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Aujourd’hui, ce 13 février 2010, Gerboise Bleue a 50 ans

dimanche 14 février 2010, par Philippe Wodka-Gallien

13 février 1960, à 7 H 04, à Reggane, dans le sud de l’Algérie, la France fait éclater son premier engin nucléaire, une bombe A à fission. Nom de code Gerboise Bleue. Fixé au sommet d’un mât, l’engin dégage une énergie de 60 kt, quatre fois la puissance de l’arme d’Hiroshima.

7 H 10, à l’Elysée, le général de Gaulle, inquiet appelle Pierre Messmer, son ministre de la défense. « Alors Messmer ? ». Réponse du fidèle ministre : « Tout a très bien marché ». Réplique cinglante du général : « un peu plus, et je l’apprenais par la radio ».

7 H46, le général écrit ce message de félicitations à destination de Pierre Guillaumat, un des artisans de la bombe française et Ministre de la recherche : « Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière. Du fond du cœur merci à ceux qui ont pour elle remporté ce magnifique succès. ».

L’arme nucléaire, une arme politique

Le 3 novembre 1959 lors d’une conférence à l’Ecole Militaire. Ce jour là, Président de la république, le général de Gaulle déclare : « Il faut évidement que sachions nous pourvoir, au cours des prochaines années, d’une force capable d’agir pour notre propre compte, de ce qu’on est convenu d’appeler une force de frappe susceptible de se déployer à tout moment et n’importe où. Il va de soi qu’à la base de cette force sera un armement atomique. ».
Le test du 13 février 1960 replace la France dans le club des grands tout en répondant à son besoin multiséculaire de sécurité de ses intérêts vitaux. Preuve de la dimension politique que le général de Gaulle attribue à l’arme nucléaire : le second essai est réalisé lui aussi avec succès quelques semaines plus tard, le 1er Avril, à l’occasion de la visite de Nikita Khrouchtchev en France. Le 14 janvier 1963, l’homme du 18 juin pose les termes d’une nouvelle stratégie de défense : « Nous sommes à l’ère atomique, et nous sommes un pays qui peut être détruit à tout instant, à moins que l’agresseur ne soit détourné de l’entreprise par la certitude qu’il subira, lui aussi des destructions épouvantable ». C’est la dissuasion.

Pour Charles de Gaulle, la défense de la France doit être française. Dès lors, en l’absence de coopération avec les Etats-Unis sur les vecteurs et les armes, la LPM votée, la France développe et fabrique seule en une décennie :
- 60 Mirage IV (livrés en 2 ans), avec bombe AN21/AN22,
- les SNLE (le premier est admis en service actif en 1971, le 2ème en 1973) et le Plateau d’Albion, ainsi que leurs missiles,
- les moyens de commandement et de transmission associée.

La construction d’un consensus national

Malgré le succès de Reggane, la « Force de frappe » est encore loin de faire consensus. Pour faire adopter la première LPM portant sur la force nucléaire, Michel Debré doit engager, par trois fois, sa responsabilité en activant l’article 49-3 de la constitution.

En 1970, selon un sondage IFOP, 40 % des personnes interrogées seulement font confiance à la dissuasion pour assurer la sécurité. Un important travail pédagogique permet peu à peu d’emporter l’adhésion d’une majorité de Français. Il s’exerce via tous les relais à disposition, par exemple l’IHEDN en direction des élites. Le service national joue aussi son rôle, tout comme la télévision. Le ralliement du Parti communiste en 1977 élargit l’ampleur du soutien. Elu en 1981, François Mitterrand renforce la place de la Force de frappe dans la politique de défense.

Ce qui forge le consensus en France, c’est que la Force de frappe est nationale, qu’elle est construite en toute souveraineté par les Français. Son autre point fort, c’est qu’elle répond au principe de suffisance, ce qui la rend abordable au plan financier, avec un excellent rapport coût - efficacité en termes de défense.

La force de frappe aujourd’hui

La Force de frappe française, ce n’est désormais plus que trois cents têtes nucléaires environs, portées par les missiles M45 (demain M51) des quatre SNLE NG, un ou deux étant en mer en permanence. La FOST est complétée d’une composante aérienne d’une cinquantaine de chasseurs-bombardiers Mirage 2000 N et Rafale. Un arsenal qui a donc été divisé par deux en 15 ans. La France tire de sa dissuasion une armée mieux équipée que si elle avait fait le pari du conventionnel exclusif. La force de frappe ouvre sur des disciplines à forte dualité militaire et civile : commandement, transmission, guerre électronique, programmes aéronautiques, sans parler d’Ariane et de l’informatique. Elle a justifié des programmes indispensables aux forces classiques : avions de patrouille maritime, ravitailleurs en vol, avions radar Awacs, chasseurs de mines, pour n’en citer que quelques uns, le tout accompagné d’un gros effort sur la fiabilité des matériels.

Aujourd’hui, 50 ans après le test du 13 février 1960, et 210 essais plus tard – le dernier, le 27 janvier 1996 - l’effort de recherche s’incarne dans le programme Simulation. Il fait suite à la signature par la France du traité TICE en 1998, le traité d’Interdiction complète des essais. Le programme Simulation permettra de garantir la fiabilité des armes et placera la science française au plus haut niveau mondial, notamment avec le Laser Mégajoule et le super calculateur TERA. L’essai réussi du missile M51, le 17 janvier 2010 montre la maîtrise des ingénieurs français pour concevoir une nouvelle famille de vecteurs. Sa porté de 8000 km apportera une dissuasion tous azimuts, et ce depuis les eaux territoriales françaises.

Que dit aujourd’hui Nicolas Sarkozy sur la dissuasion ? On se reportera à son discours prononcé en Mars 2008 à Cherbourg devant le SNE Le terrible. Le président de la république a rappelé que l’arme nucléaire est d’abord strictement défensive : « L’emploi de l’arme nucléaire ne serait à l’évidence concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense, droit consacré par la Charte des Nations Unies ». Dans le sens donné par tous les présidents de la Vè République, pour lui « la dissuasion nucléaire protège le pays de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux – d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme ». Avec son potentiel de riposte, provoquant des destructions inacceptables, l’arme nucléaire reste pour la France l’instrument suprême de sa défense face aux menaces majeures. Sur deux dossiers très actuels, on note une très grande grande fermeté sur le dossier iranien et une approche qui se veut réaliste devant l’initiative « Global Zero ».


Quelques livres, pour en savoir plus sur l’épopée nucléaire française

- Les moyens de la puissance. Les activités militaires du CEA (1945-2000) Jean-Damien Pô. Ellipses. Fondation pour la Recherche Stratégique. 2001.
- Histoire secrète de la bombe atomique française. André Bendjebbar. Ed Le Cherche Midi Editeur. 2000.