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« Un Pentagone Français pour l’Europe »

mardi 22 février 2005, par Philippe Wodka-Gallien

ou la constitution du Centre de Commandement du Corps
de Réaction Rapide France de l’OTAN.

L’état-major du Commandement de la Force d’Action Terrestre est actuellement engagé dans un projet ambitieux, celui de la constitution d’un État Major de Corps de Réaction Rapide (CRR) pour l’OTAN. Autre signe fort pour l’Europe, ce commandement projetable prendra place en la citadelle de Lille, admirable réalisation de Vauban.
En ce début de XXIème siècle, le Corps de Réaction Rapide France de type PC HRF (High Readiness Force) se présentera donc comme une réalisation très concrète du concept du NATO Response Force (NRF) dont la réussite constitue un enjeu majeur de la transformation en cours de l’OTAN, comme l’a prévu en novembre 2002 le sommet de Prague.

Un commandement opérationnel en 2007 sur tout le spectre des engagements

L’objectif assigné aux États de l’Alliance est en effet aujourd’hui de créer des structures de commandement mieux adaptées à la gestion des crises, avec le contrat de pouvoir faire face à trois crises simultanées, cela sur tout le spectre des engagements. Dès lors, il convient de créer des forces agiles et interarmées, dans leurs architectures et leurs capacités.

À la demande du Président de la République, le CFAT est désormais totalement impliquée dans cette démarche. Sous la direction actuelle du général Thomann, le CFAT a ainsi reçu mission du CEMA en 2003 de mettre en place ce PC de Corps de Réaction Rapide pour l’OTAN selon le calendrier suivant : obtention de la certification technique initiale mi 2006 (IOC) et de la certification opérationnelle finale (FOC) au premier semestre 2007.

Cette entreprise a pour objet de créer un État-major multinational permanent de niveau Corps d’armée ou LCC, certifié par l’OTAN, dont 25 % des effectifs seront internationaux :

- prêt à se déployer sur un théâtre d’opérations comme PC de Corps d’Armée engerbant jusqu’à quatre Divisions, ou comme PC de LCC,

- apte à mener dans un environnement interarmées et multinational toute la gamme des opérations de la basse intensité à la haute intensité,

- et pouvant être engagé dans le cadre de l’OTAN, de l’Union Européenne ou sur décision nationale, c’est-à-dire dans une coalition ad hoc.

En termes d’effectifs, le PC HRF français comptera 400 militaires, dont 20 % environ provenant des partenaires de l’OTAN, chiffre pouvant être porté pour un engagement majeur à 670 avec la même répartition entre les français et les autres « otaniens ». Les forces terrestres nationales déployables dans ce contexte sont de l’ordre de 30 000 h, soit 1700 pour le commandement, 17 000 pour le combat et 12 000 pour les appuis et le soutien. Des forces alliées pourront être prises sous contrôle opérationnel par ce PC qui est organisé à cet effet.

Il faut aussi considérer l’ampleur de la tâche. La démarche de constitution d’un PC HRF OTAN est très contraignante : il y a huit catégories de critères, ce qui implique 1000 sous-critères à respecter, et la conformité à ces critères est indispensable pour recevoir le label OTAN.

Les huit catégories de critères sont les suivantes : niveau de préparation, réactivité, déploiement / mobilité, connectivité, appuis / soutien / support, multinationalité, doctrine et entraînement, statut juridique international.

Les enjeux politiques et technologiques

Outre les aspects militaires, l’enjeu est donc aussi politique : le tournant NRF devait absolument être pris par les forces terrestres françaises, au risque pour elle de manquer un rendez-vous essentiel de la construction de l’Europe de la défense, et ce pour une raison simple dans la pratique : la PESD se construit en s’appuyant sur l’OTAN, notamment à partir de ses procédures de commandement de son organisation et de ses capacités.
Ainsi, la France utilise pleinement le levier que représentent les forces de réaction rapides de l’OTAN pour affirmer une identité européenne de défense. Cela est d’autant plus vrai que les forces terrestres européennes ne sont pas entrées dan le processus HRF qui de facto de concerne que les forces terrestres européennes. On relèvera cependant, que c’est à Norfolk que ce trouve le centre spécialisé de l’OTAN chargé des aspects doctrine de la « Transformation ».

Le concept d’opérations du PC HRF prévoit le déploiement d’un PC Tactique, d’un PC Arrière, d’un PC Principal et d’un centre de mise en œuvre des appuis. Le processus NRF implique donc l’armement au sens maritime du terme de structures de commandement multinationales, avec pour chacune d’elle un pays leader, ce qui permet d’assurer une forte cohérence opérationnelle, et donc de mener avec efficacité une opération au nom de l’OTAN ou de l’Union Européenne. La mission confiée à l’Armée de terre s’inscrit donc dans la même logique que celle entreprise aujourd’hui par l’Armée de l’Air française à travers la mise en place d’un commandement projetable pour les opérations aériennes. Précisément, disposant d’un JFACC et d’un CAOC Déployé, la France est d’ors et déjà nation cadre de la composante AIR de la NRF, alternativement tous les six mois avec la Royal Air Force Britannique. C’est la vocation de l’exercice Airex monté en janvier 2005 par le CDAOA sous l’impulsion du général Jean-Patrick Gaviard en préparation de la certification opérationnelle OTAN des JFACC/CAOC français prévue pour juillet 2005.

Cette capacité de la France à bâtir des structures de commandement multinationales projetables n’a été permise que par le développement d’un socle industriel et technologique spécialisé dans les systèmes de maîtrise de l’information.
Fort heureusement, les arbitrages budgétaires décidés à l’heure des restrictions financières imposées aux armées dans les années 90 avaient épargné les SIC, plan d’équipement avait été élevés alors au rang de priorité de la défense.
Engagé donc depuis plus d’une décennie dans un large programme de numérisation de ses forces, l’Armée de terre a eu recours à une solide base technologique qui s’est traduite notamment par les programmes SIC-F, SIR et SIT, ou encore Syracuse, réseau de télécommunication militaire interarmées par satellite, pour ne citer que quelques exemples. Ces outils permettent ainsi de maintenir une chaîne nationale complète et cohérente de contrôle dans les opérations, des logiciels de l’OTAN étant bien sûr également intégrés dans ces centres de commandement multinationaux.
En arrière plan, se situe, essentielle, la « Numérisation de l’Espace de Bataille » (NEB), expression française désignant le « Digital Battlefield » anglo-saxon, un vocable déjà ancien qui mis en avant au sortir de la guerre du Golfe de 1991. La technologie qui relie capteurs et effecteurs en temps réel via les différents niveaux de commandement offre une réponse technique au besoin de boucle courte dans la conduite des opérations. Pour l’État-major du CFAT, la NEB exige une intense réflexion sur l’organisation future des postes de commandement et de l’action de commandement.
Cette évolution générale des technologies sera donc l’une des caractéristiques du futur CRR français. Intégré en shelters projetables, le PC CRR fera appel pour l’aide à la décision à des murs d’images connectés à 9 ou 10 systèmes. Les principes opérationnels seront ceux des opérations impliquant une réflexion sur la maîtrise des effets (Effects Based Operations). Pour l’équipement du PC HRF, il y aura acquisition de SIC nationaux et de SIC adoptés par l’OTAN, ajoutée à une infrastructure satellitaire pour assurer les connexions.

Les NRF : une nouvelle ambition pour l’Armée de terre

Pour la Force d’Action Terrestre, force de 80 000 militaires articulés en brigades [1] , le rendez-vous des NRF est aujourd’hui au cœur du maintien de l’Armée de terre dans le groupe de tête des forces terrestres en Europe. Pour elle, la réussite de la mise en place des nouvelles structures, permettra de remplir des objectifs suivants :

- assurer des responsabilités multinationales dans le cadre de l’ONU, de l’UE ou de l’OTAN, ou d’une coalition ad hoc ;
- participer pleinement au tour de disponibilité NRF ;
- participer à moindre coût à la préparation opérationnelle interalliée et garantir une bonne interopérabilité avec tous les homologues allies de même nature ;
- accroître la capacité d’influence de la France dans le cadre du processus de transformation de l’OTAN.

Le PC HRF que la France met en place pour l’OTAN ou l’UE doit donc être capable de lancer des opérations militaires, en interarmées, mais aussi en interministériel, avec toute la souplesse nécessaire. Le combat de haute intensité reste une priorité intangible pour l’Armée de terre, ce qui n’empêche pas de développer bien évidemment les autres modes d’action, comme ceux nécessaires pour les opérations de maintien de la paix.
L’exercice Guibert prévu en mars 2005 par le CFAT constitue une nouvelle étape dans le processus d’entrée capacitaire des forces françaises au sein d’une Alliance atlantique, enfin capable d’apporter à l’Europe et ses abords la sécurité et la stabilité indispensable pour réaliser la prospérité commune.

Notes

[1Brigades blindées, Brigades mécanisées, Brigade d’Artillerie, Brigade de Renseignement, Brigade Aéromobile, Brigade parachutiste, Brigade de Forces Spéciales.