide. En effet, la tendance identifiée depuis le début de l’année 2001 empire.

Deuxièmement, on a pu constater un réel déplacement de ces opérations d’Israël vers d’autres lieux et notamment en Irak. Les attentats suicide perpétrés en Tchétchénie sont également en augmentation.

L’intensification de telles opérations en Irak crée un nouvel élément de guerre contre les Américains et leurs alliés à l’extérieur et à l’intérieur.

En troisième lieu, les terroristes responsables de ces attentats ont remarquablement pénétré en Irak et se serve de ce territoire pour leurs activités.
Il y a quelques années, le PKK et Ansar-al-Islam avaient utilisé cette même méthode au Kurdistan. Mais ces opérations étaient à l’époque limitées, tant en nombre qu’en intensité. Aujourd’hui, les terroristes suicide sont responsables de plusieurs massacres majeurs. D’après les officiels de l’Autorité kurde, un large nombre de ces opérations ont été stoppées (aucun chiffre n’a néanmoins été fourni).

Penser que les opérations suicides sont l’œuvre d’organisations religieuses serait commettre une erreur majeure. Dans la culture du sacrifice et du martyr, il a une composante politique, non religieuse, comme cela a été démontré au Sri Lanka et par plusieurs organisations palestiniennes « séculaires ».
Le niveau de demande de la CAUSE et le dévouement qui y est rattaché est et continuera de rester le facteur clé.

Quatrièmement, un phénomène curieux est à noter : de nombreuses opérations en Irak ne nécessite pas de terroriste prêt au suicide. Bien sûr, une bombe humaine apporte plus de précision quant à la cible, et fournit par ailleurs une exactitude en termes de temps. Mais la situation irakienne suggère qu’il y a par ailleurs une volonté d’utiliser ce moyen et pas un autre.
En effet, cela suppose qu’il existe une certaine abondance de militants prêts à se sacrifier pour la cause ; un tel nombre de militants d’ailleurs, qu’il est possible d’en gaspiller.

Hypothèse :
Un tel phénomène coïncide avec une nouvelle génération.
Cela n’implique pas qu’il continuera dans le temps, au contraire.
Nous pouvons être à l’apogée d’un phénomène généré, dans le passé, par l’éducation, l’influence idéologique et d’autres activités de ce type, qui ont façonné la psychologie du terroriste suicide.
En Irak, la capacité à contrer ces opérations est particulièrement faible et suggère de fait une négligence effroyable. Une capacité de cet ordre est proche du manque flagrant d’organisations Russes dédiées à combattre le terrorisme suicide.
Par contraste, la voie choisie par les Israéliens pour gérer cette forme d’attaque est frappante et aboutit à deux conclusions temporaires :
D’une part, dans aucune de ces situations, le respect de la loi ne freine pas la contre action ; au contraire, le gouvernement israélien est bien plus contraint par sa nature démocratique.
D’autre part, le constat d’échec dans la construction d’un système efficace de représailles/protection, qui peut être attribué à quatre facteurs :

- L’incompétence structurelle : les administrations et les services en charge du triptyque prévention/protection/réparation ne sont pas correctement organisés et connectés. Ils ne coopèrent pas et peuvent même être en compétition.

- Le manque de ressources, à la fois humaines et techniques. Le gouvernement ne peut pas ou ne veut pas allouer les ressources nécessaires pour faire face au danger. La corruption d’employés peu payés s’ajoute à la défaillance du système.

- La négligence politique peut expliquer les défauts identifiés plus haut. Cette négligence est liée au degré de cohésion sociale au sein de la société.

- La manipulation politique. La peur, le ressentiment et la demande croissante de protection à n’importe quel prix peuvent être utilisé par les régimes autoritaires pour renforcer leur propre pouvoir.

Aujourd’hui, les opérations suicides perpétrées par les Sunnites sont plus nombreuses que celles liées aux Shiites. En Irak et au Pakistan, les cibles shiites semblent jusqu’à présent s’abstenir de représailles. Ce phénomène suggère que le problème est plus politique que religieux. Les Shiites sont visés dans le but d’exacerber les tensions et de créer un chaos politique. La religion pourrait être manipulée par les politiques.
D’après les données et la informations obtenues, nous pouvons avancer : des hypothèses, des conclusions, des explications et parfois des prévisions visant à orienter les contre-opérations.

Conclusion : les tactiques évoluent
Pour atteindre une cible, il apparaît que deux ou trois voitures suicide pourraient être utilisées. Ce fut le cas en décembre 2003 lors de l’attentat au Pakistan visant le président Musharaf. Dans certains cas, la première voiture suicide a pour mission de déclencher sa bombe afin de frapper la line de protection de la plupart des ambassades et des bâtiments gouvernementaux. Dès lors, cela crée un véritable corridor pour une seconde voiture qui peut atteindre la cible réelle.

Conclusion : l’attentat suicide reste un dispositif local/régional.
Bien sûr, les attentats du 11 septembre 2004 ont eu lieu aux États-Unis, mais cela reste un cas à part. Il s’est agit d’une remarquable opération suicide ponctuelle, sans aucune continuité.
Cela est bien différent du terrorisme quasi permanent qui frappe Israël et désormais l’Irak.

En matière d’opérations suicide, le facteur distance est essentiel. Israël est en effet un petit pays : il présente ainsi de grand dangers qui peuvent néanmoins être contrebalancés par quelques avantages.
Les terroristes sont très proches, dans l’arrière-cour. Ils n’ont pas à entrer et traverser la frontière. Ils peuvent vivre à l’intérieur même du pays, mais une zone limitée est plus facile à protéger, à l’intérieur et sur les frontières. En effet, les check points sont rapprochés et les probabilités d’intercepter des candidats au terrorisme suicide sont plus élevées.
Par contraste, la Russie, l’Arabie Saoudite et l’Irak sont de grands pays, constitués d’espaces larges et ouverts pour lesquels le contrôle des frontières requérrait des systèmes très chers car très sophistiqués. Cependant, même de tels systèmes ne résoudraient pas tous les problèmes, étant donné que les terroristes proviennent bien souvent de l’intérieur même du pays.

Par ailleurs, à l’instar de toutes les composantes des opérations suicide, le degré de vulnérabilité des cibles est complètement dépendant des capacités de renseignement.
Le remarquable succès d’Israël est certes lié à la combinaison de plusieurs contre-opérations mais le facteur clé reste le développement du renseignement. Jusqu’à présent, celui-ci a été obtenu auprès de sources diverses, en utilisant tous les moyens possibles. La pénétration de l’organisation ennemie apparaît comme un facteur majeur d’efficacité.
Le faible niveau du renseignement en Irak et en Russie explique l’incapacité des autorités locales à prévenir et contrecarrer les opérations suicide. L’attaque de Beslan (qui avait une composante suicide inachevée) est, entre autre, un modèle de déficience en la matière. Une opération d’une telle importance a en effet été planifiée et préparée à l’avance et ce sans détection.

Conclusion : le ratio hommes/femmes mérite une attention particulière.

Les médias peuvent amplifier cet aspect exotique des opérations suicides. Les statistiques permettent une approche plus sensible. En effet, les médias ont déjà fortement insisté sur l’engagement des femmes dans les opérations suicides. Cela est vrai pour le Sri Lanka et en partie pour la Tchétchénie.
Cependant, cela est ne l’est pas pour toutes les autres zones de conflits : même en Palestine, le nombre de femmes terroristes n’est pas si élevé, et nous n’avons pas d’indication particulière sur d’éventuelles femmes kamikazes en Irak.

Explication :
Le nationalisme semble plus enclin à entraîner les femmes. Les sociétés religieuses traditionnelles, et plus particulièrement le monde musulman, sont réticentes, voire opposées, à l’emploi des femmes. Ces sociétés préfèrent utiliser les femmes comme des leviers dans la promotion de l’idéologie du martyr. Le recrutement opérationnel des femmes apparaît en dernier ressort et, dans une certaine mesure dans le cas de la Palestine, une initiative avant tout individuelle.

Interrogation :
Le développement des opérations suicide en Irak sur une large échelle ne semble pas être suivi et nourri par la culture du martyr à l’image des célébrations iraniennes ou palestiniennes. Une observation rapprochée est nécessaire pour vérifier ce fait et, le cas échéant, chercher à comprendre pourquoi ces célébrations n’existent pas. Cela est de la plus haute important pour le futur, et notamment pour la stratégie de lutte contre les opérations suicides en Irak.