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Le syndrome iranien

dimanche 6 février 2011, par François Géré

L’embarras de l’administration Obama et des gouvernements occidentaux à l’égard de la crise égyptienne suscite interrogations et critiques. Il est d’abord demandé au président Moubarak de se retirer au plus tôt. Ensuite, avec moins de fermeté, on lui conseille d‘organiser une transition sans violence sur la base d’élections véritablement démocratiques.

Derrière ces tergiversations se profile le syndrome de l’Iran en 1979. Le Shah avait vu l’administration Carter l’abandonner au nom des droits de l’homme. Il lui fut demandé de se retirer au plus tôt afin de laisser la place aux représentants du sentiment populaire qui s’exprimait par des manifestations massives. Un des principaux adversaires du régime, l’ayatollah Khomeiny revint en Iran, laissant son exil français de Neauphle-le-château. Nombre de personnalités modérées, libéraux ou sociaux démocrates, tant laïcs que religieux, comme Shariat Madari, Mehdi Bazargan, Shapour Bakhtiar apparurent comme des recours rassurants. Mais la diversité des opposants eut tôt fait de favoriser les extrémistes : les marxistes-léninistes, le parti communiste Toudeh et, bien sûr, les religieux shiites radicaux. On connaît la suite. Habilement, Khomeiny élimina ses opposants qui reprirent le chemin de l’exil ou de l’action clandestine violente. Le personnel de l’ambassade des Etats-Unis fut pris en otage tandis que s’imposait une république islamique anti occidentale et foncièrement hostile à l’état d’Israël.
C’est un scénario de ce type que les Etats-Unis cherchent aujourd’hui à éviter sans parvenir à identifier des interlocuteurs qui soient assez fiables et assez puissants pour établir une démocratie durable. Certes le retour au statu quo ante est devenu impossible mais la diversité des candidats au pouvoir rend aléatoire la formation d’un gouvernement de coalition stable.

Contesté par les Etats occidentaux durant ses mandats de directeur de l’AIEA [1], M. El Baradei est aujourd’hui considéré par ces mêmes Etats comme un recours. Mais cet habile diplomate ne dispose pas d’une implantation suffisante pour être plébiscité par la rue égyptienne.
Les Frères musulmans affaiblis et divisés ne constituent pas une force déterminante. Loin d’être les islamistes radicaux que l’on dépeint hâtivement, ils peuvent cependant être débordés par des éléments salafistes violents dont l’Egypte reste le berceau historique. On voit mal Ayman al Zawahiri « adjoint » de Ben Laden rester inactif devant l’opportunité qui s’offre. Pour autant Al Qaida ne rassemble pas des organisations puissantes. Cependant la surenchère sur fonds de chômage et d’exaspération contre la corruption peut finir par faire basculer la population vers l’islamisme radical.
Trop proche du pouvoir pour briguer la succession de M. Moubarak, le puissant général Souleimane, peut servir d’intermédiaire et d’éminence grise pour un gouvernement de transition ayant l’aval de l’armée. Celle-ci, soucieuse de ne pas prendre parti, constituerait l’ultime recours contre le chaos.

Les Etats occidentaux ne disposent donc que d’une marge d’une étroite marge de manœuvre. L’assistance économique américaine à hauteur de 1 milliards,5 $ par an n’est pas suffisante pour infléchir une tendance. Il en va de même des offres récentes de l’UE.
Les dés roulent sur la scène égyptienne. Et le syndrome iranien n’est pas près de s’éloigner.

Notes

[1Agence internationale de l’énergie atomique