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Genève : le sursis, pas l’apaisement.

jeudi 8 octobre 2009, par François Géré

Annonce de l’existence d’une nouvelle installation destinée à l’enrichissement d’uranium près de Qom, tirs de missiles, déclarations belliqueuses, la rencontre de Genève entre l’Iran et les Cinq plus un s’est tenue sous haute pression.
Or le moins que l’on puisse dire est qu’elle ne se présentait déjà pas sous les meilleurs auspices.
Côté communauté internationale, la différence d’appréciation désormais classique entre d’une part « occidentaux » et d’autre part Russes et Chinois persiste.
Certes Moscou s’est rapproché du point de vue américain mais sans se départir d’une grande prudence. Côté occidental, en dépit des déclarations d’unité, les divergences restent profondes. Les Etats-Unis entendent faire prévaloir leur nouvelle approche de négociation.
Ils peuvent compter sur le soutien de M. Brown et en partie celui de Madame Merkel. Car après son succès électoral, elle n’envisage pas de prendre des positions excessivement rigoureuses que réprouverait le patronat allemand. Elle ne souhaite pas pour autant se départir d’un engagement sur la non-prolifération qui la rapproche de la grande fermeté de la France. Paris qui se montre sans illusions sur cette reprise de dialogue demande une rapide aggravation des sanctions contre Téhéran avec qui les relations n’ont cessé de se dégrader depuis les élections présidentielles de juin, assorties de l’affaire Clotilde Reiss.

Coté iranien, la situation est à peine meilleure, faute de cohésion politique interne. En dépit des déclarations officielles il n’existe pas encore de stabilisation définitive après la secousse politique des présidentielles. Cela ne signifie pas que sur le nucléaire les différentes parties soient en désaccord. Mais auparavant elles pouvaient en faire un outil d’union, aujourd’hui c’est devenu un instrument de division. L’affaiblissement de la position d’arbitre du Guide Suprême, le jeu des factions font qu’il est difficile de s’assurer qu’une position présentée par l’un est forcément acceptée par l’autre. Cette situation est reflétée par la divergence des propos concernant le statut du nucléaire iranien. « Tout est discutable » dit un jour M. Salehi, nouveau directeur de l’Agence de l’énergie atomique. « Il n’y a rien à discuter sur le nucléaire » communique la présidence le lendemain. On attend la parole de l’arbitre pour s’y retrouver une bonne fois !

Les déclarations de M. Ahmadinejad sur Israël ont aggravé la tension. Elles exigent plusieurs mises au point. D’abord, par tradition, tout gouvernement en difficulté tente de désigner un bouc émissaire afin de détourner le mécontentement intérieur et de recréer une unité nationale artificielle contre un adversaire extérieur. Ensuite, ces positions ne sont pas uniquement destinées à rallier la société iranienne qui, préoccupée par l’inflation et la cherté de la vie, se soucie assez peu d’Israël et à peine plus de la Palestine. Elles correspondent à une conviction du président pour qui il est écrit dans la volonté de Dieu qu’Israël (pas les Juifs) finira par disparaître. Néanmoins cette croyance n’implique nullement qu’avec des missiles balistiques dotés de têtes nucléaires l’Iran entende accomplir la volonté divine. Loin de là.
Les Gardiens de la Révolution, à travers leurs déclarations qu’il faudrait prendre soin d’étudier, montrent qu’ils ont compris que l’arme nucléaire sert une stratégie de dissuasion. Enfin, les essais de missiles balistiques sur lesquels, il ne sera pas possible avant plusieurs années –comme l’a reconnu le directeur du Mossad- de placer une charge nucléaire de dimension convenable, servent de mise en garde au cas où l’Iran serait attaqué.
Ceci ramène à des calculs plus prosaïques mais à peine plus rassurants.
Car depuis le raté des discussions de mai-juillet 2008 menées par M. Solana, rien de nouveau n’est apparu. La seule ouverture vient du président Obama qui a tendu la main sans poser de préconditions. Il n’entend pas pour autant différer indéfiniment la tenue d’un dialogue sérieux. Or l’Iran n’offre pas plus que ce l’on sait depuis 2005 quand M. Larijani conduisait les négociations. Personne ne conteste le droit souverain de Téhéran à disposer d’une industrie nucléaire pacifique, sauf propositions iraniennes nouvelles. La vraie question est ailleurs : que veut l’Iran et que fait-il vraiment ?

Quel que soit son caractère positif, la proposition iranienne, très technique, d’enrichissement d’une partie de son uranium en dehors de son territoire pour servir à un réacteur de recherche ne touche pas au fond du problème. Elle ne fait que reprendre une proposition ancienne de M. Larijani en 2005. Or depuis cette date bien des choses ont changé, à commencer par le volume du stock d’uranium faiblement enrichi dont dispose l’Iran. Tant que n’apparaîtra pas clairement la finalité du site de Qom, il sera impossible dire quoi que ce soit de décisif. Cependant la réunion de Genève aura été l’occasion d’un petit pas. Iraniens et Américains se sont entretenus en privé, amorce timide de ce qui pourrait devenir une sérieuse négociation qui ne peut se faire sus la place publique.

Il existe d’un côté une option forte : la volonté du président Obama d’engager très rapidement une négociation. Rien ne peut aboutir sans un dialogue strictement bilatéral entre Téhéran et Washington. Car la préoccupation fondamentale de l’Iran est liée à la présence militaire des Etats-Unis sur mer et dans les airs à proximité immédiate de son territoire et des eaux territoriales.
Il existe d’un autre côté l’inquiétude croissante des Etats de la région, pas seulement d’Israël, à l’égard de la progression des activités nucléaires iraniennes et plus encore à l’égard d’un pouvoir dont les objectifs sont de plus en plus difficiles à identifier. Avec le temps, les choix deviennent de plus en plus manichéens. Ou bien Genève est le préambule à une négociation faite de propositions concrètes concernant la sécurité régionale. Ou bien c’est la reconduction de propositions dilatoires qui conduisent à un risque d’affrontement majeur. Ce risque va bien au-delà des sanctions économiques aggravées qui ne seraient qu’une première étape. Si dans les semaines qui viennent on devait assister à un enlisement dans des détails techniques et des arguties juridiques, si, rapidement, sous une forme ou une autre le dialogue américano-iranien stagnait, alors d’un côté comme de l’autre, les va-t-en guerre auront gagné. Les partisans d’un dialogue, à commencer par les Américains, verront rapidement se réduire toute marge de manœuvre.

C’est la voie de l’inconnu, de la guerre peut-être.
Les dirigeants iraniens, parfaitement responsables, tous centres de pouvoir confondus, doivent prendre conscience que la rencontre de Genève doit constituer une véritable étape sur la voie d’un règlement global d’une crise qui ne saurait s’éterniser.