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Le désarroi de la puissance : les États-Unis vers la « guerre permanente » ?

lundi 30 mai 2005

Dans son ouvrage, A. Blin présente une vue d’ensemble de la politique étrangère américaine depuis un siècle. Il s’attache à décrypter les valeurs, les tendances et les objectifs des différents courants de pensée qui nourrissent les orientations de politique extérieure des États-Unis.
Cette approche globale a pour but de mettre en perspective la rupture que représente d’une part l’accession du courant néo-conservateur aux postes de planification et de décision de l’administration en place, et d’autre part les stratégies mises en œuvre pour bâtir "le grand dessein américain".

Ainsi, il retrace les étapes de la constitution du mouvement néo-conservateur, en présentant :

- les idées, aux dynamiques parfois comparables à celles du marxisme-léninisme avec une dimension historique déterministe. En réalité, la guerre permanente est au néo-conservatisme ce que la dictature du prolétariat était aux marxistes, un aboutissement ;

- les maîtres à penser. Parmi eux, on peut citer Léo Strauss, un philosophe charismatique ayant fuit le nazisme vers les E.U. et s’opposant à la contre-culture des années soixante, ou encore son disciple Allan Bloom, qui dénonça la "régression morale et intellectuelle de l’Amérique" ;

- les vecteurs de communication : la presse avec des organes comme The Weekly Standard ou Commentary et les think-tanks tels l’American Enterprise Institute ou le Project for the New American Century ;

- les initiatives avortées, The Defense Policy Guidance of 1992, rédigée par Paul Wolfowitz, aidé de Zalmay Khalilzad . Ce document développait le concept de "préemption", concept réapparu en 2002 pour justifier l’intervention de la coalition en Irak ;

- et finalement le grand projet de « guerre contre la terreur ».

Au cours de la démonstration que fait l’auteur sur les véritables projets (i.e. établir une guerre permanente) et motivations (i.e. redéfinition des équilibres et des partenariats géostratégiques mondiaux) de cette "guerre contre la terreur", la question de la quatrième guerre mondiale et de sa pertinence est abordée en ces termes :

« le terrorisme constitue-t-il la "quatrième guerre mondiale" ? [...]
A proprement parler, le terrorisme n’est pas une guerre, et c’est
même exactement son contraire
[...] associons maintenant "guerre" et "mondiale" et l’on arrive à une aberration. »

Il réexamine les données fondamentales qui permettent de définir une situation de guerre et constate que dans le cas d’Al-Qaida, cette organisation ne constitue pas une organisation étatique, ni n’implique d’armée régulière, ou irrégulière. En outre, la limite de 1000 victimes par les armes parfois retenue pour qualifier un conflit armé de « guerre » pose problème dès lors que les victimes n’étaient pas des combattants.

Il apparaît donc nettement au travers de cette argumentaire que l’objectif de lutte contre le terrorisme est, d’après l’auteur, un alibi pour de projets en réalité bien plus vastes visant à imposer la démocratie, la liberté et la modernité dans leur acception américaine néo-conservatrice, afin de permettre aux zones instables du monde d’évoluer, selon le scénario suivant :
« à terme, la démocratisation de la zone apporterait la paix, la croissance économique et la modernisation et infligerait un coup fatal à l’islamisme radical et au terrorisme. »

La logique est claire, les objectifs sont connus, les hommes sont en place : il semble donc que ce soit bien, comme l’indique l’auteur, une stratégie de long terme qui soit désormais en marche.