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Décryptage du discours de Jacques Chirac sur la dissuasion nucléaire

lundi 23 janvier 2006, par François Géré

François Géré commente et analyse l’allocution du Président de la République lors de sa visite aux forces aériennes, océanique et stratégiques de Landivisiau / l’Ile Longue (Finistère)le 19 janvier 2006.

Que change l’intervention du chef de l’Etat ?

La stratégie ne change pas. L’arme nucléaire a pour but de prévenir toute agression d’où qu’elle vienne dès lors qu’elle s’en prendrait à nos intérêts vitaux. Ces intérêts n’ont, délibérément, jamais été définis. Le discours du Président suggère une grande extension du "vital". Ceci tient compte de la mondialisation, du fait que pour exister et prospérer on ne saurait rester, sous peine d’asphyxie, dans un pré carré géographique.
La stratégie prend en comte l’absence d’ennemis mais elle retient l’existence de capacités considérables dans certains Etats dotés de l’arme nucléaire qui poursuivent la modernisation de leurs forces comme la Russie ou la Chine.

Le passage de l’anticités à l’antiforces/anti commandement par le biais d’une capacité précise.

Les capacités françaises permettent de frapper avec précision soit par des moyens conventionnels soit par des moyens nucléaires venant de l’air ou de la mer. La diversité des options contribue à la crédibilité, en raison de l’incertitude sur l’origine de l’action de représailles virtuelle.

Pourquoi maintenant ? S’agit-il de menacer l’Iran ?

Il n’y a pas lieu de désigner nommément un ennemi. La dissuasion française reste orientée sur tous les azimuts. On trouvera sans doute une brève allusion à ces Etats tentés de se doter de l’arme nucléaire en contravention avec leurs engagements internationaux. C’est un rappel à l’ordre délibérément général. Quant à la date, ce discours vient maintenant parce qu’il tardait depuis une bonne année et qu’attendre eût produit un rapprochement forcément critiqué avec les élections présidentielles. Le début d’année 2006 convenait assez bien. Mais la crise iranienne est là depuis deux ans et elle n’est pas proche de son issue. Donc on ne pouvait pas attendre indéfiniment.

Pourquoi la dureté du ton ?

Il s’agit de politique déclaratoire touchant la dissuasion. Il n’est pas question de faire des politesses ni de s’embarrasser d’euphémismes.
Le message de la dissuasion est dur par essence, sinon à quoi servirait-il ? Cette dureté contribue à la crédibilité de la volonté.
L’ambiguïté du "non emploi" a été utilement soulignée à nouveau. L’arme nucléaire ne relève pas du champ de bataille (il est inepte de la mentionner par rapport aux Balkans et, comme on a pu lire à la Côte d’Ivoire). Elle pourrait être utilisée si un adversaire prononçait une menace majeure contre nos intérêts vitaux.

Cette notion est-elle élargie par le président Chirac ?

Pas vraiment. Il réaffirme le "cœur" du vital : le territoire, la population, l’existence même. Mais il y a les menaces contre les composantes de la vie et de l’ordinaire de la prospérité. Il relève de l’appréciation du chef de l’Etat de mesurer la gravité d’une menace qui consisterait à nous étouffer économiquement.

Le "salami du désarmement" ?

La presse étrangère qui n’aime pas le nucléaire française a lancé l’idée que la France pratiquait un faux désarmement nucléaire. C’est aimablement absurde : jamais la France n’a envisagé de se défaire de ses armes nucléaires, en tous cas pas la première et sans doute moins que jamais dans la situation mondiale actuelle.

La nouveauté : prévenir toute tentation -je ne dis même pas tentative- de contournement de la dissuasion.

Nous ne sommes plus dans une situation d’affrontement direct.
Des Etats pourraient être tentés de fournir des ADM à des organisations terroristes :
- soit des organisations-écrans directement liées à l’Etat qui les fabrique
- soit des organisations indépendantes, avec lesquelles une coopération pourrait être tenue pour fructueuse.
Pour désigner l’ennemi, cela suppose une grande qualité du renseignement. Disons que cela constitue le point crucial du dispositif. On ne peut se permettre l’erreur.

La dimension européenne...

Elle reste ouverte. C’est pour l’Union européenne une disponibilité, une carte en réserve, le jour où la maturation de la PESD conduira, en libre logique à considérer les bénéfices d’une dissuasion nucléaire européenne, fondement d’une pleine souveraineté. On prend date et on laisse ouvert....


Pour accéder au discours du Président de la République, cliquez ici.