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Le nouveau livre blanc suédois

La défense de la Suède ; une défense plus forte pour un temps inquiet

vendredi 30 mai 2014, par Lars Wedin

Le nouveau livre blanc suédois – ou rapport du « Comité chargé de préparer la défense » dans une traduction littérale – a été publié le 15 mai 2014. Il aurait dû être publié fin mars, mais la crise en Ukraine a complètement bouleversé le paysage sécuritaire suédois. Le comité avait en conséquence reçu un sursis.

Le présent article contient deux parties. La première est une brève présentation du résultat du comité, basée sur des articles de presse. La seconde est un discours du ministre de la Défense, Mme Karin Enström, tenu le 15 mai à l’occasion d’une grande conférence internationale de l’Académie royale des sciences de la guerre sur la pensée militaire du XXIème siècle. Pour des raisons pratiques, la version anglaise est retenue. Dans le contexte politique actuel, ce discours doit fidèlement présenter la politique du Gouvernement.

Le nouveau livre blanc suédois : « La défense de la Suède ; une défense plus forte pour un temps inquiet »

Introduction

D’abord quelques mots sur la procédure suédoise. Les préparations pour une nouvelle loi de programmation – nous utilisons ici la terminologie française – comprennent trois phases : un « livre blanc » qui fait l’analyse de la situation stratégique dans le monde et surtout en Europe du Nord ; un autre « livre blanc » qui donne des recommandations précises pour le développement des forces armées dans les prochaines années ; et, enfin, une décision du Parlement sur la base d’une proposition gouvernementale. Cette procédure se répète, normalement, tous les cinq ans.

Les travaux se font au sein d’un comité dans lequel tous les partis du Parlement ont un ou plusieurs membres en fonction de leurs forces relatives et des experts, civils et militaires. La règle générale est que la commission doit parvenir à un accord, du moins sur ses grandes lignes.

Le Parlement devra prendre sa décision pour une nouvelle loi de programmation en 2015.

Une brève présentation

Le livre blanc représente un virage complet d’une Défense axée sur les opérations dites de maintien de la paix, et donc essentiellement extérieures, vers une défense plutôt territoriale. Après des années de réductions et des suppressions, la Défense sera renforcée. Son nom, « La défense de la Suède ; une défense plus forte pour un temps inquiet », parle d’évidence. La pendule revient en arrière.

Le livre blanc de 2004 n’avait pas indiqué une menace claire contre la Suède. Le suivant, en 2008, voyait le climat comme la menace principale. Maintenant, le comité indique clairement une Russie réarmée comme imprévisible et déstabilisante. Des anciennes formules comme « la Suède ne sera pas menacée dans un proche avenir » n’y sont plus. Au contraire, le comité souligne que des changements viennent vite, sont complexes et difficiles à anticiper.

Le comité ne croit cependant pas à une attaque qui viserait seulement la Suède. En revanche, la Suède pourrait être impliquée dans des crises, des incidents et, à long terme, menacée d’une attaque. « L’attaque russe contre l’Ukraine comprend un risque aggravé aussi dans notre voisinage. »

La priorité est désormais de défendre la Suède et son voisinage. Il y aura quand même des unités de la Marine et de l’armée de Terre en alerte pour des opérations de maintien de la paix. Il n’y aura pas plus d’unités – sauf dans deux cas – mais il n’y aura pas de réductions non plus, ce qui avait été envisagé auparavant. Il faut rappeler qu’il y a un an, le CEMA suédois avait annoncé la nécessité de supprimer toute une armée – vraisemblablement la Marine – afin d’être en mesure de tenir le budget.

L’année dernière, il s’est produit plusieurs incidents au cours desquels les unités russes se sont montrées très provocatrices. Il y eut notamment un grand exercice aérien avec des bombardiers russes simulant des attaques nucléaires contre la région de Stockholm. Mais l’armée de l’Air n’avait pas d’avions en alerte. Le comité souligne en conséquence la nécessité d’avoir des unités aériennes et navales immédiatement disponibles. La priorité absolue est d’ailleurs d’accroître la capacité des unités opérationnelles.

Comme « dans les anciens temps », il y aura des exercices militaires coordonnés dans des régions stratégiquement importants comme Stockholm, Gotland (la grande île au centre de la mer Baltique) et la mer Baltique dans son ensemble. Gotland, d’une très grande importance stratégique dans chaque crise baltique, n’aura pas de nouvelles unités – l’île est aujourd’hui sans défense – mais il y aura des exercices avec des unités venues du continent. Il y aura aussi peut-être des missiles mer-mer basés à terre.

L’armée de Terre comprend aujourd’hui sept bataillons (autour de 1 000 hommes chacun) plus le bataillon amphibie de la Marine. Il ne s’agit pas d’unités légères conçues pour des missions extérieures. Tout cela sera supprimé. Cependant, les bataillons seront organisés en deux brigades plus lourdes (120 chars de combat). Le bataillon amphibie sera à nouveau spécialisé dans la lutte amphibie dans les archipels suédois et mieux adapté au transport par mer.

Le nombre des avions de combat – la nouvelle version JAS 39E – sera de 70 au lieu de 60 comme prévu plus tôt. Le nombre de sous-marins sera accru de quatre à cinq. La Marine va augmenter son personnel de 100 à 150 marins afin d’accroître son endurance à la mer. La Marine et l’armée de l’Air seront en principe entièrement professionnalisées alors que l’armée de Terre aura en principe des militaires sous contrat qui ne serviraient qu’en cas de besoin. Il y aura quand même un noyau professionnalisé pour des missions de maintien de la paix.

Les dix dernières années, le Gouvernement a eu comme stratégie d’industrie de défense d’acheter « sur étagère ». Une grande partie de l’industrie a été vendue à l’étranger. Cela n’a pas marché. Le Gouvernement va donc essayer de recréer une industrie même si elle sera plus réduite qu’auparavant. La priorité est donnée à l’industrie aéronautique et à la construction de sous-marins.

Pendant la guerre froide, la Suède avait une importante « défense civile », qui maintenant est supprimée. Elle sera recréée sous une nouvelle forme. La coopération entre les ressources civiles et militaires sera accrue.

Le comité n’a pas pu abandonner l’idée que la Suède doive se tenir hors de l’OTAN. Cependant, le comité envisage que la Suède prenne des accords de principe avec des pays de l’OTAN afin d’être en mesure d’accueillir des unités terrestres, navales et aériennes. La politique dite de neutralité de la Suède serait réduite mais sans entrer pour autant dans l’Alliance atlantique.

On se demande si cette politique est tenable. L’ambassadeur américain à Stockholm a clairement indiqué que l’OTAN ne défend que ceux qui en sont membres. Il est aussi bien connu que certains pays membres de l’OTAN trouvent que la Suède tire trop de bénéfices « gratuitement » de sa coopération très étroite avec l’OTAN.

En tout cas, en fin mai 2014, la Marine participe à des exercices de l’OTAN en mer Baltique qui visent à montrer la solidarité envers les pays baltes. Le gouvernement suédois a aussi donné le feu vert pour des survols d’avions E-3 Sentry AWACS, équipés d’un système de détection et de commandement aéroporté (SDCA), en route entre la Norvège et la Pologne.

En ce qui concerne l’économie, il n’y a pas de vraie unanimité. Il y a un accord pour renforcer le budget de Défense avec 5,5 milliards de SEK (environ 500 M€) jusqu’en 2018. Cependant, les Sociaux-démocrates veulent ajouter encore 900 millions de SEK alors que le Gouvernement veut commencer la période avec une nouvelle réduction avant d’accroître le budget. Les Verts veulent plutôt réduire le budget. Il faut savoir que la cour des Comptes estime qu’il y a aujourd’hui un déficit budgétaire de 2 à 3 milliards de SEK entre l’organisation actuelle et l’organisation prévue par l’ancienne loi de programmation. L’organisation dite IO14 aurait dû entrer en vigueur dès 2014 mais elle est actuellement retardée jusqu’en 2023 environ.

Discours de Mme Karin Enström, ministre de la défense le 15 mai, 2014

Military Thinking in the 21st Century

Ladies and Gentlemen, distinguished guests. I first would like to thank Kungliga Krigsvetenskapsakademien for the invitation to speak at this conference. This conference is both important and timely. For 200 years, the Swedish defence has provided a threshold to deter against military aggression or threats. That is also the “raison d’être” for our armed forces today and in the future. As we have been reminded by recent events, military force continues to play an important role in international politics. Military thinking is centred on the concept of force ; the use of force or the threat of its use. Great military thinkers are found throughout history and many of their ideas remain valid, even though technology and society change. The discussions at this conference will provide perspectives on current events. I am convinced that understanding military thinking is essential for our ability to meet the challenges to our security. It is a necessary element when shaping our own policies in response. Defence Policy and its associated strategies must be based on understanding the fundamental principles of conflict and war (old and new) and the way those principles are applied.

I think it is fair to say that warfare always mirrors society. As society grows more complex so does warfare.

***

Military conflicts are part of a more complex setting than ever before.

Yet complexity does not always equal change, and to tell the difference between old and new is not always easy. Old methods applied in new settings might seem more revolutionary than they really are. Russia’s acting in Ukraine can pose as an example. The first thing that strikes me is that rationality is not given. What is a rational action from one perspective is not always rational from that of an adversary. Thus we must be cautious not to let our own values, hopes and convictions cloud our judgement when we try to assess the actions and intentions of other actors. I will return to Ukraine and Russia later in my speech.

Earlier this year, the Swedish Defence Research Agency published a study by Krister Andrén on Swedish Defence Policy and the task of the Armed Forces to deter any potential aggressor who might consider using military force against Sweden. Among other things, this study reflects on how the military-technological developments shape the conditions of warfare as well as how societal changes have increased the vulnerabilities of modern western countries.

The study also raises the important question whether defensive measures alone can provide sufficient deterrent in the future ? It highlights the necessity for small countries to address national defence policy in a regional and wider international context.

Technological progress has always had an impact on warfare. Today, the development of long-range precision systems allows for new offensive as well as defensive measure. Technologically advanced Anti-Access/Area Denial systems highlights that weaponry are at least as important as their platforms. New technologies also provide new domains, relatively speaking, such as Cyber and Space to be used for offensive and defensive purposes. These new technologies, and our dependence on them, also make our societies a lot more vulnerable to anyone wanting to exploit this dependence.

***

I would like to take this opportunity to convey some Swedish perspectives on the situation in Ukraine. Sweden is deeply concerned about the illegal annexation of Crimea and the destabilizing Russian activities in Ukraine. These actions involve violation of international law, as well as a violation of the fundamental principles and international agreements that set the legal foundation of international peace and security.

All states have the right to territorial integrity and freedom to make their own political decisions. All states must refrain from the use of violence, or the threat of its use, directed against the territorial integrity or political independence of another state.

The current government of Ukraine is legitimate. Without clear support Ukraine’s stability risks being undermined even further. Supporting Ukraine as well as other countries in the Eastern Partnership is now more important than ever.

In parallel with the takeover of Crimea, Russia has continued to support unrest in eastern and southern Ukraine. This crisis is neither over nor do we know if it has passed its peak. And when the immediate crisis is over, there is a risk that a new status quo is established. We are concerned of the long-term as well as the short-term implications.

The Russian aggression and its operations in and outside of Ukraine follow a pattern of a “Hybrid Warfare”. Power is being projected simultaneously in all domains by a mix of state and non-state actors in a clearly coordinated fashion and seemingly with clear and determined goals. This Hybrid warfare is made possible by the fact that there is a clear and credible conventional, as well as nuclear, military capability underlining Russian actions.

In recent years we have seen an increase in Russian military spending. Russia has now clearly demonstrated its capability to plan and execute complex joint military operations. More importantly, Russia has shown a willingness to use military means alongside other tools to achieve her goals.

The Russian aggression in Ukraine is perhaps an example of a kind of conflict, where old methods are used in new ways, in new domains and with old as well as new technologies.

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Implications of “hybrid warfare”, COIN-operations and technological development will continue to evolve military thinking and the principles of warfare. As stabilization and counter-insurgency operations are winding down, we should care for the lessons we have learned.

At the same time we must remind ourselves that our Armed Forces must have the ability to fight in high intensity conflicts against technologically advanced adversaries. Military force is de facto part of the potential “tool-box” of states and belligerent actors. The use of military force is a part of the comprehensive approach that constitutes the policies of a state, in peace and war, as well as in the grey zones that lie in-between.

The Russian aggression in Ukraine highlights our need to have available and usable military forces that can be deployed and used ; to provide stability and to deter aggression or defeat an aggressor.

These developments stress the importance of the on-going defence reform in Sweden and other countries. It is important to remember where we came from and why the reform was launched in the first place in 2009. Swedish security and defence policy have changed dramatically in the last 20 years. We have gone from a nonaligned country in Northern Europe to a highly globalised member of the European Union, a political alliance, and an active partner in international crisis management operations.

Meeting a security environment of growing complexity requires broad and flexible capabilities. Evolving from a territorial defence where quantitative numbers mattered more than quality, the reform will lead to a modern Armed Forces, available for operations and with increased capability to meet current and future challenges. With the reform, national defence tasks have been restored, contingency planning has been resumed, and a new mobilisation and readiness system has been implemented.

For the first time in many years, personnel and equipment are allocated throughout the Armed Forces. The reform is focused on enhancing the deterrent capability of the Swedish Armed Forces.

The defence reform is the sum of several parts. The fundamental elements have now been put in place. However, as the situation in Europe has changed, we need to adapt to the new challenges facing us, speed up the reform and review additional adjustments. We also need to increase training and exercises both nationally and together with other countries. This will require more resources.

A decision has already been taken to enhance the budget in order to allow for more complex exercises for soldiers and sailors with approximately 30 to 50 million euro yearly 2014 to 2017.

Activities and exercises in our vicinity are necessary for the development of our Armed Forces. A good example is from earlier this year, when Swedish aircraft participated in an air defence exercise, Iceland Air Meet, in Icelandic air space and under Norwegian command.

The crisis in Ukraine and the Russian aggression have profound implications for the security in Europe, including the Nordic-Baltic region.

The Swedish government recognizes this and has recently stated its intent to bolster the Swedish Defence. As I mentioned, the pace of the Swedish Defence Reform must accelerate and training and exercises must increase. Technological trends suggest that new capabilities should be considered.

I have proposed that long-range precision systems would raise the threshold and increase the deterrence of the Swedish Armed Forces. My governments’ proposal includes 10 additional Gripen -E fighters, a new surface to surface and air to surface missile, an increase in operative submarines, and a new medium-range Ground Based Air Defence system. In the short term we aim to increase our presence in the Baltic Sea and increase the number of exercises. From 2015 and onwards we continue to gradually raise the budget for both operations and procurement. In a ten year period a substantial increase in the defence budget is foreseen with approx. 10%.

This morning, the Swedish Defence Commission presented to me its report on the future Swedish Defence Policy, including their analysis of the consequences of the Russian aggression in Ukraine. It will be made public during the day. I welcome the report and note that the governments’ proposals for strengthening Sweden’s defence are included and supported by a broad majority.

***

From longbows to drones - the means with which we conduct wars will continue to evolve. New platforms will be developed, new arenas will be explored for military purpose and the interface between man and machine is likely to break new boundaries.

As a politician I cannot be content with the assumption that war is something inevitable or a given part of human societies. We, the world community must do better, and we will do better in resolving conflicts without violence.

When looking at our current challenges, it is worth remembering that despite ongoing conflicts, despite devastating wars during the last century, despite the many challenges ahead of us, violence has been in decline in the last centuries. This development is strengthened by increased respect for human rights, the rise of legitimate institutions and economic progress. The development of the European Union is a clear example of how regional peace can be promoted.

Even if the European Union has gone through internal problems in recent years, the Union has contributed to stability and prosperity in Europe for more than 60 years. This model has also spread outside of the EU, as it has served as inspiration for creating organizations such as ASEAN, Mercosur, and the African Union. It is also the prospects of living in a free, stable and decent society, that inspired Ukrainians to go to the Maidan and protest against political development going in the wrong direction.

The crisis in Ukraine shows the need for institutions such as the EU and NATO. It is when work together, when we stand up in unity for a free, democratic and open Europe, when we are at our best.

That belief is also at the core of our security policy : we will use our defence and security policy to safeguard peace and freedom - at home, in Europe and in other parts of the world.

To conclude, I wish you a successful conference, providing you with new and interesting perspectives on military thinking. Thank you !