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"Les États-Unis semblent jouer la montre jusqu’à leur présidentielle"

vendredi 15 octobre 2004, par François Géré

« Les États-Unis semblent jouer la montre jusqu’à leur présidentielle » interview de François Géré dans Libération, 15 octobre 2004.

Quel jugement portez-vous sur l’évolution de la situation en Irak ?

Elle se détériore depuis l’accession au pouvoir d’Iyad Allaoui, fin juin. L’intensification de la guérilla traduit l’échec politique de son gouvernement. Il jouait sa crédibilité sur sa capacité à rétablir la sécurité, notamment par le dialogue avec les différentes factions qui constituent le paysage politique irakien.

Est-ce un échec militaire pour les Américains ?

Même si le rythme des actions de guérilla ou de terrorisme s’est accéléré, il ne s’agit pas d’une guerre susceptible de remettre en cause la supériorité américaine sur le terrain. Soyons clair : l’armée américaine n’est pas en passe de perdre militairement la guerre. Mais ce n’est pas en écrasant 300 miliciens chiites à Nadjaf qu’elle va gagner politiquement cette guerre.

Peut-on imaginer un retrait américain ?

Pour l’instant, les Etats-Unis semblent jouer la montre jusqu’à leur élection présidentielle et il ne devrait pas y avoir de décision importante avant le mois de février, c’est-à-dire l’installation de la nouvelle administration Bush ou Kerry. Un retrait des troupes est difficile à imaginer et je parie plus sur le maintien d’une grande instabilité dans toute la région.

Les Américains pourraient-ils céder la place à des forces irakiennes fidèles au gouvernement Allaoui ?

En juin, ils espéraient pouvoir se replier dans leurs grandes bases et laisser les Irakiens faire l’essentiel du travail. Mais les forces gouvernementales se sont révélées trop faibles, et l’insurrection d’une trop grande ampleur, pour que cette « irakisation » fonctionne. Du coup, l’armée américaine est beaucoup plus présente qu’elle ne le souhaitait.

Quel rôle jouent les pays voisins dans la crise ?

La Syrie et l’Iran utilisent le chaos irakien pour jouer leurs propres cartes. Ces pays veulent pousser les États-Unis à ouvrir de vraies négociations avec eux, mais il y a de vrais obstacles : la question du Liban pour la Syrie, et le nucléaire pour l’Iran.

La coalition américaine vous semble-t-elle encore solide ?

Les Britanniques ne broncheront pas. Mais la technique du terrorisme et de la prise d’otages semble payante. L’Espagne s’est déjà retirée, la Pologne y pense, et l’Italie est aujourd’hui le maillon faible le plus évident.