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Les nouvelles donnes du terrorisme

dimanche 5 septembre 2004, par François Géré

« Les nouvelles donnes du terrorisme », interview de François Géré dans Réforme , par Nathalie de Senneville-Leenhardt, 5-9 septembre 2004.

Le terrorisme politique des années 70 et le terrorisme religieux d’aujourd’hui ont-ils des points communs ?

François Géré : Pour caractériser les formes les plus récentes du terrorisme depuis une dizaine d’années, on parle en effet de terrorisme religieux. On utilise ce terme car ces mouvements agissent au nom d’une conception du monde liée à une religion. Aujourd’hui, l’islam radical est particulièrement actif mais existait aussi, il y a quelques années, un radicalisme juif. Et de nombreux mouvements - et l’actualité tchétchène nous le rappelle - mêlent à leurs préoccupations classiques de type nationaliste une dimension religieuse. Dans les années 70, le terrorisme est laïc, international et internationaliste, que ce soit les Brigades rouges italiennes, la Fraction armée rouge allemande, l’Armée rouge japonaise. Ces groupuscules sont d’abord anti-impérialistes et ont pour cible principale les Etats-Unis. Partageant des idéaux communs, ils peuvent être les commanditaires les uns des autres. Il existe entre eux des réseaux de complicité, de solidarité. Les terrorismes religieux, aujourd’hui, développent des phénomènes identiques. Ils se retrouvent sur une idéologie d’islamisme radical, ancrée dans le wahhabisme et, de façon plus ancienne, le salafisme.

Différents groupes se relaient en effet, des Balkans à l’Indonésie, en passant par l’Iran, l’Irak et l’Arabie Saoudite. De plus, ces mouvements cherchent à pénétrer les communautés musulmanes implantées de longue date en France, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne. Ils en ont fait leur cible idéologique. Comme dans les années 70, ces mouvements ont une cible commune : les Etats-Unis et leur allié, Israël. Mais les raisons sont différentes : il ne s’agit plus d’anti-impérialisme économique ou politique. Les interprétations sont désormais religieuses.

Les méthodes ont-elles, elles aussi, évolué ?

On assiste, en effet, à une radicalisation des modes de fonctionnement. D’abord par l’acceptation de l’indiscrimination des victimes. Certes, les prises d’otages dans des avions ou dans des écoles durant les années 70, par exemple avec le terrorisme palestinien, comportaient aussi cet aspect. Mais on assiste à un changement d’échelle. Autre nouveauté : le recours de plus en plus fréquent aux kamikazes. La dimension sacrificielle du terrorisme se généralise. Aux martyrs chiites se joignent aujourd’hui des martyrs sunnites. L’apparition des femmes parmi les kamikazes est aussi frappante, même si on ne peut oublier qu’il y a toujours eu des femmes dans les groupuscules d’extrême gauche.

Quelle analyse portez-vous sur l’actualité tchétchène et ses drames ?

Ce terrorisme condense selon moi assez bien la triple composante de nombreux mouvements aujourd’hui. Il y a en effet une dimension nationaliste, une composante religieuse et un désir de vengeance. Dans les récits sur les fem¬mes kamikazes, on retrouve tou¬jours ce désir de se venger de la mort d’un proche. C’est d’autant plus marquant qu’en principe l’is¬lamisme radical interdit la ven¬geance individuelle. Le sacrifice ne peut se faire qu’au nom de Dieu.

Que révèle la crise des otages français en Irak ?

Elle présente un développement assez complet de ce que peut faire une communauté musulmane intégrée dans une société civile. La communauté musulmane fran¬çaise a fermement affirmé sa place et s’est différenciée des idéologies extrémistes, en dénonçant des pra¬tiques qu’elle réprouve. Mais le pro¬blème reste entier : comment faire pour que l’islam humaniste ne soit pas submergé ? Le débat doit avoir lieu au sein des communautés mu¬sulmanes, avec le soutien des pou¬voirs politiques qui, parallèlement, doivent continuer à lutter contre l’implantation de réseaux terro¬ristes. Il s’agit bien d’une lutte au sein du monde musulman mais en aucun cas d’un choc ou d’une guerre des civilisations.

Quels sont pour vous les grands axes des politiques antiterroristes ?

Je pense qu’il s’agit d’une communauté d’actions. Tout d’abord sur le terrain idéologique, il est impératif de délégitimer les idéologies salafiste et wahhabite. Il faudra bien qu’un jour les complicités, les responsabilités soient publiquement dénoncées. Jusqu’à quand le régime saoudien restera-t-il financier de courants idéologiques extrémistes qui alimentent le terrorisme ?Retour ligne automatique
Et puis, il faut une lutte policière, bien sûr, mais aussi militaire On ne peut, comme dans les années 80, laisser prospérer des camps d’entraînement où des milliers de jeunes viennent se former aux techniques de guérilla et du maniement d’explosifs. Il faut occuper tous ces terrains simultanément. Et sans contradiction, sinon l’action politique peut tout réduire à néant.Retour ligne automatique
Les tortures à la prison d’Abou Ghraib en Irak ont donné des arguments aux plus radicaux des islamistes. Attention aux dérapages.