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La mer – une chance et un défi pour la France

mercredi 1er avril 2015, par Lars Wedin

Qu’est-ce que la France pour un Suédois comme moi ? C’est le pays du vin, des champs de blé féconds et les 346 fromages du général de Gaulle ! Mais est-elle vraiment un pays maritime ?

En effet, oui. Mais beaucoup de monde, Français inclus, l’ignorent. La mer est à la foi un défi et une chance pour la France. La France de la mer n’est pas seulement formée de ses trois façades maritimes tournées vers la Méditerranée, l’Atlantique et la Manche mais elle est aussi la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde (ZEE), dans laquelle la France a un monopole des ressources maritimes : pêche, minéraux, gaz et pétrole.

L’industrie maritime française est d’une grande importance : 320 000 emplois et 69 milliards d’euros de valeur de production. L’armement français compte une centaine de compagnies qui mettent en œuvre plus de 1 200 navires dont 554 sous pavillon français. Sa flotte de pêche représente 7 160 navires qui alimentent le marché avec 640 000 tonnes/an de produits pêchés par an. Le groupe CMA CGM occupe la neuvième place mondiale parmi les compagnies maritimes.

En effet, une des tendances mondiales les plus lourdes est la maritimisation qui va de pair avec la globalisation. Elle se compose de quatre facteurs majeurs en plein renforcement : les transports, les ressources, l’usage illicite de la mer et l’importance des flottes de combat.

La mer constitue l’axe de transport sur lequel s’appuie le commerce mondial. Selon les modes de calcul (volume, poids ou valeur), ce sont 80 à 90 % du commerce mondial qui y transite, portés par environ 59 000 navires marchands de plus de 500 tonnes. Avec la politique actuelle du flux tendu, les entreprises ne disposent que de faibles stocks et une grande partie de ces stocks sont en réalité en mer, en cours de transport.

Quant aux ressources, la plus connue est évidemment la pêche. Mais il y a aussi la production d’énergie soit renouvelable par des centrales éoliennes, houlomotrices ou hydroliennes situées à la mer, soit la production du gaz et du pétrole par des quelque 17 000 plates-formes off-shore existantes. Finalement, les fonds marins regorgent de minéraux de plus en plus accessibles.

Cependant, la mer est aussi dangereuse. Aux forces naturelles s’ajoutent la piraterie, le terrorisme et le crime organisé. Quant au terrorisme, on peut citer Oussama Ben Laden qui disait, après l’attaque contre le pétrolier français Limburg en 2002 : « En frappant ce navire au Yémen, les moudjahidins ont atteint un cordon ombilical et une artère vitale pour les nations des Croisés ». Pour le crime organisé, on peut par exemple mentionner les milliers de réfugiés morts en Méditerranée à cause de trafiquants d’êtres humains sans scrupule. Une autre filière ayant de graves conséquences est la pêche illégale qui menace de ruiner les pays faibles et dépourvus de moyens de surveiller leurs ZEE, notamment ceux d’Afrique de l’Ouest.

L’importance accrue des flottes de combat est une conséquence directe de ces tendances : il y a un besoin de plus en plus important et en même temps plus de difficultés à maintenir l’ordre en mer. L’importante ZEE française exige une surveillance et donc une présence navale continue pour éviter le pillage de ses ressources. Un espace de souveraineté non gardé n’est plus un espace de souveraineté. Il faut aussi souligner l’importance d’une protection des infrastructures en mer : éoliens, plates-formes pour la production de gaz et de pétrole, etc.

La protection des transports maritimes est une mission pour toutes les flottes du monde ; sans transports sécurisés, les industries s’arrêtent et les économies se mettent au rouge. Une grande nation maritime comme la France a une vocation de leader dans ce domaine.

Mais une flotte de combat est aussi un outil diplomatique et militaire de premier rang. Un tiers de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes. A titre d’exemple, le Missile de Croisière Naval (MDCN), qui équipe les nouvelles frégates et la nouvelle génération de sous-marins français, a un rayon d’action de plus de 1 000 km. Plus généralement, la France a, grâce au groupe aéronaval centré sur le porte-avions Charles de Gaulle, un outil stratégique de premier ordre.

En opérant depuis la mer, on peut réduire l’empreinte souvent controversée des forces à terre. Une force navale peut rester en mer très longtemps. Là, où elle opère elle profite de la liberté de navigation, ce qui veut dire qu’elle peut pratiquement aller où elle veut. De sa zone d’action, la force navale peut exécuter des missions diplomatiques et de dissuasion. À partir de la mer, elle peut projeter de la puissance – missiles, attaques aériennes, artillerie, guerre électronique, etc. – ainsi que des forces amphibies et héliportées.

Voici une spécificité de la Marine nationale ; elle est duale avec des missions permanentes en temps de paix et de crise ainsi que des missions de combat au sein des forces armées. Moins nombreuse que les autres armées au défilé de 14 juillet, elle veille pourtant en permanence sur les intérêts et sur la sécurité de la France.

C’est pourquoi la France ne doit pas baisser la garde s’agissant de sa Marine nationale. Plus de navires sont nécessaires pour assurer la présence dans les parages français avec une aptitude de combat pour que les intérêts français soient respectés. Il lui faut un second porte-avions pour assurer la permanence d’un groupe aéronaval. Et enfin, il lui faut plus d’hommes et de femmes qualifiés pour que l’outil garde son efficacité.

P.-S.

Capitaine de vaisseau (er) Lars Wedin, Marine suédoise, est membre associé à titre de l’Académie de marine. Son nouveau livre, Stratégie maritimes au XXIe siècle. L’apport de l’amiral Castex, vient d’être publié par Nuvis éditeurs.