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La France et l’ONU

samedi 25 septembre 2004, par François Géré

« La France et l’ONU », Interview de François Géré dans Libération, par Jean-Dominique Merchet, 25 septembre 2004.

Pensez-vous, au vu des premières réactions négatives, que la France vient d’ouvrir la boîte à claques ?

Il y a énormément de coups à prendre dans cette affaire ! On risque de susciter beaucoup de frustrations, car la proposition française pourrait vite apparaître comme un tour de valse qui ne débouchera sur rien, à cause des blocages au Conseil de sécurité. Et, surtout, on ravive les vieilles rivalités entre de nombreux pays. Bref, pas mal de coups de manivelle en retour...

Pourquoi la France propose-t-elle d’élargir le Conseil de sécurité ?

Paris veut à la fois rééquilibrer le Conseil de sécurité au détriment des Etats-Unis et lui donner plus de crédibilité. Aujourd’hui, Washington peut compter sur le soutien de Londres et la passivité bienveillante de Moscou et Pékin. De nouveaux membres permanents, tels l’Allemagne ou le Brésil, viendraient renforcer la position internationale de la France, croit-on à Paris.

Revenons sur les conflits que suscite le choix de nouveaux membres permanents.

On retrouve d’abord les « couples maudits », c’est-à-dire les rivalités historiques. Ainsi, l’Argentine et le Chili, voire le Mexique, n’acceptent pas l’idée que l’Amérique latine soit représentée à l’ONU par les Brésiliens qui ne parlent pas l’espagnol. Autre exemple : la Chine n’a aucune envie de voir le Japon et l’Inde, les deux autres puissances asiatiques, accéder au même statut international qu’elle.

Et il n’y a aucun pays musulman dans la liste.

En effet, mais lequel choisir ? L’Indonésie pourrait être candidate, mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Faisons attention, si on entre dans cette logique religieuse ou ethnique, d’autres feront remarquer qu’il y a plus de Jaunes que de Noirs, etc. L’idée retenue est que chaque continent soit représenté par un pays stable, économiquement puissant et respectant les droits de l’homme.

Justement, l’Afrique ? La France propose un « pays africain » sans citer de nom. Pourquoi ?

Parce qu’elle ne veut pas mécontenter ses clients et ses petits alliés africains. Et que c’est un choix extrêmement difficile. L’Afrique du Sud serait le meilleur candidat, mais dans le même temps le Nigeria est le pays le plus peuplé du continent et une grande puissance pétrolière. Les Etats de l’Afrique francophone veulent-ils vraiment que Pretoria ou Lagos parle en leur nom ?

Et en Europe ?

On va se retrouver avec une querelle entre les grands et les moins grands. Plutôt qu’un siège pour l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne souhaitent que l’Union européenne ait son propre siège...

Qu’en pensent les Etats-Unis ?

L’administration Bush ne porte pas les Nations unies dans son coeur. Elle est hostile à la modification du statu quo, qui ne se ferait d’ailleurs pas à son profit. Mais cette question est un clivage avec les démocrates de Kerry. Ceux-ci souhaitent que les Etats-Unis s’investissent à fond dans cette réforme pour renforcer les positions américaines.