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La Ballisitic Missile Defense Review de 2010

mardi 1er septembre 2015, par Alexis Baconnet

La Ballisitic Missile Defense Review (BMDR) de 2010 est le document programmatique présentant les politiques et stratégies américaines en matière de défense antimissile balistique (DAMB) [1]. Elle est centrée, comme son nom l’indique, sur la défense antibalistique en raison de la crainte des proliférations quantitatives et qualitatives, nucléaires et balistiques [2].

Son ambition est de protéger le territoire américain contre les menaces de longues portées (salve d’un petit nombre de missiles) et les troupes américaines déployées de par le monde ainsi que les alliés et partenaires, notamment en édifiant des défenses régionales dans le monde contre les menaces balistiques de portées courtes, moyennes et intermédiaires. Sont expressément visées les menaces posées par la Corée du Nord, l’Iran, la Syrie et les entités non gouvernementales comme par exemple le Hezbollah.

La BMDR estime que s’il existe une incertitude quant au moment de l’arrivée à maturité de la menace balistique contre le territoire américain, il n’y a cependant pas de doute quant à l’existence de menaces balistiques régionales.

Aussi est-il prévu de : maintenir les capacités opérationnelles de défense du territoire américain en Alaska et en Californie ; de terminer le second parc de 14 silos en Alaska, de déployer de nouveau capteurs en Europe en direction du Moyen-Orient, en particulier de l’Iran ; d’investir dans le développement du système antimissile de théâtre SM-3 ; d’accroître l’investissement dans des capteurs et des systèmes de destruction précoces des missiles ; de poursuivre les améliorations du système Ground-base Midcourse Defense (GMD) [3] et de développer la prochaine génération de capacités antimissile.

D’après la BMDR, la DAMB concoure à l’entretien d’une dissuasion élargie. Une DAMB intégrée régionalement est recherchée, en fonction des impératifs de dissuasion et de défense régionaux, sur la base de la coopération. Eu égard aux possibilités de changement de la menace, les capacités développées doivent être relocalisables. Un des buts poursuivi par le développement d’une DAMB est de dissuader les adversaires potentiels de se doter et d’user de missiles balistiques.

La DAM du territoire américain est assurée par la GMD basée à Fort Greely (Alaska) et Vandenberg (Californie). Elle assure une protection contre une attaque limitée, notamment en provenance de Corée du Nord et d’Iran.

Quant aux moyens dédiés à la protection contre les menaces de courtes et moyennes portées, le document rappelle que les progrès américains des dernières années offrent de nouvelles capacités et que les Etats-Unis ont développé des moyens de protection de courte et de moyenne portée : systèmes antimissiles Patriot [4] pour la défense de sites ; Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) pour la défense de zones ; intercepteurs SM-3 Block IA [5] (au sein du système naval Aegis) ; radars de détection et de poursuite AN/TPY-2 en bande X ; capteurs basés dans l’espace. Une version terrestre d’un intercepteur de type SM-3 (Aegis Ashore) et des moyens aériens feront l’objet d’investissement de développement. Concernant le futur, s’il est prévu que le programme antimissile basé sur la technologie du laser embarqué sur Boeing-747 (Airbone Laser) soit remis en question en raison des retards accumulés et des problèmes techniques rencontrés, il est affirmé que la recherche sur le potentiel des systèmes à énergie dirigée pour la défense antimissile sera poursuivie.

Concernant la coopération en matière de DAM, celle-ci est envisagée à travers une « approche adaptative phasée » conforme aux menaces et à la situation propre à chaque région. L’« approche adaptative phasée » doit être menée selon une relation de coopération et un partage approprié des coûts. En Europe la coopération doit se faire dans le cadre de l’OTAN, en Asie du Nord-Est dans un cadre bilatéral (Japon, Corée du Sud et Australie), au Moyen-Orient avec les partenaires (Israël et d’autres Etats non mentionnés). Cette coopération cherche par ailleurs à inclure la Russie (partage des moyens de détections, possible coopération technique voire opérationnelle) et à dialoguer avec la Chine pour accroître la transparence et réduire le manque de confiance sur les questions stratégiques. Toutefois, les Etats-Unis reconnaissent que seules la Russie et la Chine disposent de larges capacités balistiques pour mener une attaque contre le sol américain, et que ces Etats sont des partenaires importants pour le futur. Tout en précisant que l’Amérique ne croit pas au caractère inévitable d’une hostilité ou d’une adversité entre elle et la Chine.

Il est par ailleurs souligné qu’il existe une certaine incertitude quant au futur, avec la menace de transfert d’ADM d’un Etat vers une entité non gouvernementale, comme le Hezbollah. Enfin, il est affirmé que la perception des menaces représentées par la Corée du Nord et l’Iran est partagée par les alliés et partenaires de l’Amérique.


Alexis Baconnet est chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS).


Pour une analyse critique de la défense antimissile sous égide américaine et donc de la BMDR 2010, cf. notre article « Les angles morts de la défense antimissile », Institut français d’analyse stratégique (IFAS), 1er septembre 2015.

Notes

[1En dépit de son intitulé, la BMDR contient en germes la défense antimissile (DAM) générale puisqu’elle envisage la connexion de la DAM de territoire américaine aux DAM de théâtres d’autres régions. Or, les systèmes d’armes antimissiles développés par les Etats de ces différentes régions et/ou ceux qui y sont déployés par les Etats-Unis détiennent pour certains des capacités antiaériennes (aéronefs, drones, missiles de croisière). Au-delà d’une annonce antibalistique, le projet présenté dans la BMDR ne s’oppose pas à la prise en compte ultérieure des autres vecteurs et porteurs susceptibles de constituer des menaces.

[2Les vecteurs balistiques sont historiquement les principaux moyens de délivrance d’une frappe nucléaire en raison de leur portée, de leur précision et de la multiplicité des cibles pouvant être traitées par un missile mirvé.

[3Anciennement dénommée National Missile Defense.

[4La dernière génération de Patriot, les PAC-3, dispose d’une capacité d’interception contre les missiles de croisière.

[5Le SM-3 Block IB, évolution du IA, dispose d’une capacité d’interception contre les missiles de croisière.